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lundi 3 juin 2013

Rien n'est beau comme une cérémonie catholique !



ien n'est beau comme cet instant solennel des cérémonies catholiques, alors que les prêtres, vêtus de leurs blancs surplis ou de chapes étincelantes, marchent lentement, précédant le dais et suivant la croix d'argent qu'éclairent les cierges par-dessous, et qui coupe de son éclat l'ombre des voûtes dans laquelle elle semble nager, comme la croix, il y a dix-huit siècles, sillonna les ténèbres qui couvraient le monde. » 

Jules Barbey d'Aurevilly

vendredi 15 mars 2013

O sol salutis, intimis...




O Soleil de salut, ô Jésus !
Brillez à l'intime de nos cœurs,
Tandis que chassant la nuit, plus gracieux,
Renaît le jour à notre monde.

Nous donnant un temps de faveur,
Donnez-nous des ruisseaux de larmes,
Pour laver l'hostie du cœur,
Que brûle une joyeuse charité.

De la source d'où coula le crime,
Ils couleront éternels, les pleurs,
Si la verge de pénitence,
De notre cœur, broie la dureté.

Le jour viendra, votre jour à Vous,
Dans lequel tout reverdira.
Que sa joie soit nôtre, au chemin
Où nous a ramenés votre droite.

Qu'inclinée, la machine du monde
Vous adore, clémente Trinité
Et nous, renouvelés par la grâce,
Chantons un cantique nouveau. 

Ainsi soit-il.

Hymne des Laudes pour le temps du Carême.

samedi 23 février 2013

Le Carême







e Carême est le temps qui s'écoule depuis le mercredi des Cendres jusqu'à Pâques, temps de pénitence pendant lequel les fidèles sont tenus à des prescriptions de jeûne et d'abstinence ; le jeûne consiste à ne manger qu'une fois par jour, et l'abstinence à ne pas manger de viande. Les chrétiens des premiers siècles ne mangeaient autre chose, les jours de jeûne, que des herbes, des racines et des légumes ou des fruits, avec du pain et de l'eau ; ils ne mangeaient qu'une fois le jour, vers le soir. S. Fructueux, évêque de Tarragone, allant au martyre, refusa un breuvage qu'on lui offrait pour le fortifier, en disant qu'il n'était pas encore l'heure de rompre le jeûne : c'était un vendredi à dix heures du matin.

     Au VIe siècle, puis au VIIe, des modifications furent apportées à cette règle ; plus tard l'Église, toujours bonne comme une mère, adoucit encore la discipline. L'obligation du jeûne le Mercredi des Cendres et le Vendredi-Saint s'étend à tous les fidèles qui ont vingt et un ans accomplis, à moins que des raisons graves de santé ou de travail ne les en dispensent ; une légère réfection nommée collation ajoutée au repas principal est aujourd'hui permise. En ce qui concerne les dispenses particulières pour le jeûne et l'abstinence, ceux qui croient en avoir besoin doivent s'adresser à leurs pasteurs ; nul ne doit être juge dans sa propre cause, et la soumission à l'autorité est la première règle de tout chrétien.

     Le monde dit quelquefois : Dieu ne nous a-t-il pas donné tous les biens ? pourquoi n'en userions-nous pas ? Oui, Dieu nous a donné tous les biens ; mais est-ce pour en user sans discrétion et sans reconnaissance ? Qui ne sait pas s'abstenir quelquefois des plaisirs les plus légitimes ne saura pas s'arrêter là où commencent les jouissances coupables ; la vertu ne vit que par les sacrifices, et c'est avec sagesse que l'Église par ses loi supplée à la légèreté de notre esprit et met une barrière à l'entraînement de notre cœur. N'est-ce pas, pour l'homme coupable (et nous le sommes tous) un devoir et une nécessité, d'expier ses péchés, de se punir lui-même, de réparer ses excès par des austérités, et de se former à des habitudes contraires à celles où l'entraînent ses passions ? Ô sainte ardeur de la pénitence ! Ô douce tristesse du repentir ! Ô tendre componction d'un cœur revenu à Dieu ! C'est vous qui faites du Carême un temps précieux, un temps profitable, un temps de joie malgré les mortifications ; car c'est vous qui menez sûrement et prestement à Dieu, nous accordant son pardon et son amitié, bien suprême et ultime félicité !

Sainte Marie-Madeleine : un modèle de pénitence


     Nul besoin de s'infliger des pénitences spectaculaires qui pourraient flatter notre orgueil pour faire un bon et saint Carême : supporter avec patience ses croix quotidiennes (au lieu de se plaindre et d'accuser la Providence), une bonne prière régulièrement, une visite à l'église, une aumône discrète... voilà les petits efforts qui plaisent à Dieu. On peut faire du carême un temps pendant lequel on veillera davantage sur ses mauvais penchants, où l'on remplira avec plus d'exactitude ses devoirs. Voilà une bonne pénitence agréable à Dieu, et nul ne peut dire, riche ou pauvre, faible ou fort, qu'il ne lui est pas possible de l'accomplir.





« Ce n'est qu'en nous faisant marcher dans les traces sanglantes du Christ que l'action de la grâce triomphera en nous. » Dom Jacques Maillot.

mardi 12 février 2013

Catéchisme sur le Mercredi des Cendres





Demande. Pourquoi le premier jour de carême est appelé jour des cendres ?
Réponse. A cause de l'imposition des cendres qui se fait en ce jour.
Explication. Ce jour est aussi appelé le chef du jeûne, parce qu'il est à la tête des jeûnes du carême. Avant l'addition des quatre jours de jeûnes réalisée sans doute par Saint Grégoire le Grand, le nom de chef du jeûne se donnait au premier lundi de carême pour la même raison. Les Pères du concile de Soissons, de 853, appelaient déjà le mercredi des cendres chef du jeûne, l'addition des quatre premiers jours était déjà bien établie en France en ce temps, au moins dans la majorité des Église.

D. L'imposition des cendres est-elle bien ancienne ?
R. C'est un reste de l'ancienne discipline de l'Église qui imposait des cendre sur la tête des pénitents publics, qui les recevaient pour marquer leur douleur.
Explication. La coutume de se couvrir de cendres et de cilice, pour marquer la douleur, était en usage chez les nations les plus anciennes : les ministres se revêtirent de sacs et se prosternèrent sur de la cendre pour apaiser la colère de Dieu : telle était en particulier la pratique des Juifs, comme l'Écriture le rapporte en mille endroits ; les chrétiens l'ont fait de même dans tous les temps, surtout lorsque la pénitence publique était en vigueur. Rien ne marque mieux l'humiliation et la douleur que ces symboles énergiques de sacs, de cilices, de cendres ; ce sont les expressions même de la pénitence.

D. Pourquoi l'Église fait-elle aujourd'hui l'imposition des cendres ?
R. L'Église impose des cendres sur la tête des chrétiens pour les exciter à la pénitence, en leur rappelant la pensée de la mort.
Explication. Souviens-toi, ô homme ! que tu es poussière, et que tu retourneras en poussière : voilà ce que le prêtre dit à chacun de ceux à qui il impose des cendres ; anciennement à Milan on y répondait : je m'en souviendrai. Quelques rituels anciens veulent qu'on dise : fais pénitence dans la cendre et le cilice. On lit en d'autres : faites, Seigneur, que les cendres que je reçois deviennent pour moi un remède salutaire. Il y eut des endroits où l'on mit la cendre dans des vases de terre pour mieux marquer le néant de l'homme.

D. Avec quels sentiments doit-on recevoir les cendres ?
R. On doit recevoir les cendres en esprit de componction et de douleur, en faisant la résolution de faire pénitence pendant le carême.

D. Quel autre sentiment faut-il encore avoir en recevant les cendres ?
R. Il faut se soumettre à la mort, comme était pécheur, et en accepter l'arrêt en expiation de ses péchés.



Abbé Meusy, Catéchisme des Fêtes, Besançon, 1774.

jeudi 7 février 2013

Les Dimanches précédant le Carême



es trois dimanches qui précèdent le Carême portent le nom de Septuagésime, de Sexagésime, de Quinquagésime ; ils sont ainsi nommés parce que le premier de ces dimanches est le septième et quels deux autres sont le sixième et le cinquième avant le dimanche de la Passion. Le premier dimanche de carême porte le nom de Quadragésime, parce qu'il est le quatrième avant ce même jour. Ces dimanches sont une préparation au carême ; l'Église nous prévient par ses offices que nous allons bientôt entrer dans la sainte quarantaine.

      Tous les temps, nous dit-elle, sont à moi, tous les justes sont mes enfants. Elle nous retrace l'histoire de la chute et un malheur de l'homme causés par le péché de nos premiers parents. Elle veut que nous nous considérions comme des victimes dévouées à la mort, que nous nous souvenions que nos propres péchés, afin qu'étant convaincus de la nécessité de la pénitence, nous nous trouvions disposés à l'embrasser dans le temps qu'elle prescrit.

     Pendant que l'Église nous prépare à la sainte tristesse de la pénitence, le monde accomplit la terrible prophétie du Sauveur : « Le monde se réjouira, disait-il à ses enfants, et vous, vous serez dans la tristesse ; mais malheur à vous qui riez ! » On connaît les funestes habitudes de ces jours auxquels on a donné le nom très-profane de carnaval. Les désordres se multiplient alors ; on se livre souvent aux plus dégoûtantes orgies ; il semble qu'on veuille ressusciter les mœurs païennes, et s'élever publiquement par cette conduite contre les conseils et les préceptes de l'Église. Il y a certainement là une révolte contre la religion et une insulte à Dieu.

     C'est pour protester contre ces désordres que l'Église a établi les prières des Quarantes-Heures avec exposition du très-saint Sacrement, le dimanche de la Quinquagésime, le lundi et le mardi qui précèdent le mercredi des Cendres. Cette institution remonte au XVIe siècle. Ces prières ont pour objet d'apaiser la colère de Dieu irrité par les excès de ces jours mauvais, de détourner des plaisirs défendus ceux que l'exemple pourrait entraîner, d'exciter la piété des fidèles envers Notre-Seigneur en présentant à leur méditation les quarante heures qui s'écoulèrent depuis sa condamnation à mort jusqu'à sa résurrection : faisons un sincère retour sur nous-mêmes ; parmi les chrétiens qui se piquent d'accomplir leurs devoirs, n'y a-t-il pas une indifférence trop ordinaire ? Notre-Seigneur n'est-il pas injustement abandonné sur cet autel, où Il nous attend pour nous bénir, et les plaisirs permis ne nous font-ils pas oublier ce que nous devons au mystère d'amour d'un Dieu pour les hommes ? Cependant nous reconnaîtrons avec consolation que plus d'une fois nous avons été édifié de voir de bons chrétiens redoubler en ces jours de piété et de ferveur.

Petites lectures 1870-1875

samedi 2 février 2013

2 février : Purification de la Sainte Vierge



ous avons vu les Mages venir adorer notre Sauveur dans sa crèche ; avertis par un ange de ne pas revenir auprès du perfide Hérode, ils retournèrent dans leurs pays par un autre chemin. Bientôt Joseph et Marie songèrent à accomplir deux nouveaux articles des lois de Moïse : l'un ordonnait à toutes les femmes qui étaient devenues mères de venir se purifier au Temple après un certain nombre de jours ; l'autre prescrivait d'offrir au Seigneur tout fils premier-né. Marie, donnant en cela un grand exemple d'humilité et d'obéissance, voulut se conformer à la règle commune des autres femmes ; en même temps, Jésus-Christ, qui, comme Dieu, se trouvait bien au-dessus de la loi mosaïque, voulut être porté à Jérusalem quarante jours après sa naissance, afin d'offrir à son père une hostie digne de Lui : c'est pour conserver ce double souvenir qu'on célèbre le 2 février la fête de la Purification.

     Au moment de la naissance de Jésus, il y avait à Jérusalem un saint vieillard nommé Siméon. C'était un homme juste, qui attendait avec empressement le consolateur d'Israël, c'est-à-dire le Messie. Il lui avait été même révélé qu'il ne mourrait pas sans avoir vu le Christ du Seigneur. Conduit par une inspiration divine, il vint au Temple lorsque Marie apportait son divin Fils ; non seulement Siméon eut le bonheur de voir le Rédempteur du monde, mais Dieu lui permit encore de le tenir entre ses bras. C'est alors que, transporté d'une sainte joie et animé de l'esprit des prophètes, il rendit grâces à Dieu et prédit les futurs triomphes de ce divin Enfant. C'est maintenant, s'écria-t-il, que, suivant votre parole, vous laisserez mourir en paix votre serviteur, puisque mes yeux ont vu le salut qui vient de vous, que vous l'avez exposé à la vue de toutes les nations pour être la lumière qui se découvrira aux gentils et la gloire d'Israël votre peuple. Nous répétons ces belles paroles, lorsque nous récitons à complies le cantique : Nunc dimittis.

     Tandis que la sainte Vierge et saint Joseph étaient en admiration sur ce que disait le saint vieillard, et qu'il les entretenait de ce qui devait arriver au Fils de Dieu dans la suite des temps et de la douleur qui transpercerait le cœur de Marie, une veuve nommée Anne survint en ce même temps. Véritable fille de Jacob, elle attendait avec ardeur la venue du Messie. Veuve après sept ans de mariage, elle avait passé sa vie jusqu'à quatre-vingts ans dans les jeûnes et les prières : sa demeure ordinaire était le Temple ; à peine eut-elle connu le Sauveur qu'elle joignit sa voix à celle de Siméon, et fit éclater sa reconnaissance et son bonheur en cantiques de louanges.

     Qu'il est beau de voir ces deux vieillards rendre témoignage de la divinité du Sauveur, et mourir tranquilles parce qu'ils ont vu celui qui est la résurrection et la vie ! Quelque heureux qu'ait été leur sort, nous pouvons sentir qu'un non moindre bonheur nous est accordé, puisqu'il nous est donné de recevoir ce même Sauveur, nous seulement dans nos bras, mais encore dans notre cœur devenant le sanctuaire du désiré des nations.

     Hérode, voyant que les Mages ne revenaient pas, entra dans une grande colère, et résolut de se défaire d'un enfant dont la naissance lui causait tant d'ombrages, et de noyer son berceau dans un fleuve de sang ; mais que peuvent les conseils des hommes contre Dieu ! L'ange du Seigneur apparut en songe à Joseph et lui dit : Levez-vous, prenez l'enfant et sa mère, fuyez en Égypte, et n'en parlez pas que je ne vous le dise, car Hérode ne tardera pas à faire chercher l'enfant pour lui donner la mort ; Joseph se leva, et la nuit même, prenant l'enfant et la mère, il partit pour l'Égypte, où ils arrivèrent heureusement et où ils restèrent tant qu'il plut à Dieu de laisser son Fils dans cette espèce d'exil.


     A chaque acte de la Sainte Famille, nous devons faire la même remarque, qui est pour nous un grand enseignement. Ainsi la conduite de Joseph dans cette circonstance est le modèle d'une obéissance parfaite ; car elle est simple et sans détournement, elle est prompte et sans retardement, elle est généreuse et pleine de confiance, il part sans préparatifs, sans provisions, il était pauvre, mais, avec la parole de Dieu, il était certain de ne manquer de rien.

     Une obéissance semblable envers nos supérieurs, envers nos parents, envers l'Église, est la première et la plus essentielle des vertus d'un vrai chrétien dans tous les âges et dans toutes les conditions.

lundi 17 décembre 2012

De l'Avent



'Église, dans sa sollicitude, a déterminé des jours et des temps particuliers spécialement destinés à purifier notre cœur par la prière, la pénitence et la méditation des vérités éternelles. Au premier rang de ces époques salutaires il faut placer le temps de l'Avent. En effet, l'Avent est un temps de prière et de pénitence que l'Église a établi pour préparer ses enfants à la naissance du Sauveur ; ce que les vigiles sont aux fêtes ordinaires, ce que le Carême est à Pâques, ce que les millénaires de l'ancien monde furent à la venue du Messie, l'Avent l'est à la fête de Noël. Quatre semaines de préparation ne paraîtront pas longues, quand on considère l'excellence du mystère qui les suit. Si le peuple d'Israël dut se préparer avec tant de soin pour recevoir la loi promulguée au sommet du Sinaï et pénétrer dans la terre promise, quelles doivent être les préparations des chrétiens pour recevoir le Dieu du ciel, la victime sans tache, le législateur suprême !

     L'institution de l'Avent paraît aussi ancienne que celle de la fête de Noël, quoique la discipline de l'Église à cet égard n'ait pas toujours été la même. Pendant plusieurs siècles l'Avent fut de quarante jours comme le Carême ; il commençait à la Saint-Martin. Autrefois on jeûnait pendant l'Avent ; le pape Boniface VIII, dans la bulle de canonisation de Saint Louis, déclare que ce grand roi passait les jours de l'Avent en jeûnes et en prières.

     L'Église ne néglige aucun moyen de réveiller dans nos cœurs l'antique ferveur de nos prières : le petit Enfant que nous attendons est-il moins digne de tout notre amour aujourd'hui qu'autrefois ? Sa venue dans nos âmes est-elle moins nécessaire ? Dans ses offices l'Église quitte ses ornements de joie ; elle prend le violet en signe de componction. Le Gloria in excelsis est omis à la messe, la voix du grand Paul, la voix d'Isaïe, la voix de Jean sur les bords du Jourdain, se mêlent aux hymnes et aux accents des prédicateurs.

     L'évangile du premier Dimanche nous rappelle le jugement dernier et le second avènement du Fils de Dieu, pour nous avertir que, si nous voulons voir arriver avec confiance le Dieu qui descendra comme juge suprême des vivants et des morts, nous devons nous préparer à le recevoir maintenant qu'il vient comme Sauveur.

     Au second Dimanche, les instructions de l'Église deviennent encore plus précises, car le grand événement approche ; c'est la lumière qui devient plus vive à mesure que le soleil approche de l'horizon : dans l'épître, le grand Apôtre fait entendre sa voix, il annonce que Jésus-Christ est envoyé pour accomplir toutes les figures et réunir les Juifs et les Gentils dans une seule bergerie.

     Dans l'évangile, le Précurseur envoie vers Jésus deux de ses disciples, avec ordre de lui présenter cette question : « Êtes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Jésus, ayant opéré en leur présence plusieurs miracles, leur répondit : « Allez dire à Jean ce que vous avez vu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent ; l'Évangile est annoncé aux pauvres, et bienheureux celui qui ne se scandalisera pas à mon sujet. »

     Le troisième Dimanche (de Gaudete), saint Paul, dans l'épître, nous invite à la joie, en y joignant la prière, c'est-à-dire ardent qui attire Dieu en nous et qui appellera le Messie dans nos cœurs ; dans l'évangile, saint Jean-Baptiste, plus que prophète, n'annonce plus le Messie, il dit qu'il est déjà dans le monde ; mais il ajoute une parole qui se vérifie, hélas ! encore aujourd'hui : Il est au milieu de vous, et vous ne le connaissez pas ; il a été fait avant moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers.

     Enfin, le quatrième Dimanche, lorsque le divin Enfant est au moment d'entrer dans le monde, l'Église termine toutes ses instructions par cette parole : Toute chair verra le Sauveur envoyé de Dieu, parole qui nous dit :  Soyez prêts, les temps sont accomplis, le soleil de justice et de vérité va briller à l'horizon, la lumière va se répandre sur tous les hommes sans exception de riches et de pauvres, de savants et d'ignorants ; encore une fois, soyez prêts.

     A partir du 14 décembre jusqu'au 23, l'Église chante à vêpres, avant et après le cantique de la sainte Vierge, les grandes antiennes ; on les appelle vulgairement les antiennes O, parce qu'elles commencent toutes par cette invocation ; elles se répètent trois fois chaque jour à l'office du soir ; par leur variété elles expriment les différentes qualités du Messie et les différents besoin du genre humain ; il est impossible d'avoir la foi et de les réciter sans entrer dans les sentiments qu'elles expriment.

     Les plus puissants motifs qui nous engagent à sanctifier l'Avent :

1° L'obéissance au précepte de l'Église : Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez les voies du Seigneur.
2° La reconnaissance envers le Sauveur :qu'était l'homme avant l'incarnation du Sauveur ? que sommes-nous sans Lui ?
3° Les bienfaits pour notre âme : La source des grâces ne tarit dans aucun temps, mais les grandes fêtes sont des jours plus propices, des jours où ces grâces sont répandues avec plus d'abondance. Les dispositions que Dieu trouve en nous sont la mesure de ses faveurs ; hé bien ! descendons dans notre cœur, interrogeons notre vie passée, notre état présent, notre avenir ; que de choses n'avons-nous pas à demande à la crèche !

mardi 4 décembre 2012

Adventus




oublions pas de dire qu'on était en Avent, dans ces temps d'attente pour l'Église, macérée par la pénitence, et qui s'harmonisent si bien avec la tristesse de l'hiver. Il semble qu'ayant à son usage toutes les grandeurs de la poésie pour exprimer la grandeur de toutes les vérités, l'Église ait combiné, dans un esprit profond, l'effet de ses cérémonies avec l'effet de la nature et des saisons, inévitable aux imaginations humaines. A cette époque, elle éteint la pourpre dans le violet de ses ornements, emblème de la gravité de ses espérances. »

Jules Barbey d'Aurevilly

mardi 6 novembre 2012

Libera me, Domine !




Novembre, le mois des morts : prions pour nos chers défunts.


jeudi 1 novembre 2012

La Toussaint



'Église a retracé dans la division de son année toute l'histoire du genre humain ; les quatre semaines de l'Avent qui aboutissent à la naissance du Sauveur, nous rappellent les quatre mille ans pendant lesquels ce divin Messie fut attendu. Le temps qui s'écoule depuis la Nativité jusqu'à la Pentecôte nous redit toute la vie cachée, publique et glorieuse du Rédempteur, et cette partie de l'année se termine par l'Ascension de Jésus-Christ dans le ciel et la fondation de l'Église ; l'intervalle qui s'étend depuis la Pentecôte jusqu'à la Toussaint nous représente le pèlerinage de l'Église sur la terre, et cette nouvelle partie de l'année se termine encore par la fête du ciel.

     Pendant ce long espace nous voyons l'Église célébrant tour à tour, pour se consoler de son exil et s'encourager dans ses combats, la fête de ses martyrs, de ses confesseurs, de ses vierges ; lorsque l'automne est venu et que le vigneron remplit ses celliers, que le laboureur serre dans ses greniers ses gerbes abondantes, que les hommes recueillent dans la joie leurs biens de toute espèce, fruits de leurs sueurs et de leurs travaux, l'Église crie à tous ses enfants de la terre : « En haut les yeux et les cœurs ; ces biens que vous amassez ne sont que l'image des biens et des joies qui vous attendent au delà du tombeau, semez des vertus et vous moissonnerez des mérites, ennoblissez vos vues, le ciel avec ses palmes et ses couronnes, avec son éternité de gloire et son bonheur sans nuage est seul digne de vos soins. »

     C'est pour exciter en nous ces sentiments que l'Église a institué la fête de la Toussaint. Elle nous montre le ciel peuplé d'hommes de toutes les tribus, de toutes les langues et de toutes les nations ; ils furent ce que nous sommes : faibles, tentés, pécheurs même, en un mot enfants d'Adam comme nous ; ainsi il ne tient qu'à nous d'être un jour ce qu'ils sont.

     Un général qui, de simple soldat, était parvenu aux premiers grades par sa valeur, aimait à s'entretenir avec les soldats qu'il commandait, à leur raconter ses campagnes, les dangers qu'il avait courus, les fatigues qu'il avait supportées, et ces discours enflammaient le cœur de ceux qui l'écoutaient ; la vie des Saints nous enseigne comment on parvient à la gloire céleste, et nous sommes certains, si nous le voulons, d'y parvenir avec le secours de la grâce qui ne nous manque jamais que par notre faute.

     Rappelons aujourd'hui combien cette fête est capable de nous encourager dans la pratique de la religion ; à son tribunal, la vertu persécutée, méconnue, calomniée, trouve enfin une éclatante justice, nulle acception de personnes, soyez riche ou pauvre, savant ou ignorant, maître ou esclave, il n'importe. Avez-vous été l'enfant docile du Père céleste ; cette condition remplie, votre nom peut devenir immortel, et vous pouvez pauvre berger, humble laboureur, recevoir des honneurs que les monarques avec toute leur puissance n'obtiendront jamais.

     Le matin de la Toussaint, la pompe de ses cérémonies, l'allégresse de ses hymnes offrent l'expression de la joie. Le soir à ses cantiques viennent se mêler des soupirs, des ornements de deuil remplacent les chapes d'or, et voilà que nous n'apercevons plus dans le temple saint qu'un monument funèbre ; c'est une nouvelle fête, la fête des morts ; l'Église veut que ce jour soit une fête de famille, elle se présente à nous dans ses trois états différents, triomphante dans le ciel, exilée sur la terre, et gémissante au milieu des flammes expiatrices ; ce sont trois sœurs se donnant la main, s'encourageant, se consolant, se soutenant jusqu'au jour où, s'embrassant dans les cieux, elles ne formeront plus qu'une Église éternellement triomphante.

     L'Église dès son origine a prié pour tous ses enfants quand ils mouraient ; Tertulien dit : « Nous célébrons l'anniversaire de la nativité des martyrs, et, suivant la tradition des ancêtres, nous offrons le sacrifice pour les défunts au jour anniversaire de leur mort. »

     « Il est fort avéré, dit S. Augustin, et universellement reçu dans toute l'Église, l'usage de prier pour ceux qui sont morts dans la communion du corps et du sang de Jésus-Christ. » Car les âmes des morts achèvent d'expier dans le Purgatoire la peine due aux péchés pour lesquels une entière satisfaction n'a pas été obtenue, et nos prières peuvent contribuer à leur soulagement ; il faut qu'en cette fête notre piété soit ranimée en faveur de nos frères défunts. La gloire de Dieu, la charité, la justice, sont autant de motifs qui doivent nous engager à prier pour les morts ; comme le paralytique de l'Évangile qui, perclus de tous ses membres et enchaîné depuis longtemps sur les bords de la piscine, demandait une main charitable qui l'y fît entrer, les âmes du Purgatoire implorent le secours qui brisera leurs chaînes ; les justes qui souffrent sont nos frères, tout nous rappelle leur souvenir, les lieux que nous parcourons, les maisons que nous habitons, les biens dont nous jouissons, et le nom même que nous portons. Demandez-leur pourquoi ils souffrent ; ils répondront : J'ai bien laissé sur la terre des parents, mais ils m'oublient, cependant ce que je demande est bien peu, quelques prières, quelques aumônes.

     Puisse cette voix toucher nos cœurs, et procurer la gloire à Dieu, la paix aux morts, et à nous la récompense de la miséricorde ; bienheureux les miséricordieux, car ils recevront miséricorde.

mercredi 20 juin 2012

Breviarium Romanum



e Bréviaire, Breviarium, abrégé, est une abrégé du grand Office qui se célébrait dans les églises abbatiales ou conventuelles au XIIe siècle. L'organisation de cet abrégé est due principalement aux clercs de la Curie romaine et aux moines mendiants, franciscains et dominicains. Les collaborateurs immédiats du Pape, obligés de le suivre dans ses déplacements, fréquents au Moyen-Âge, ne pouvaient prendre part à l'Office solennel des Basiliques, ni trouver le temps de réciter un très long Office. Les Frères mendiants, obligés de voyager beaucoup, avaient besoin de livres d'Office qui ne fussent pas trop coûteux et qu'on pût emporter avec soi. Grégoire IX autorisa les moines mendiants à se contenter de l'Office moderne qu'il avait lui-même organisé en abrégeant l'Office alors en usage et qui contenait leur Bréviaire, dans ces Breviaria que le chapitre dominicain de Milan en 1270, mentionne sous le nom de Breviaria portatilia.

     L'Office, dont le Bréviaire est l'abrégé, n'était pas au XIIe siècle, d'institution récente. Pour retrouver ses origines, il faut aller jusqu'à Notre-Seigneur lui-même. De la prière individuelle, Notre-Seigneur avait dit : « Il faut toujours prier et ne jamais cesser. » (Lc, XVIII, 1.) Une âme vraiment chrétienne doit se maintenir en union d'amour avec le Seigneur, en sorte que toute sa vie de travail, de récréation ou de repos soit prière.

     Mais à cette recommandation de prière individuelle continue, Notre-Seigneur a joint celle d'une prière commune : « En vérité je vous le dis, si deux d'entre vous sont d'accord sur une demande quelconque, cela leur adviendra de la part de mon Père qui est dans les cieux. Car là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux. » (Mt, XVIII, 19 et 20.)

     Les premiers chrétiens avaient bien retenu la leçon du Maître et se réunissaient, non seulement dans leurs maisons pour la fraction du pain, pour le sacrifice eucharistique, mais aussi suivaient en groupes les prières publiques du temple. (Actes, II, 46.)

     C'est dans le sens d'une ordonnance relative au règlement des prières communes, qu'on entend généralement de verset de la Ier Épître à Timothée, II, 1 : « Je demande donc qu'avant tout, on fasse des obsécrations, prières, demandes, actions de grâces, pour tous les hommes, pour les rois et pour toutes les autorités constituées, afin que nous menions une vie calme et tranquille en toute piété et honnêteté. » Saint Clément de Rome écrivant aux Corinthiens en 96, fait remonter jusqu'au Christ, par les Apôtres, la réglementation de la prière dans les réunions chrétiennes.

     Dès le IIIe siècle, nous voyons signaler, par saint Clément d'Alexandrie et Tertullien, à côté des prières du matin et du soir et aussi des vigiles à certains jours, les heures de Tierce, Sexte et None comme particulièrement désignées pour des prières d'actions de grâces en souvenirs des bienfaits divins qui les ont signalées à notre piété. Mais c'est au cours du IVe siècle, après la paix Constantinienne, que le développement des communautés monastiques entraîne le développement et l'organisation de la prière publique.

     Saint Benoît donne à la prière monastique une ordonnance si bien appropriée aux capacités et aux besoin de notre humaine nature, qu'avec saint Grégoire le Grand, elle devient en grande partie celle de l'Office romain et, avec Charlemagne, celle de la plupart des églises dans son empire. Cependant, chaque église restant libre d'organiser son Office comme elle l'entendait, sur le fond commun, se greffent des usages particuliers dont la diversité s'accuse à mesure que passent les siècles.

     Au XIIe siècle la mise en usage des Breviaria et l'expansion des Ordres mendiants, qui portent partout leurs Bréviaires uniformisés en grande partie sur le modèle romain, ramènent un peu d'unité et préparent l'unification que les décrets réformateurs de saint Pie V, après le concile de Trente, imposeront à toutes les liturgies ne justifiant pas d'une approbation pontificale ou d'une coutume d'au moins deux cents ans.

     Le bréviaire de saint Pie V, dont Urbain VIII a fait corriger les hymnes, est resté en usage jusqu'à la réforme de Pie X. Cette réforme ne l'a d'ailleurs pas modifié substantiellement. Elle n'a fait qu'organiser le psautier et les rubriques, en réglant la célébration de l'Office de saints de telle façon que ces fêtes n'empêchent pas la récitation du psautier complet chaque semaine et la lecture des leçons d'Écritures sainte telles que l'antiquité les avaient prévues.  

     « L'Église catholique romaine de nos jours prie ainsi en harmonie et en relation avec l'Église des premiers siècles, quoiqu'elle le fasse d'une façon quelque peu modifiée et développée. » (Dom Boemer.)

     C'est évidemment en vue de la récitation chorale, que notre Bréviaire a été organisé. Il est composé de trois parties, I° d'une partie poétique, Psaumes et Hymnes, destinée à vivifier et à actualiser les sentiments habituels que nous donne la connaissance de la Tout-Puissance de Dieu, du pouvoir d'intercession des Saints, de notre misère et de nos besoins, ainsi que des relations que nous pouvons avoir avec Dieu et les Saints ; 2e d'une partie didactique, Leçons, Capitules et Versets, destinée à développer et à renouveler notre connaissance des vérités religieuses spéculatives ou pratiques sur lesquelles s'appuient les sentiments exprimés dans la partie poétique ; 3e de la prière où le président de l'Office, au nom de toute l'assemblée, demande l'effusion de grâce qu'on attend de la célébration de cet Office.

     La psalmodie est responsale quand le psaume est tout entier récité par la même voix, récitation entrecoupée par la reprise d'un même verset récité comme refrain par tout le chœur. C'est le cas du Venite avec son Invitatoire.

     La psalmodie est antiphonale, à voix alternées, quand elle est récitée ou chantée à deux chœurs. L'Antienne est généralement une formule rappelant le verset du psaume dont la pensée a motivé de choix de ce psaume pour cet office. 

     Les Hymnes évoquent, en poésie latine, les sentiments que doit éveiller la fête qu'on célèbre ou l'heure du jour à laquelle l'Office est consacré.

     Les leçons, partie principale de l'élément didactique du Bréviaire, se disent à l'Office de nuit. Tous les livres de la Bible y sont représentés par de larges extraits, au Ier Nocturne. Les leçons du IIe Nocturne donnent la légende du saint ou un sermon des Pères, ou des extraits d'une lettre pontificale sur le mystère du jour. Le répons qui suit répète la pensée principale, ou de la leçon, ou plus souvent du temps liturgique auquel appartient l'Office.  Les Capitules, les Répons brefs et les Versets ont le même but de bien fixer dans l'esprit les pensées qui se dégagent de l'Office du jour. 

     L'oraison finale s'adresse au Père et se termine par la formule : Par Notre-Seigneur etc., ou bien au Fils et alors on finit en disant : Qui règne avec vous etc. Elle ne s'adresse jamais au Saint-Esprit, parce que c'est du Saint-Esprit que procède toujours la vraie prière selon cette parole de S. Paul : Le Saint-Esprit vient au secours de notre infirmité ; car de nous-mêmes, nous ne savons pas prier comme il faut ; mais c'est l'Esprit lui-même qui demande pour nous par des gémissements inénarrables. (Rm. VIII, 26).

     L'Office liturgique destiné à consacrer tous les moments de la vie humaine embrasse la nuit et le jour. Le nocturne (ou les trois pour les fêtes importantes) des Matines consacre les trois veilles qui partageaient la nuit chez les Romains. Les Laudes correspondent aux première lueurs de l'aube, Prime au lever du soleil, excellente prière du matin. Tierce célèbre, à neuf heures, la descente du Saint-Esprit. Sexte, à midi, honore le crucifiement ; None, à trois heures, la mort de Notre-Seigneur en croix. Les Vêpres sont la prière du coucher du soleil et les Complies nous suggèrent les sentiments dans lesquels, après une journée de service, nous devons aller prendre notre repos.

     Plus nous rapprocherons de cet horaire, notre récitation de l'Office, plus elle nous sera facile, agréable et bienfaisante. Évidemment, il est nombre de cas où cela ne nous sera pas possible, mais faisons ce que nous pouvons et, si nous avons pris la mauvaise habitude de dire tout notre bréviaire, sans le distribuer, et à des heures qui n'ont aucun rapport avec sa distribution liturgique, ne nous étonnons pas qu'il soit, pour nous, en pareille condition, une véritable charge, l'onus diei, au sens plénier du mot, alors qu'il et le charme et l'appui de celui qui peut dire, comme le psalmiste : Septies in die laudem dixi tibi (Ps. CXVIII, 164.)





samedi 12 mai 2012

Aurora cælum purpurat...




L'aurore empourpre le ciel,
L'air retentit de louanges,
Le monde triomphant jubile,
L'enfer épouvanté frémit,
A l'heure où ce Roi des forts,
De l'infernal antre de la mort,
Ramène libéré, le sénat de nos pères,
A la joyeuse lumière de la vie.

A son sépulcre, nombreuse
Était la garde scellant la pierre
Vainqueur, il triomphe et sa tombe
Devient la tombe de la mort.

Assez de deuil, assez de larmes,
Assez de temps à la douleur ;
Il est ressuscité, le triomphateur de la mort,
Il nous le crie, l'éclat de l'ange.
Pour être éternellement aux âmes,
Leur joie pascale, ô Jésus ;
De la cruelle mort du péché,
Délivre les régénérés.

A Dieu le Père soit la gloire,
Et au Fils qui, d'entre les morts,
Est ressuscité, ainsi qu'au Paraclet,
Dans les siècles éternels. Ainsi soit-il.


In resurrectione tua, Christe, alleluia.
Cæli et terra lætentur, alleluia.


Hymne des Laudes pour le temps pascal, 
traduite du bréviaire romain.

mardi 17 avril 2012

Le culte extérieur


LE CULTE EXTÉRIEUR

n avocat et un professeur de mathématique bavardent ensemble dans un train lorsque la vue d'une église par la fenêtre fait glisser la conversation sur la religion. « A quoi bon des églises ? demande l'avocat ; le seul temple digne de l'Être suprême, n'est-ce pas l'univers ? et puis que signifie cet appareil extérieur que les catholiques déploient dans leurs cérémonies religieuses ? tout cela n'est propre qu'à matérialiser la religion.

— Jusqu'ici, répond gravement le professeur, je vous avais pris pour un homme ; je vois maintenant que vous êtes un ange.

— S'il y a un ange ici, reprend poliment l'avocat, c'est vous, monsieur le mathématicien. 

— Vous consentez donc, réplique celui-ci, à compter parmi les individus de l'espèce humaine ? dès lors, vous me permettrez de trouver dans vos paroles une extrême légèreté ; car, je le répète, à moins que vous ne soyez un de ces purs esprits qui, n'ayant rien de commun avec la matière, voient la vérité face à face, vous ne sauriez vous dispenser d'admettre les propositions suivantes :

« N'est-il pas vrai qu'il faut prendre l'homme tel qu'il est, composé d'un corps et d'une âme ? »
« N'est-il pas vrai que vos sens sont les organes de vos perceptions ? »
« N'est-il pas vrai que notre âme est tellement dépendante de nos sens qu'elle n'est guère touchée que de ce qui les frappe ? »
« N'est-il pas vrai que l'homme doit à Dieu l'hommage de son être tout entier ? »
« N'est-il pas vrai que tous les jours, au barreau, vous revêtez votre éloquente parole d'images sensibles, que vous l'accompagnez de gestes et d'inflexions variées, c'est-à-dire que vous prenez tous les moyens de parler aux sens de vos auditeurs, afin de les captiver, de les toucher et de faire passer vos convictions dans leur âme ? »
« N'est-il pas vrai qu'au palais vous employez un costume particulier, que vous observez certaines formes solennelles, afin d'imprimer plus de respect pour les juges et les jugements ? »

     Or, dites-moi, qu'est-ce que tout cela, sinon le culte extérieur de la justice humaine, et pourquoi tout cela, sinon parce que vous traitez, non avec des anges, mais avec des hommes, c'est-à-dire avec des créatures soumises à des sens ?
     Si donc, Maître, vous voulez condamner le culte extérieur de l'Église, soyez conséquent avec vous-même et commencez par retrancher de vos discours tout ce qui parle aux sens ; du barreau, tous les rites et tous les costumes consacrés, de l'administration de la justice, toutes les formes extérieures destinées à inspirer le respect des magistrats et des lois; ou plutôt faites que l'homme soit un ange ; mais, tant que l'homme sera une intelligence servie et trop souvent asservie par des organes, vouloir réduire la religion au pur spirituel, c'est attaquer son empire le plus légitime et la désarmer...




ans toutes les langes le mot culte veut dire honneur, respect, vénération. Dans la langue religieuse, nous appelons culte intérieur les sentiments de foi, d'admiration, de respect, de reconnaissance, d'amour et de soumission que nous devons avoir pour Dieu ; nous appelons culte extérieur les signes sensibles par lesquels nous manifestons ces sentiments, comme les génuflexions, les prières, les vœux, les offrandes ; mais lorsque ces témoignages ne sont pas accompagnés des sentiments du cœur, ce n'est plus un culte vrai et sincère, c'est une pure hypocrisie, vice que Jésus-Christ et les prophètes ont souvent reproché aux juifs.

Pour achever la définition du mot culte, nous dirons que nous reconnaissons : le culte suprême, qui se compose des sentiments et des témoignages qui ne sont dus qu'à Dieu ; le culte inférieur et subordonnée, que nous rendons aux anges et aux saints et par lequel nous respectons et honorons en eux les grâces surnaturelles que Dieu leur a faites, la dignité à laquelle il les a élevée, le pouvoir qu'il leur concède. Nous demandons à Dieu de nous accorder ses grâces par lui-même, et nous supplions les anges et les saints de les obtenir pour nous par leur intercession ; cela est très différent.

     Le culte extérieur ne s'exerce pas sans cérémonies. On entend par cérémonies religieuses des actions mystérieuses et extérieures établies pour accompagner le culte divin et le rendre plus auguste et plus expressif. En effet, toutes renferment et expriment un sens caché ; on dirait un voile transparent qui laisse entrevoir des choses purement spirituelles ; toutes ont leur raison d'être, leur but et leur explication ; toutes aussi, pour être agréables à Dieu, doivent s'exercer suivant les prescriptions de Dieu même ou de ses ministres ; de là le rit.
On appelle rit un usage ou une cérémonie selon l'ordre prescrit. Le mot rit vient du mot latin rite ou recte, qui veut dire ce qui est bien fait, ce qui est conforme à l'ordre ; ainsi les rites catholiques sont les cérémonies religieuses comme elles sont prescrites par l'Église catholique. Le rit romain, le rit milanais, le rit parisien, ce sont les cérémonies telles qu'elles sont prescrites à Romes, à Milan, à Paris.

     Le culte extérieur, les cérémonies, les rites se rapportent directement ou indirectement à l'acte par excellence de la religion, l'auguste sacrifice de la messe, parce que dans le christianisme, considéré intérieurement et extérieurement, Jésus-Christ est le terme final auquel tout aboutit ; de là le nom de liturgie donné à l'ensemble des cérémonies et des prières qui composent le culte extérieur de l'Église catholique.
     Liturgie est un mot grec qui signifie œuvre publique, œuvre par excellence ; c'est ce que nous nommons aussi en français le service divin. C'est la messe ou la consécration de l'Eucharistie qu'on nomme proprement liturgie, parce qu'elle est la partie la plus auguste du service divin ; voilà pourquoi les livres qui contiennent la manière de célébrer les saints mystères sont nommés les liturgies.

     Pour résumer, dussions-nous répéter ce que nous avons déjà indiqué, le culte extérieur avec ses cérémonies est nécessaire à l'homme pour manifester ses sentiments, pour soutenir, affermir le culte intérieur. « L'homme étant corps et esprit, dit le saint concile de Trente, il ne peut que très difficilement, sans le secours des sens, s'élever à la méditation des choses divines. L'Église, comme une tendre mère, a établi certains rites, institués des cérémonies, pour porter les fidèles, au moyen de ces signes sensibles, à la contemplation des profonds mystères du christianisme. » S'il n'y a pas de Dieu sans religion, il n'est pas moins vrai qu'il n'y a pas de religion sans culte extérieur.


     Cette nécessité du culte extérieur pour l'homme n'est pas moins clairement fondée sur cette raison qu'étant composé d'une double substance, il doit à Dieu l'hommage de son être tout entier. L'âme honore Dieu par le culte intérieur, et le corps l'honore à sa manière par le culte extérieur.

     Il n'a jamais existé de société qui n'ait eu un culte public ; un peuple, sans ce culte, serait un peuple athée, c'est-à-dire dans des conditions telles de confusion, de désordre, d'anarchie (on en sait quelque chose), qu'il ne pourrait subsister. De la religion régnant par son culte, dérivent toutes les lois morales ; elle est le fondement de toutes les autorités, elle maintient l'ordre et la vie sociale, rappelant qu'il y a un Dieu, maître de la nature, souverain législateur, fondateur de la société civile, arbitre des nations, distributeur des biens et des maux, protecteur des familles, vengeur du crime, rémunérateur de la vertu. Sous l'empire de la loi mosaïque, la plupart des cérémonies étaient autant de monuments des faits merveilleux qui prouvaient la mission de Moïse, et la certitude des promesses que Dieu avait faites à son peuple ; elles tenaient les Juifs en garde contre les autres nations et réprimaient leur penchant à l'idolâtrie.

     Sous le christianisme, alors que tous les peuples sont appelés à ne former qu'une seule famille unie par le double lien de la même foi et de la même charité, les cérémonies ont un objet plus auguste encore et un sens plus sublime ; elle nous mettent continuellement sous les yeux un Dieu sanctificateur des hommes, qui, par Jésus-Christ son Fils, nous a rachetés du péché et de la damnation, qui, par des grâces continuelles, pourvoit à tous les besoins de notre âme ; elles sont comme une prédication non interrompue et une profession solennelle des dogmes les plus essentiels à l'homme et à la société ; c'est une leçon de morale intelligible aux ignorants comme aux sages, qui leur rappelle continuellement leurs devoirs envers Dieu, envers leurs semblables, envers eux-mêmes ; le cérémonial des sacrements est particulièrement un tableau des obligations du chrétien dans tous les âges et dans toutes les circonstances de la vie ; malheur à ceux qui ne prêtent aucune attention à ces leçons et sur qui ce langage figuratif ne produit pas, jusqu'au fond de leurs cœurs, les plus vives et les plus salutaires impressions...