jeudi 28 février 2013
Gratias tibi !
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samedi 23 février 2013
Le Carême
e Carême est le temps qui s'écoule depuis le mercredi des Cendres jusqu'à Pâques, temps de pénitence pendant lequel les fidèles sont tenus à des prescriptions de jeûne et d'abstinence ; le jeûne consiste à ne manger qu'une fois par jour, et l'abstinence à ne pas manger de viande. Les chrétiens des premiers siècles ne mangeaient autre chose, les jours de jeûne, que des herbes, des racines et des légumes ou des fruits, avec du pain et de l'eau ; ils ne mangeaient qu'une fois le jour, vers le soir. S. Fructueux, évêque de Tarragone, allant au martyre, refusa un breuvage qu'on lui offrait pour le fortifier, en disant qu'il n'était pas encore l'heure de rompre le jeûne : c'était un vendredi à dix heures du matin.
Au VIe siècle, puis au VIIe, des modifications furent apportées à cette règle ; plus tard l'Église, toujours bonne comme une mère, adoucit encore la discipline. L'obligation du jeûne le Mercredi des Cendres et le Vendredi-Saint s'étend à tous les fidèles qui ont vingt et un ans accomplis, à moins que des raisons graves de santé ou de travail ne les en dispensent ; une légère réfection nommée collation ajoutée au repas principal est aujourd'hui permise. En ce qui concerne les dispenses particulières pour le jeûne et l'abstinence, ceux qui croient en avoir besoin doivent s'adresser à leurs pasteurs ; nul ne doit être juge dans sa propre cause, et la soumission à l'autorité est la première règle de tout chrétien.
Le monde dit quelquefois : Dieu ne nous a-t-il pas donné tous les biens ? pourquoi n'en userions-nous pas ? Oui, Dieu nous a donné tous les biens ; mais est-ce pour en user sans discrétion et sans reconnaissance ? Qui ne sait pas s'abstenir quelquefois des plaisirs les plus légitimes ne saura pas s'arrêter là où commencent les jouissances coupables ; la vertu ne vit que par les sacrifices, et c'est avec sagesse que l'Église par ses loi supplée à la légèreté de notre esprit et met une barrière à l'entraînement de notre cœur. N'est-ce pas, pour l'homme coupable (et nous le sommes tous) un devoir et une nécessité, d'expier ses péchés, de se punir lui-même, de réparer ses excès par des austérités, et de se former à des habitudes contraires à celles où l'entraînent ses passions ? Ô sainte ardeur de la pénitence ! Ô douce tristesse du repentir ! Ô tendre componction d'un cœur revenu à Dieu ! C'est vous qui faites du Carême un temps précieux, un temps profitable, un temps de joie malgré les mortifications ; car c'est vous qui menez sûrement et prestement à Dieu, nous accordant son pardon et son amitié, bien suprême et ultime félicité !
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| Sainte Marie-Madeleine : un modèle de pénitence |
Nul besoin de s'infliger des pénitences spectaculaires qui pourraient flatter notre orgueil pour faire un bon et saint Carême : supporter avec patience ses croix quotidiennes (au lieu de se plaindre et d'accuser la Providence), une bonne prière régulièrement, une visite à l'église, une aumône discrète... voilà les petits efforts qui plaisent à Dieu. On peut faire du carême un temps pendant lequel on veillera davantage sur ses mauvais penchants, où l'on remplira avec plus d'exactitude ses devoirs. Voilà une bonne pénitence agréable à Dieu, et nul ne peut dire, riche ou pauvre, faible ou fort, qu'il ne lui est pas possible de l'accomplir.
« Ce n'est qu'en nous faisant marcher dans les traces sanglantes du Christ que l'action de la grâce triomphera en nous. » Dom Jacques Maillot.
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mercredi 13 février 2013
Exsurge, quare obdormis, Domine?
mardi 12 février 2013
Catéchisme sur le Mercredi des Cendres
Demande. Pourquoi le premier jour de carême est appelé jour des cendres ?
Réponse. A cause de l'imposition des cendres qui se fait en ce jour.
Explication. Ce jour est aussi appelé le chef du jeûne, parce qu'il est à la tête des jeûnes du carême. Avant l'addition des quatre jours de jeûnes réalisée sans doute par Saint Grégoire le Grand, le nom de chef du jeûne se donnait au premier lundi de carême pour la même raison. Les Pères du concile de Soissons, de 853, appelaient déjà le mercredi des cendres chef du jeûne, l'addition des quatre premiers jours était déjà bien établie en France en ce temps, au moins dans la majorité des Église.
D. L'imposition des cendres est-elle bien ancienne ?
R. C'est un reste de l'ancienne discipline de l'Église qui imposait des cendre sur la tête des pénitents publics, qui les recevaient pour marquer leur douleur.
Explication. La coutume de se couvrir de cendres et de cilice, pour marquer la douleur, était en usage chez les nations les plus anciennes : les ministres se revêtirent de sacs et se prosternèrent sur de la cendre pour apaiser la colère de Dieu : telle était en particulier la pratique des Juifs, comme l'Écriture le rapporte en mille endroits ; les chrétiens l'ont fait de même dans tous les temps, surtout lorsque la pénitence publique était en vigueur. Rien ne marque mieux l'humiliation et la douleur que ces symboles énergiques de sacs, de cilices, de cendres ; ce sont les expressions même de la pénitence.
D. Pourquoi l'Église fait-elle aujourd'hui l'imposition des cendres ?
R. L'Église impose des cendres sur la tête des chrétiens pour les exciter à la pénitence, en leur rappelant la pensée de la mort.
Explication. Souviens-toi, ô homme ! que tu es poussière, et que tu retourneras en poussière : voilà ce que le prêtre dit à chacun de ceux à qui il impose des cendres ; anciennement à Milan on y répondait : je m'en souviendrai. Quelques rituels anciens veulent qu'on dise : fais pénitence dans la cendre et le cilice. On lit en d'autres : faites, Seigneur, que les cendres que je reçois deviennent pour moi un remède salutaire. Il y eut des endroits où l'on mit la cendre dans des vases de terre pour mieux marquer le néant de l'homme.
D. Avec quels sentiments doit-on recevoir les cendres ?
R. On doit recevoir les cendres en esprit de componction et de douleur, en faisant la résolution de faire pénitence pendant le carême.
D. Quel autre sentiment faut-il encore avoir en recevant les cendres ?
R. Il faut se soumettre à la mort, comme était pécheur, et en accepter l'arrêt en expiation de ses péchés.
Abbé Meusy, Catéchisme des Fêtes, Besançon, 1774.
jeudi 7 février 2013
Les Dimanches précédant le Carême
es trois dimanches qui précèdent le Carême portent le nom de Septuagésime, de Sexagésime, de Quinquagésime ; ils sont ainsi nommés parce que le premier de ces dimanches est le septième et quels deux autres sont le sixième et le cinquième avant le dimanche de la Passion. Le premier dimanche de carême porte le nom de Quadragésime, parce qu'il est le quatrième avant ce même jour. Ces dimanches sont une préparation au carême ; l'Église nous prévient par ses offices que nous allons bientôt entrer dans la sainte quarantaine.
Tous les temps, nous dit-elle, sont à moi, tous les justes sont mes enfants. Elle nous retrace l'histoire de la chute et un malheur de l'homme causés par le péché de nos premiers parents. Elle veut que nous nous considérions comme des victimes dévouées à la mort, que nous nous souvenions que nos propres péchés, afin qu'étant convaincus de la nécessité de la pénitence, nous nous trouvions disposés à l'embrasser dans le temps qu'elle prescrit.
Pendant que l'Église nous prépare à la sainte tristesse de la pénitence, le monde accomplit la terrible prophétie du Sauveur : « Le monde se réjouira, disait-il à ses enfants, et vous, vous serez dans la tristesse ; mais malheur à vous qui riez ! » On connaît les funestes habitudes de ces jours auxquels on a donné le nom très-profane de carnaval. Les désordres se multiplient alors ; on se livre souvent aux plus dégoûtantes orgies ; il semble qu'on veuille ressusciter les mœurs païennes, et s'élever publiquement par cette conduite contre les conseils et les préceptes de l'Église. Il y a certainement là une révolte contre la religion et une insulte à Dieu.
C'est pour protester contre ces désordres que l'Église a établi les prières des Quarantes-Heures avec exposition du très-saint Sacrement, le dimanche de la Quinquagésime, le lundi et le mardi qui précèdent le mercredi des Cendres. Cette institution remonte au XVIe siècle. Ces prières ont pour objet d'apaiser la colère de Dieu irrité par les excès de ces jours mauvais, de détourner des plaisirs défendus ceux que l'exemple pourrait entraîner, d'exciter la piété des fidèles envers Notre-Seigneur en présentant à leur méditation les quarante heures qui s'écoulèrent depuis sa condamnation à mort jusqu'à sa résurrection : faisons un sincère retour sur nous-mêmes ; parmi les chrétiens qui se piquent d'accomplir leurs devoirs, n'y a-t-il pas une indifférence trop ordinaire ? Notre-Seigneur n'est-il pas injustement abandonné sur cet autel, où Il nous attend pour nous bénir, et les plaisirs permis ne nous font-ils pas oublier ce que nous devons au mystère d'amour d'un Dieu pour les hommes ? Cependant nous reconnaîtrons avec consolation que plus d'une fois nous avons été édifié de voir de bons chrétiens redoubler en ces jours de piété et de ferveur.
Petites lectures 1870-1875
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samedi 2 février 2013
2 février : Purification de la Sainte Vierge
ous avons vu les Mages venir adorer notre Sauveur dans sa crèche ; avertis par un ange de ne pas revenir auprès du perfide Hérode, ils retournèrent dans leurs pays par un autre chemin. Bientôt Joseph et Marie songèrent à accomplir deux nouveaux articles des lois de Moïse : l'un ordonnait à toutes les femmes qui étaient devenues mères de venir se purifier au Temple après un certain nombre de jours ; l'autre prescrivait d'offrir au Seigneur tout fils premier-né. Marie, donnant en cela un grand exemple d'humilité et d'obéissance, voulut se conformer à la règle commune des autres femmes ; en même temps, Jésus-Christ, qui, comme Dieu, se trouvait bien au-dessus de la loi mosaïque, voulut être porté à Jérusalem quarante jours après sa naissance, afin d'offrir à son père une hostie digne de Lui : c'est pour conserver ce double souvenir qu'on célèbre le 2 février la fête de la Purification.
Au moment de la naissance de Jésus, il y avait à Jérusalem un saint vieillard nommé Siméon. C'était un homme juste, qui attendait avec empressement le consolateur d'Israël, c'est-à-dire le Messie. Il lui avait été même révélé qu'il ne mourrait pas sans avoir vu le Christ du Seigneur. Conduit par une inspiration divine, il vint au Temple lorsque Marie apportait son divin Fils ; non seulement Siméon eut le bonheur de voir le Rédempteur du monde, mais Dieu lui permit encore de le tenir entre ses bras. C'est alors que, transporté d'une sainte joie et animé de l'esprit des prophètes, il rendit grâces à Dieu et prédit les futurs triomphes de ce divin Enfant. C'est maintenant, s'écria-t-il, que, suivant votre parole, vous laisserez mourir en paix votre serviteur, puisque mes yeux ont vu le salut qui vient de vous, que vous l'avez exposé à la vue de toutes les nations pour être la lumière qui se découvrira aux gentils et la gloire d'Israël votre peuple. Nous répétons ces belles paroles, lorsque nous récitons à complies le cantique : Nunc dimittis.
Tandis que la sainte Vierge et saint Joseph étaient en admiration sur ce que disait le saint vieillard, et qu'il les entretenait de ce qui devait arriver au Fils de Dieu dans la suite des temps et de la douleur qui transpercerait le cœur de Marie, une veuve nommée Anne survint en ce même temps. Véritable fille de Jacob, elle attendait avec ardeur la venue du Messie. Veuve après sept ans de mariage, elle avait passé sa vie jusqu'à quatre-vingts ans dans les jeûnes et les prières : sa demeure ordinaire était le Temple ; à peine eut-elle connu le Sauveur qu'elle joignit sa voix à celle de Siméon, et fit éclater sa reconnaissance et son bonheur en cantiques de louanges.
Qu'il est beau de voir ces deux vieillards rendre témoignage de la divinité du Sauveur, et mourir tranquilles parce qu'ils ont vu celui qui est la résurrection et la vie ! Quelque heureux qu'ait été leur sort, nous pouvons sentir qu'un non moindre bonheur nous est accordé, puisqu'il nous est donné de recevoir ce même Sauveur, nous seulement dans nos bras, mais encore dans notre cœur devenant le sanctuaire du désiré des nations.
Hérode, voyant que les Mages ne revenaient pas, entra dans une grande colère, et résolut de se défaire d'un enfant dont la naissance lui causait tant d'ombrages, et de noyer son berceau dans un fleuve de sang ; mais que peuvent les conseils des hommes contre Dieu ! L'ange du Seigneur apparut en songe à Joseph et lui dit : Levez-vous, prenez l'enfant et sa mère, fuyez en Égypte, et n'en parlez pas que je ne vous le dise, car Hérode ne tardera pas à faire chercher l'enfant pour lui donner la mort ; Joseph se leva, et la nuit même, prenant l'enfant et la mère, il partit pour l'Égypte, où ils arrivèrent heureusement et où ils restèrent tant qu'il plut à Dieu de laisser son Fils dans cette espèce d'exil.
A chaque acte de la Sainte Famille, nous devons faire la même remarque, qui est pour nous un grand enseignement. Ainsi la conduite de Joseph dans cette circonstance est le modèle d'une obéissance parfaite ; car elle est simple et sans détournement, elle est prompte et sans retardement, elle est généreuse et pleine de confiance, il part sans préparatifs, sans provisions, il était pauvre, mais, avec la parole de Dieu, il était certain de ne manquer de rien.
Une obéissance semblable envers nos supérieurs, envers nos parents, envers l'Église, est la première et la plus essentielle des vertus d'un vrai chrétien dans tous les âges et dans toutes les conditions.
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mardi 22 janvier 2013
Conseils à un chevalier
eau fils, je veux vous donner un conseil qui est très bon à connaître et s'il vous plaît de le retenir grand bien pourra vous advenir. Vous serez bientôt chevalier, s'il plaît à Dieu et je le crois. Si vous trouvez, près ou loin, dame qui d'une aide ait besoin ou demoiselle dans la peine, soyez prêt à les secourir dès lors qu'elles vous en requièrent. Qui aux dames ne porte honneur c'est qu'il n'a point d'honneur au cœur. Servez dames et demoiselles. Partout vous serez honoré. Et si vous en priez aucune gardez-vous de l'importuner. Ne faites rien qui lui déplaise. Si elle vous consent un baiser, le surplus je vous défends. Pucelle donne beaucoup lorsqu'elle accorde un baiser. Si elle porte anneau au doigt ou aumônière à sa ceinture, si par amour ou par prière elle vous les donne, je le veux bien, vous porterez donc son anneau. N'ayez longuement compagnon, en chemin ou en logis, que vous ne demandiez son nom car par le nom on connaît l'homme. Beau fils, parlez aux prudhommes, allez avec eux. Jamais prudhomme ne donne mauvais conseil. Dans l'église comme au moutier, allez prier Notre-Seigneur ! Qu'en ce siècle il vous consente honneur, vous accordant de vous tenir pour à bonne fin parvenir !
— Mère, fait-il, qu'est-ce qu'une église ?
— C'est un lieu où l'ont fait le service de Dieu qui créa le ciel et la terre, y mit les hommes et les femmes.
— Qu'est-ce qu'un moutier ?
— Fils, c'est de même : une belle et sainte maison pleine de reliques et trésors. On y sacrifie le corps de Jésus-Christ, le saint Prophète que les Juifs firent tant souffrir. Il fut trahi, jugé à tort. Il souffrit angoisses de mort pour les hommes et pour les femmes. Autrefois allaient en enfer les âmes qui quittaient les corps. C'est lui qui les en retira. A une croix Jésus fut lié et battu et crucifié en portant couronne d'épines. Tous les jours allez au moutier pour ce Seigneur y adorer. »
Le garçon se vêt donc, mais non des habits donnés par sa mère. Le maître se baisse et lui chausse l'éperon droit. Telle était en effet la coutume : qui faisait un chevalier devait lui chausser l'éperon droit. Des valets s'approchent, portant les pièces de l'armure, se pressant à l'envi pour armer le jeune homme. Mais c'est le maître qui lui ceint l'épée et l'embrasse. Il dit : « Avec cette épée que je vous remets, je vous confère l'ordre le plus haut que Dieu ait créé au monde. C'est l'Ordre de Chevalerie qui ne souffre aucune bassesse. Beau frère, souvenez-vous, si vous devez combattre, que, lorsque crie merci vers vous votre adversaire vaincu, vous devez le prendre en miséricorde et non l'occire. Ne parlez pas trop volontiers. Qui parle trop prononce des mots qui lui sont tournés à folie. Qui trop parle fait un péché, dit le sage. Je vous parie aussi : s'il vous arrive de trouver en détresse, faute de secours, homme ou femme, orphelin ou dame, secourez-les si vous pouvez. Vous ferez bien. Enfin voici une autre chose qu'il ne faut pas mettre en oubli : allez souvent au moutier prier le Créateur de toutes choses qu'il ait merci de votre âme et qu'en ce siècle terrestre, Il vous garde comme son chrétien.
Et le Gallois répond :
« De tous les apôtres de Rome, soyez béni, beau sire, qui m'enseignez comme ma mère ! »
Chrétien de Troyes in Perceval ou le Roman du Graal.
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lundi 21 janvier 2013
vendredi 11 janvier 2013
« Le roman de Charette », par Philippe de Villiers
Nous était déjà familier le Charette du Marais, on connaît maintenant Charette le marin !
Car tel est l'intérêt principal, à mon sens, du nouveau livre de Philippe de Villiers. Un travail de recherche exceptionnel et une jolie plume permettent à l'auteur de faire revivre sur le papier la carrière d'officier de marine du jeune François-Athanase. Durant la première moitié de l'ouvrage nous suivons donc notre héros depuis Brest, où il apprend le métier de la mer, jusqu'à la Sublime Porte, en passant par les Îles du Vent, la Morée ou les côtes Barbaresques. Dans une ambiance de tempête et de poudre à canon, Philippe de Villiers, à travers l'expérience du chevalier Charette, nous projette avec talent au cœur de la Marine française d'Ancien-Régime et des conflits qu'elle dû soutenir au cours du XVIIIe siècle finissant. Atmosphère d'honneur et d'héroïsme.
Mais c'est aussi l'époque de la peste philosophique qui commence à pourrir les esprits. L'officier Charette, de retour à Brest après être rentré en France par Toulon, est effrayé par l'air de révolution qui stagne dans les villes, démissionne de la Marine et se retire dans la propriété de sa femme, le domaine de Fonteclose. C'est le point de départ de la seconde partie du livre, beaucoup moins intéressante car elle ne fait que retracer l'épopée vendéenne du chevalier, déjà très connue, sans y rajouter quelque chose de nouveau. Par soucis de fluidité et de clarté, peut-être, Philippe de Villiers passe (trop) rapidement sur les événements de la guerre, ce qui laisse parfois une impression de confusion. En fin de compte on parvient difficilement à saisir la personnalité du chevalier Charette ; l'usage de la première personne, du début à la fin, peut aussi dérouter. Mais n'oublions pas que nous sommes dans un roman historique rigoureusement documenté ; tout ce qui y est relaté (ou presque) s'est réellement passé : cette exigence empêchait l'auteur de s'écarter trop loin des sources. On peut donc dire que « Le roman de Charette », s'il constitue une bonne introduction au personnage et à la Guerre de Vendée, agréable à lire et accessible, est néanmoins insuffisant pour pénétrer en profondeur les événements et les personnalités (ce n'était sans doute pas le but) ; toutefois cela n'est pas imputable à l'auteur, mais à la nature romanesque de l'ouvrage qui oblige à ne pas s'attarder aux analyses historiques.
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| Trois ouvrages consacrés à Charette ; à lire dans l'ordre. |
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mardi 8 janvier 2013
La religion jugée par ses fruits
'est un grand sujet de tristesse et d'étonnement pour tous les fils de l'Église de voir leur Sainte Mère en butte à tant de haines et de calomnies. On connaît l'arbre par ses fruits ; La religion catholique est un arbre immense dont les branches s'étendent sur le monde entier, et à l'ombre duquel ont reposé vingt siècles. On ne peut donc ignorer quels sont ses fruits ; on peut les juger, les goûter, les apprécier.
On parle beaucoup aujourd'hui de progrès et d'évolution. Qu'a fait notre sainte religion pour la civilisation ? Elle a renversé les idoles impures du paganisme, elle a fondé la morale la plus élevée, elle a condamnée et détruit l'esclavage, elle a conservé son flambeau toujours allumé pour éclairer les siècles les moins clairvoyants, et partout ses missionnaires, devançant les commerçants et les guerriers, ont porté la science et des mœurs plus douces au milieu des peuples sauvages. Moteur de toute la vie de l'esprit du millénaire médiéval, c'est à la religion chrétienne que nous devons les plus purs chefs-d'œuvre de notre culture en peinture, en architecture, en littérature, en musique (c'est un moine qui l'inventa)... C'est aux bénédictins que nous devons l'aménagement de l'Europe et sa civilisation. Nul ne peut opposer au Christianisme des faits aussi éclatants.
Quels ont été les meilleurs rois ? L'histoire nous les montre parmi ceux qui, se regardant comme les représentants de Dieu sur la terre, et sachant qu'ils devaient compte de la manière dont ils remplissaient leur mission, se sont efforcés d'améliorer le sort de leurs sujets par la modération, la justice et l'exemple de leurs vertus. Saint Louis est en la matière le souverain le plus célèbre, mais on peut citer l'infortuné Louis XVI, qui, conscient de son rôle, ne fit jamais répandre le sang pour sa défense. Tandis que pour le prince qui ne croit à rien il n'y a pas de frein : il n'admet ni supérieur à son autorité, ni juge pour ses actions. Le Christianisme, en subordonnant le pouvoir politique au pouvoir spirituel, a partout limité les abus de l'imperium antique.
Descendons dans la famille.
Comment peut se constituer un bon ménage ? N'est-ce pas sous l'égide de la religion, avec des promesses de fidélité, d'affection, de déférence faites au pied des autels, en face de Dieu ? Sans ces engagements sacrés, sans le sacrement qui unit les deux époux, que reste-t-il ? Des associations qu'on rompt sans scrupule, par caprice, et qui ne produisent que l'abandon, la misère et les larmes.
Il y a, il est vrai, de mauvais ménages malgré le sacrement reçu ! Le cœur humain est sujet à bien des égarements et des inconstances ; mais, soyons justes : mettons en présence deux ménages, l'un où règne la religion, l'autre où les principes religieux sont oubliés ; avec certitude vous verrez dans le premier le mari plus doux, plus rangé, plus attentionné, plus fidèle, la femme plus dévouée, plus consacrée à ses devoirs de mère et d'épouse, les enfants mieux élevés, mieux instruits ; dans le second, plus de vices, plus de désordres, plus de querelles dans tous les membres de la famille. En peut-il être autrement ? Croit-on que ce ne soit pas un puissant moyen pour se corriger, s'amender, se supporter les uns les autres, de s'agenouiller tous ensemble devant un crucifix en demandant aide et protection à Dieu, d'entendre tous les dimanches une parole qui vous rappelle vos devoirs, de recourir à ce tribunal où on avoue ses fautes après les avoir reconnues, où on reçoit d'utiles conseils, où on promet une meilleure conduite ? Au contraire, ne jamais faire un retour sur soi-même, ne demander et ne recevoir aucun avis, ne voir que la vie terrestre avec ses jouissance, ne penser qu'aux satisfactions grossières du corps, en oubliant les intérêts de son âme et de sa destinée future (ainsi agit l'homme sans religion), c'est fatalement se laisser entraîner sur la pente de toutes les faiblesses et de toutes les tentations de notre nature perverse.
Ce qui vaut pour des ménages s'applique à toutes les professions ; avec la religion, dans une entreprise, entreront l'ordre et la règle, et disparaîtront les conversations licencieuses, les funestes influences sur la jeunesse, et ces pensées de révolte et d'insubordination qui arrêtent le travail et engendrent la misère ; avec la religion qui commande la charité, qui impose au riche l'obligation de faire une large part au pauvre, celui qui possède la fortune sera plus généreux, plus bienfaisant, moins égoïste ; avec la religion, qui nous montre Notre-Seigneur Jésus-Christ né dans une étable, travaillant de ses mains, le pauvre ne sera plus humilié, il aura droit à tous les égards, à tous les honneurs, et son travail, dont la dignité a été relevée par son Dieu fait homme, retrouvera sa juste valeur ; la vie lui paraîtra moins rude avec la pensée des hautes destinées auxquelles il est appelé.
Les ennemis de la société, qui sont en même temps les ennemis de la Religion, répandent avec audace sur l'égalité, la liberté et la lutte des classes leurs théories qui doivent, selon eux, faire disparaître la misère. Le bon sens public reconnaît qu'il n'y a dans ces théories rien de possible, rien d'applicable ; que ce sont des chimères au point de vue social, et des causes réelles de jalousie, de perturbation entre les divers membres de la société, propres uniquement à amener les perturbations dans lesquels chacun perd et nul ne gagne. Les révolutions qui font couler des flots de sang ne sont les moteurs d'aucune amélioration, d'aucun bonheur public.
La religion ne se borne pas à de vagues systèmes, elle agit, elle fonde. C'est elle qui a ouvert ces nombreux asiles où sont accueillis les vieillards, les infirmes et les malades ; c'est elle qui a inspiré ces milliers de femmes admirables ayant renoncé à tous les plaisirs, et consacrées au service de ceux qui souffrent. La charité est un mot et une vertu dont le christianisme a enrichi le monde ; elle se produit sous toutes les formes, chez le missionnaire, chez les membres des associations dévouées au prochain. Quelles sont les voix qui plaident et gagnent sans cesse la cause des pauvres ? Ne sont-ce pas les voix du prêtre ? Bien avant le socialisme, c'est au catholicisme que l'ont doit les premières réflexions sur la condition ouvrière (Rerum novarum de Léon XIII) Et à tous les instants de sa vie, depuis le jour de sa naissance jusqu'à son dernier jour, n'est-ce pas du prêtre encore que l'homme reçoit les secours pour bien vivre et bien mourir ? Oui, c'est la religion qui est sa plus fidèle compagne !
Sans doute on peut négliger la pratique de la religion par indifférence, par respect humain, par entraînement des passions, sans se déclarer son ennemi ; cette négligence a son excuse et peut s'expliquer ; mais attaquer, combattre, s'efforcer de renverser cette grand bienfaitrice de l'humanité, c'est ou un aveuglement volontaire ou une perversité. Qu'ils sont à plaindre, ces aveugles et ces pervers ! Ils n'ont jamais goûté ce qu'il y a de douceur dans la prière ; ils ont oublié la joie ineffable qui inondait leur cœur au jour de leur première communion ; ils ne se doutent pas de la consolation que la grâce divine répand dans une âme qui souffre, de la force qu'on puise dans les sacrements pour supporter le poids de la vie. Ils n'ont donc jamais vécu avec un de ces hommes que nous appelons Saints, dont la figure est sereine, dont l'âme est pure, dont toute la conduite est exemplaire, qui attirent tous les cœurs par leur affabilité, et répandent autour d'eux le doux parfum de toutes les vertus. Ils n'ont donc jamais vu mourir un de ces vrais chrétiens quittant cette terre avec calme, résignation, avec joie même pour une meilleur destinée et relevant les yeux éteints à notre soleil pour entrevoir les rayons d'une céleste béatitude.
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