n voit des personnes qui donnent pour raison de leur éloignement de la Religion Catholique les fautes de tel ou tel chrétien ou l'ambition de certains papes dans l'histoire. Ils perdent de vue que Jésus-Christ, en fondant son Église, n'a pas promis que tous les membres en seraient irréprochables. Il a dit seulement que Lui-même et son enseignement seraient là, dans cette Église, comme jadis Il se tenait au milieu de ses apôtres (qui ne furent pas toujours, dans l'Évangile, exemplaires), et c'est uniquement là que la vraie doctrine sur Dieu et l'homme s'est maintenue invariable. Le flambeau de la foi n'est pas semblable à ces feux terrestres qui s'affaiblissent et s'éteignent dans les lieux privés d'un air pur : la lumière évangélique a conservé tout son éclat au milieu de la corruption, dans les mains des pontifes indignes comme dans celles des plus saints.
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mardi 14 mai 2013
L'Église est Sainte car Jésus-Christ est la Sainteté incarnée
n voit des personnes qui donnent pour raison de leur éloignement de la Religion Catholique les fautes de tel ou tel chrétien ou l'ambition de certains papes dans l'histoire. Ils perdent de vue que Jésus-Christ, en fondant son Église, n'a pas promis que tous les membres en seraient irréprochables. Il a dit seulement que Lui-même et son enseignement seraient là, dans cette Église, comme jadis Il se tenait au milieu de ses apôtres (qui ne furent pas toujours, dans l'Évangile, exemplaires), et c'est uniquement là que la vraie doctrine sur Dieu et l'homme s'est maintenue invariable. Le flambeau de la foi n'est pas semblable à ces feux terrestres qui s'affaiblissent et s'éteignent dans les lieux privés d'un air pur : la lumière évangélique a conservé tout son éclat au milieu de la corruption, dans les mains des pontifes indignes comme dans celles des plus saints.
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vendredi 5 avril 2013
Unité de l'Église autour du Pape
nie au dedans par le Saint-Esprit, l'Église a encore un lien commun de sa communion extérieure, et doit demeurer unie par un gouvernement où l'autorité de Jésus-Christ soit représentée ; ainsi l'unité garde l'unité, et, sous le sceau du gouvernement ecclésiastique, l'unité de l'esprit est conservée. Quel est ce gouvernement ? quelle en est la forme ?
Nous trouvons dans l'Évangile que Jésus-Christ, voulant commencer le mystère de l'unité dans son Église, parmi tous ses disciples en choisit douze, mais que, voulant consommer le mystère de l'unité dans la même Église, parmi les douze il en choisit un, Simon qu'on appelle Pierre, qui est le premier, qui est mis à la tête et qui pour cette raison est appelé du nom de Pierre, « que Jésus-Christ, dit S. Marc, lui avait donné pour préparer l'ouvrage qu'il méditait d'élever sur cette pierre. »
Mais, ceci n'est encore qu'un commencement du mystère de l'unité. Jésus-Christ, en le commençant, parlait encore à plusieurs : « Allez, prêchez, je vous envoie. » Mais ensuite il désigne Pierre personnellement et par le nouveau nom qu'il lui a donné. C'est un seul qui parle à un seul ; Jésus-Christ, fils de Dieu, à Simon fils de Jonas ; Jésus-Christ qui est la vraie pierre, si fort par lui-même, à Simon qui n'est pierre que par la force que Jésus-Christ lui communique. « Et moi, dit-il, je te dis à toi : tu es Pierre, et sur cette pierre j'établirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. » Pour le préparer à cet honneur, Jésus-Christ, qui sait que la foi qu'on a en lui est le fondement de son Église, inspire à Pierre une foi digne d'être le fondement de cet admirable édifice : « Vous êtes le Christ fils du Dieu vivant, » répond Pierre. La parole de Jésus-Christ, qui de rien fait ce qu'il lui plaît, donne cette force à un mortel. Qu'on ne dise pas, qu'on ne pense pas que ce ministère de S. Pierre finisse avec lui ; ce qui doit servir de soutient à une Église éternelle ne peut jamais avoir de fin. Pierre vivra dans ses successeurs, Pierre parlera toujours dans sa chaire.
Bossuet
Fidélité inconditionnelle et obéissance absolue au Souverain Pontife !
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lundi 11 mars 2013
Le sacrement du mariage
e tous les contrats, le mariage est le plus ancien, le plus saint et le plus respectable. Dieu même en est l'auteur ; il l'institua dans le paradis terrestre, lorsqu'après avoir créé Adam et Eve, il les bénit en leur disant : Croissez et multipliez et remplissez la terre. Alors Adam reçut des mains de Dieu sa compagne, en prononçant ces paroles pleines de joie, de reconnaissance et d'admiration : Voilà l'os de mes os et la chair de ma chair ; c'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à son épouse. Sous les patriarches, le mariage continue d'être un contrat sacré et solennel ; témoin l'histoire d'Isaac et de Rébecca, de Jacob et de Rachel. Il en fut de même sous la loi de Moïse, nous en avons des exemples dans le mariage de Ruth et de Booz, de Sara avec Tobie.
Sous la loi de Jésus-Christ, le mariage devait avoir un but plus noble et plus élevé, celui de donner à l'Église des enfants, au monde des chrétiens ; c'est pourquoi Notre-Seigneur voulut l'enrichir de grâces nouvelles en l'élevant à la dignité de sacrement. On définit ainsi le mariage : un sacrement, institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui donne à ceux qui le reçoivent dignement la grâce de se sanctifier dans leur état, d'élever chrétiennement leurs enfants, et qui représente l'union de Jésus-Christ avec l'Église.
Il n'est pas d'état dont les devoirs soient plus nombreux et plus importants que l'état de mariage. Les époux se doivent mutuellement fidélité, amour chaste, saint et constant. Si Dieu bénit leur alliance en leur donnant des enfants, de nouveaux devoirs leur sont imposés pour leur éducation, qui exige d'eux la douceur, la fermeté, la vigilance, la patience. Ils doivent regarder leurs enfants comme un dépôt sacré que Dieu lui-même leur a confié et dont il leur demandera compte, et travailler non-seulement à les rendre heureux selon le monde, mais à en faire des saints. Pour cette œuvre difficile la grâce du sacrement leur est nécessaire.
Enfin, comme Jésus-Christ a quitté son Père pour s'unir à l'Église, ainsi l'homme quitte son père et sa mère pour s'unir à sa femme. Jésus-Christ est le chef de l'Église comme le mari est le chef de la famille ; Jésus-Christ dirige l'Église, Il la protège ; le mari doit être le protecteur de la femme et le rempart de sa famille ; Jésus-Christ aime tendrement l'Église, l'époux doit aimer en vérité son épouse ; Jésus-Christ meurt pour l'Église, l'époux donne sa vie pour son épouse.
Pour participer aux grâces du sacrement de mariage il faut s'y préparer avec grand soin et avec une véritable pureté d'intention. La Providence, en nous mettant au monde, destine chacun à un état particulier. Si nous y entrons, des grâces spéciales nous y sont réservées ; si nous n'y entrons pas, ces grâces ne nous sont pas accordées ; de là la nécessité de rechercher consciencieusement notre vocation, de nous déterminer par des considérations droites et pures, sans nous laisser conduire par des motifs de vanité, d'ambition et de concupiscence : tant de mariages ont une mauvaise issue, parce qu'ils ont été contractés sous l'empire de vues trop humaines, quelquefois coupables, en dehors des vues chrétienne qui doivent dominer toutes les autres.
Une autre condition non moins essentielle, c'est l'état de grâce, car le mariage est un sacrement des vivants. Il est triste de voir ceux qui doivent se marier n'approcher du tribunal de pénitence que pour la forme et pour obéir à une condition prescrite ; il commencent par faire une faute grave qui doit entraîner d'autres péchés ; ils offensent cruellement Dieu dont ils devraient mériter la bénédiction, et font tourner à leur condamnation un sacrement où ils auraient pu puiser la force dont la vie conjugale a tant besoin. Ce malheur n'est que trop fréquent, et la punition, même en ce monde, ne tarde pas à se faire sentir par les troubles du ménage et les mauvaise conduite d'enfants qui n'ont pas été placés sous l'égide de la religion.
Le mariage doit être précédé de la publication des bans : le mot ban veut dire publication. L'Église veut qu'on annonce à tous ses enfants les futurs mariages : 1° afin que tous se mettent en prières pour attirer sur les nouveaux époux les bénédiction du Ciel ; 2° afin que le mariage se contracte sans empêchement. L'obligation de révéler les empêchements regarde tous ceux qui peuvent en avoir connaissance, sous peine de péché.
Il y a deux sortes d'empêchements qui peuvent mettre obstacle au mariage : les uns le rendent nul ; on les appelle, pour cette raison, empêchement dirimants ; les autres n'annulent pas le mariage, mais font qu'on ne peut se marier dans péché : on les nomme empêchements prohibitifs.
Les principaux empêchements dirimants sont ; l'erreur, quand Pierre épouse Catherine, son intention étant d'épouser Jeanne ; la violence, quand le consentement d'une des parties n'est pas libre mais extorqué par la force ; la clandestinité, le mariage pour être valide devant être fait en face de l'Église, en présence du curé ou de son représentant.
Plusieurs des empêchements prohibitifs, ceux qui regardent l'époque de la célébration du mariage et les degrés de parenté, peuvent être levés par des dispenses motivées sur des raisons justes : l'Église a le droit incontestable, pour le bien de ses enfants, de faire particulièrement disparaître l'obstacle qu'elle avait mis d'une manière générale dans cette même intention.
Si le sacrement de mariage est le principe sanctifiant de la famille et la source féconde de grâces attachées à la société conjugale, on comprend que le mépris de ce sacrement est pour la famille une cause de punitions et de maux. Plus la religion élève et purifie l'homme, plus aussi, en dehors de la loi sainte, l'homme s'avilit et se dégrade. On ne saurait donc s'affliger trop amèrement d'entendre dans notre siècle ces prétendus réformateurs, sous prétexte d'émanciper la femme que le christianisme seul a relevée, attaquer publiquement le mariage, et porter, par ces détestables doctrines, le trouble et la confusion dans la société. Le PACS, le divorce et demain peut-être l'assemblage civil de paires d'invertis sont les grands travaux dont ils se flattent... Il ont ruiné le mariage, qui ne pourra être restauré qu'en retrouvant sa forme religieuse originelle.
Il est affligeant aussi de voir tant d'unions illégitimes (concubinage) ; ne portent-elles pas en elles-mêmes toutes les causes d'instabilité, d'inconstance et de tristesse ? sans la sanction religieuse, l'autorité de l'homme est une tyrannie insupportable ou bien elle est totalement ruinée, et la condition de la femme un esclavage ou alors une singerie féministe égalitaire ; que deviennent les enfants dans ces déplorables conditions ? La loi chrétienne leur sera-t-elle enseignée par ceux qui ne les ont mis au monde qu'en foulant aux pieds l'une des grandes lois de notre sainte religion ? et seront-ils initiés à nos divins sacrements par un père et une mère qui n'ont témoigné que du mépris pour le sacrement de la paternité et de la maternité chrétiennes ? Hélas ! ils n'auront pas même droit à la bénédiction de leurs familles ; pour bénir ceux qui viennent après nous, il faut que Dieu nous ait bénis le premier.
Ces réflexions s'appliquent à ceux mêmes qui ont contracté le mariage civil (valide entre deux personnes non baptisées) sans le mariage religieux. Le mariage civil exerce son action sur l'homme en tant qu'il est citoyen ; il règle son existence civile, il garantit ses droits politiques, il assure la propriété de ses biens temporels, mais l'homme époux et père a d'autres devoirs devant Dieu. Non seulement il est citoyen dans son pays, mais baptisé ; il a été fait en outre chrétien, enfant de Dieu et de l'Église ; il est soumis aux lois établis par Jésus-Christ, il ne peut les transgresser sans péché, et il est aussi coupable qu'aveugle quand il n'accomplit pas des devoirs qui sont en même temps pour lui des bienfaits.
mardi 12 février 2013
Catéchisme sur le Mercredi des Cendres
Demande. Pourquoi le premier jour de carême est appelé jour des cendres ?
Réponse. A cause de l'imposition des cendres qui se fait en ce jour.
Explication. Ce jour est aussi appelé le chef du jeûne, parce qu'il est à la tête des jeûnes du carême. Avant l'addition des quatre jours de jeûnes réalisée sans doute par Saint Grégoire le Grand, le nom de chef du jeûne se donnait au premier lundi de carême pour la même raison. Les Pères du concile de Soissons, de 853, appelaient déjà le mercredi des cendres chef du jeûne, l'addition des quatre premiers jours était déjà bien établie en France en ce temps, au moins dans la majorité des Église.
D. L'imposition des cendres est-elle bien ancienne ?
R. C'est un reste de l'ancienne discipline de l'Église qui imposait des cendre sur la tête des pénitents publics, qui les recevaient pour marquer leur douleur.
Explication. La coutume de se couvrir de cendres et de cilice, pour marquer la douleur, était en usage chez les nations les plus anciennes : les ministres se revêtirent de sacs et se prosternèrent sur de la cendre pour apaiser la colère de Dieu : telle était en particulier la pratique des Juifs, comme l'Écriture le rapporte en mille endroits ; les chrétiens l'ont fait de même dans tous les temps, surtout lorsque la pénitence publique était en vigueur. Rien ne marque mieux l'humiliation et la douleur que ces symboles énergiques de sacs, de cilices, de cendres ; ce sont les expressions même de la pénitence.
D. Pourquoi l'Église fait-elle aujourd'hui l'imposition des cendres ?
R. L'Église impose des cendres sur la tête des chrétiens pour les exciter à la pénitence, en leur rappelant la pensée de la mort.
Explication. Souviens-toi, ô homme ! que tu es poussière, et que tu retourneras en poussière : voilà ce que le prêtre dit à chacun de ceux à qui il impose des cendres ; anciennement à Milan on y répondait : je m'en souviendrai. Quelques rituels anciens veulent qu'on dise : fais pénitence dans la cendre et le cilice. On lit en d'autres : faites, Seigneur, que les cendres que je reçois deviennent pour moi un remède salutaire. Il y eut des endroits où l'on mit la cendre dans des vases de terre pour mieux marquer le néant de l'homme.
D. Avec quels sentiments doit-on recevoir les cendres ?
R. On doit recevoir les cendres en esprit de componction et de douleur, en faisant la résolution de faire pénitence pendant le carême.
D. Quel autre sentiment faut-il encore avoir en recevant les cendres ?
R. Il faut se soumettre à la mort, comme était pécheur, et en accepter l'arrêt en expiation de ses péchés.
Abbé Meusy, Catéchisme des Fêtes, Besançon, 1774.
jeudi 1 novembre 2012
La Toussaint
'Église a retracé dans la division de son année toute l'histoire du genre humain ; les quatre semaines de l'Avent qui aboutissent à la naissance du Sauveur, nous rappellent les quatre mille ans pendant lesquels ce divin Messie fut attendu. Le temps qui s'écoule depuis la Nativité jusqu'à la Pentecôte nous redit toute la vie cachée, publique et glorieuse du Rédempteur, et cette partie de l'année se termine par l'Ascension de Jésus-Christ dans le ciel et la fondation de l'Église ; l'intervalle qui s'étend depuis la Pentecôte jusqu'à la Toussaint nous représente le pèlerinage de l'Église sur la terre, et cette nouvelle partie de l'année se termine encore par la fête du ciel.
Pendant ce long espace nous voyons l'Église célébrant tour à tour, pour se consoler de son exil et s'encourager dans ses combats, la fête de ses martyrs, de ses confesseurs, de ses vierges ; lorsque l'automne est venu et que le vigneron remplit ses celliers, que le laboureur serre dans ses greniers ses gerbes abondantes, que les hommes recueillent dans la joie leurs biens de toute espèce, fruits de leurs sueurs et de leurs travaux, l'Église crie à tous ses enfants de la terre : « En haut les yeux et les cœurs ; ces biens que vous amassez ne sont que l'image des biens et des joies qui vous attendent au delà du tombeau, semez des vertus et vous moissonnerez des mérites, ennoblissez vos vues, le ciel avec ses palmes et ses couronnes, avec son éternité de gloire et son bonheur sans nuage est seul digne de vos soins. »
C'est pour exciter en nous ces sentiments que l'Église a institué la fête de la Toussaint. Elle nous montre le ciel peuplé d'hommes de toutes les tribus, de toutes les langues et de toutes les nations ; ils furent ce que nous sommes : faibles, tentés, pécheurs même, en un mot enfants d'Adam comme nous ; ainsi il ne tient qu'à nous d'être un jour ce qu'ils sont.
Un général qui, de simple soldat, était parvenu aux premiers grades par sa valeur, aimait à s'entretenir avec les soldats qu'il commandait, à leur raconter ses campagnes, les dangers qu'il avait courus, les fatigues qu'il avait supportées, et ces discours enflammaient le cœur de ceux qui l'écoutaient ; la vie des Saints nous enseigne comment on parvient à la gloire céleste, et nous sommes certains, si nous le voulons, d'y parvenir avec le secours de la grâce qui ne nous manque jamais que par notre faute.
Rappelons aujourd'hui combien cette fête est capable de nous encourager dans la pratique de la religion ; à son tribunal, la vertu persécutée, méconnue, calomniée, trouve enfin une éclatante justice, nulle acception de personnes, soyez riche ou pauvre, savant ou ignorant, maître ou esclave, il n'importe. Avez-vous été l'enfant docile du Père céleste ; cette condition remplie, votre nom peut devenir immortel, et vous pouvez pauvre berger, humble laboureur, recevoir des honneurs que les monarques avec toute leur puissance n'obtiendront jamais.
Le matin de la Toussaint, la pompe de ses cérémonies, l'allégresse de ses hymnes offrent l'expression de la joie. Le soir à ses cantiques viennent se mêler des soupirs, des ornements de deuil remplacent les chapes d'or, et voilà que nous n'apercevons plus dans le temple saint qu'un monument funèbre ; c'est une nouvelle fête, la fête des morts ; l'Église veut que ce jour soit une fête de famille, elle se présente à nous dans ses trois états différents, triomphante dans le ciel, exilée sur la terre, et gémissante au milieu des flammes expiatrices ; ce sont trois sœurs se donnant la main, s'encourageant, se consolant, se soutenant jusqu'au jour où, s'embrassant dans les cieux, elles ne formeront plus qu'une Église éternellement triomphante.
L'Église dès son origine a prié pour tous ses enfants quand ils mouraient ; Tertulien dit : « Nous célébrons l'anniversaire de la nativité des martyrs, et, suivant la tradition des ancêtres, nous offrons le sacrifice pour les défunts au jour anniversaire de leur mort. »
« Il est fort avéré, dit S. Augustin, et universellement reçu dans toute l'Église, l'usage de prier pour ceux qui sont morts dans la communion du corps et du sang de Jésus-Christ. » Car les âmes des morts achèvent d'expier dans le Purgatoire la peine due aux péchés pour lesquels une entière satisfaction n'a pas été obtenue, et nos prières peuvent contribuer à leur soulagement ; il faut qu'en cette fête notre piété soit ranimée en faveur de nos frères défunts. La gloire de Dieu, la charité, la justice, sont autant de motifs qui doivent nous engager à prier pour les morts ; comme le paralytique de l'Évangile qui, perclus de tous ses membres et enchaîné depuis longtemps sur les bords de la piscine, demandait une main charitable qui l'y fît entrer, les âmes du Purgatoire implorent le secours qui brisera leurs chaînes ; les justes qui souffrent sont nos frères, tout nous rappelle leur souvenir, les lieux que nous parcourons, les maisons que nous habitons, les biens dont nous jouissons, et le nom même que nous portons. Demandez-leur pourquoi ils souffrent ; ils répondront : J'ai bien laissé sur la terre des parents, mais ils m'oublient, cependant ce que je demande est bien peu, quelques prières, quelques aumônes.
Puisse cette voix toucher nos cœurs, et procurer la gloire à Dieu, la paix aux morts, et à nous la récompense de la miséricorde ; bienheureux les miséricordieux, car ils recevront miséricorde.
lundi 3 septembre 2012
Code abrégé de la vie chrétienne
Code abrégé de la vie chrétienne.
par S. E. le cardinal Mercier, Archevêque de Malines.
Revu et adapté d'un missel.
.
a chose la plus importante de toutes pour chacun de nous, c'est que nous sauvions notre âme. Nous voudrions bien ne jamais mourir, mais nous mourrons. Nous mourrons, et nul ne peut nous dire si ce sera dans dix ans ou dans vingt ans, ou si ce sera demain ou même aujourd'hui. La seule chose certaine et dont personne de nous ne doute, c'est qu'un jour viendra où chacun de nous passera du temps à l'éternité.
Qu'adviendra-t-il alors de nous ? Serons-nous éternellement heureux ou serons-nous éternellement malheureux?
Devant cette question, toutes les autres préoccupations pâlissent ou s'effacent. La réponse dépend de nous. Notre avenir éternel est entre nos mains.
Jésus-Christ nous en a prévenus : « L'heure sonnera où la voix du Fils de Dieu réveillera tous ceux qui dorment dans nos champs de sépulture. Et les morts se lèveront. Ceux qui auront bien vécu, ressusciteront pour une vie glorieuse, mais ceux qui auront mal vécu, ressusciteront pour leur éternel châtiment. » Jn. V, 28-29.
C'est donc bien le moins que nous nous demandions les vérités à connaître sur notre destin éternel ; ce que nous avons à faire pour sauver notre âme et quels sont nos moyens de salut.
I. Que devons-nous croire pour nous sauver ?
Nous devons croire toutes les vérités qu'il a plu à Dieu de nous révéler, c'est-à-dire qu'Il a fait connaître au monde par le double moyen de l'Écriture Sainte et de la Tradition, et qu'Il a chargé l'Église catholique romaine de proposer à notre foi.
L'Écriture Sainte exprime la parole de Dieu, telle qu'elle a été inspirée par le Saint-Esprit aux auteurs des Livres Saints. Ces livres, selon qu'ils datent d'avant ou d'après Jésus-Christ, s'appellent les Écritures de l'Ancien ou du Nouveau Testament.
Outre les divines Écritures, la Révélation comprend la Tradition. Ce mot signifie transmission, parole transmise. La Tradition est la partie de la parole de Dieu qui, enseignée d'abord de vive voix par Notre Seigneur Jésus-Christ et par ses Apôtres, est transmise ensuite, dans le sein de l'Église catholique, aux générations chrétiennes qui se succéderont jusqu'à la fin des siècles.
Il n'appartient pas aux simples fidèles de décider individuellement ou collectivement quelles sont les vérités révélées par Dieu et quel est le sens de la parole divine : comme nous le voyons dans le protestantisme, une telle situation engendre l'anarchie la plus complète en matière de religion.
Jésus-Christ a voulu, par une providence particulière, veiller à la conservation et à l'interprétation du dépôt de la foi tel que renferment l'Écriture Sainte et la Tradition, et à cet effet, Il a institué une société publique, l'Église, investie de la mission de garder et d'enseigner sans erreur la parole révélée. Les évêques, successeurs des Apôtres, ayant à leur tête le Pape, successeur de Pierre, le Prince des Apôtres, forment le corps enseignant de cette société ; et les fidèles, incorporés à l'Église par le baptême, doivent reconnaître l'autorité de cette hiérarchie comme ils reconnaissent l'autorité du Christ Lui-même ( « qui vous accueille m'accueille, et qui m'accueille, accueille celui qui m'a envoyé... » )
Grâce à cette Providence particulière que Dieu promit à son Église, la doctrine révélée est une, la même partout, depuis les temps apostoliques, elle est le fondement de la sainteté dans la société chrétienne.
Parcourez le monde, et à l'unité de l'Église romaine, à sa catholicité, à son apostolicité, à sa sainteté, nous reconnaîtrons, aujourd'hui comme toujours, que c'est elle qui est la véritable Église fondée par Notre Seigneur Jésus-Christ, et nous ne pourrons de bonne foi la confondre avec les innombrables sectes que l'hérésie et le schisme ont séparées du tronc primitif de la société chrétienne.
Seule l'existence vingt fois séculaire de l'Église, malgré les persécutions sanglantes ou astucieuses qu'elle a subies, malgré les hérésies et les schismes qui l'ont déchirée, malgré les souillures de ses enfants et parfois les défaillances de ses chefs, suffirait à prouver la dignité de son origine. Les générations passent ; les institutions vieillissent et se transforment ; les partis se désagrègent ; les sectes s'émiettent ; les cités, les royaumes, les empires s'effondrent ; les dynasties s'éteignent ; les peuples et les races se fusionnent ou disparaissent : seule l'Église Catholique Romaine, la Barque de Pierre, traverse triomphalement la tempête des siècles, toujours identique à elle-même.
Nous nous demandions, au début de cette introduction, ce que nous devons croire. Le Symbole des Apôtres résume les points principaux de notre foi :
Symbole des Apôtres.
1. Je crois en Dieu : Le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre;
2. Et en Jésus-Christ son Fils unique, notre Seigneur ;
3. Qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie ;
4. A souffert sous Ponce-Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli ;
5. Est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts ;
6. Est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant ;
7. D'où il viendra juger les vivants et les morts,
8. Je crois au Saint-Esprit ;
9. La sainte Église catholique, la communion des Saints ;
10. La rémission des péchés ;
11. La résurrection de la chair ;
12. La vie éternelle. Ainsi soit-il.
Lorsqu'une vérité contenue dans le dépôt de la Révélation est définie par l'Église au cours des siècles, elle prend le nom de dogme.
Ainsi, au cours des deux derniers siècles, l'Église a dogmatiquement défini l'Immaculée Conception de la Sainte Vierge, le 8 décembre 1854, l'infaillibilité pontificale en 1870, au premier concile du Vatican, et l'assomption de la Vierge Marie, en 1950, par Pie XII.
- Je crois que, par une grâce qui n'a été accordée à aucune autre créature humaine, Dieu a préservé la Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, de la souillure originelle, dès l'instant où elle fut conçue dans le sein de sainte Anne sa mère ; sa Conception fut donc immaculée.
- Je crois que, lorsque le Pape s'adresse à la sainte Église, et, usant de la plénitude de son autorité doctrinale, lui enseigne qu'une vérité est divinement révélée, il ne peut se tromper, en un mot, il est infaillible.
- Je crois que l'Immaculée Mère de Dieu, la Vierge Marie, après avoir achevé le
cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire céleste.
II. Que devons-nous faire pour nous sauver ?
Il ne peut suffire à l'homme de connaître la vérité, il doit y conformer sa vie.
La loi fondamentale de la vie chrétienne est la charité, c'est-à-dire l'amour de Dieu par dessus toutes choses et l'amour de notre prochain, ainsi que nous-mêmes, par amour pour Dieu. L'amour est le grand commandement, dit Notre-Seigneur. Il résume toute la loi, dit S. Paul. Or, l'amour réel n'est fait ni de paroles, ni de sentiments stériles, il se traduit en actes et en œuvres ; aimer Dieu, c'est soumettre sa volonté à la sienne et Le servir.
La volonté divine trouve son expression naturelle dans la conscience qui apprend à tout homme à discerner entre le bien et le mal, entre le devoir et le péché : aussi l'homme est-il tenu d'obéir à sa conscience.
La Révélation divine et l'Église ont confirmé et précisé les lois d'honnêteté de la conscience et y ont ajouté les prescriptions positives : les unes et les autres sont contenues, en substance, dans les dix commandements de Dieu et les cinq commandements de l'Église, dont voici l'énoncé :
Les Dix Commandements de Dieu.
Un seul Dieu tu adoreras,
Et aimeras parfaitement,
Dieu en vain tu ne jureras,
Ni autre chose pareillement.
Les Dimanches tu garderas,
En servant Dieu dévotement.
Tes père et mère honoreras,
Afin de vivre longuement.
Homicide point ne feras,
De fait ni volontairement.
Luxurieux point ne seras,
De corps ni de consentement.
Le bien d'autrui tu ne prnedras,
Ni retiendras à ton escient.
Faux témoignage ne diras,
Ni mentiras aucunement.
L'œuvre de chair ne désireras,
Qu'en mariage seulement.
Biens d'autrui ne convoiteras,
Pour les avoir injustement.
Les Commandements de l'Église.
Les Fêtes tu sanctifieras
Qui te sont de commandement.
Les dimanches Messe ouïras,
Et les Fêtes pareillement.
Tous tes péchés confesseras
A tout le moins une fois l'an.
Ton Créateur du recevras
Au moins à Pâques humblement.
Quatre-Temps, Vigiles jeûneras,
Et le Carême mêmement.
Vendredi chair ne mangeras,
Ni jour défendu pareillement.
Impossible d'aimer Dieu, le Bien souverain et infini, par dessus toutes choses, sans faire remonter vers Lui l'amour que nous portons à l'humanité considérée soit en nos frères, soit en nous-mêmes. D'où trois direction dans la pratique de la charité, selon qu'elle s'applique à Dieu en Lui-même ; à notre prochain ; à nous-mêmes.
1° L'union directe de l'âme avec Dieu se fait par les vertus que l'on appelle « théologales » ; on les appelles ainsi, parce qu'elles ont Dieu Lui-même directement pour objet. Ces vertus sont la Foi, par laquelle nous croyons fermement tout ce que Dieu nous a révélé et que sa Sainte Église nous propose à croire ; l'Espérance, par laquelle nous avons pleinement confiance dans les promesses divines ; la Charité, qui nous attache à Dieu par toutes les puissances de notre âme.
Lorsqu'après avoir eu le malheur d'offenser Dieu, l'âme repentante revient à Lui, elle exprime son amour sous la forme d'un regret d'avoir péché et d'une résolution de ne plus pécher à l'avenir. Cette expression d'amour est formulée dans l'acte de Contrition.
2° La pratique de la fraternité chrétienne se trouve condensée en ces deux adages qui nous sont familiers : Ne point faire à autrui ce que nous ne voudrions que l'on nous fît à nous-mêmes. Faire au prochain ce que nous voudrions qu'il nous fît.
3° S'aimer pour soi c'est de l'égoïsme. L'amour raisonnable et chrétien de soi-même commande la lutte contre nos passions mauvaises, qui sont principalement, selon l'Apôtre saint Jean (2. Jn., II, 16), la sensualité, l'avarice et l'orgueil. Il nous faut combattre sans relâche ces inclinations perverses, si nous voulons assurer en nous le règne de la charité. Soyons tempérants, c'est-à-dire sobres et chastes ; aimons à travailler, qui des bras, qui de la tête ; soyons généreux dans nos biens. Ayons en horreur l'alcoolisme, la luxure, le jeu corrupteur et la dissipation stérile ; la fainéantise, l'exploitation rapace du labeur d'autrui. Soyons humbles, soumettant volontiers notre âme à Dieu, et ne jalousant pas les succès de nos frères. — L'amour bien entendu de soi-même rejoint ainsi l'amour de Dieu et du prochain.
Outre la loi de la charité imposée à tous et dont les commandements généraux de Dieu et de l'Église sont l'expression, il y a pour tout homme des devoirs spéciaux résultant de la situation particulière dans laquelle il est engagé : on les appelle devoirs d'état.L'institution sociale primordiale est la famille. Seul le mariage confère le droit et l'honneur de perpétuer la vie. Il n'a pas la satisfaction de la passion pour but, mais il est l'union physique et morale, indissoluble et exclusive, de deux époux qui s'engagent à se soutenir mutuellement pour leur perfectionnement moral et pour être en état de fonder une famille chrétienne. Il leur est interdit, sous peine de péché mortel, de contrecarrer la loi qui, de par la volonté providentielle, préside à la propagation de la vie.
Les époux se doivent fidélité, affection, aide réciproque. L'épouse est soumise à l'autorité de son mari. Les mœurs païennes avaient fait d'elle l'esclave de l'homme ; le christianisme l'a établie son associée, sa compagne. Les parents doivent aimer leurs enfants et les élever chrétiennement. Les enfants doivent respecter leurs parents, leur obéir, leur rendre tous les services que réclament la piété filiale.
Entre patrons et salariés doivent régner, d'une part, la justice, l'équité, la bonté ; d'autre part, le respect, la fidélité, l'application.
Entre l'autorité civile et les citoyens doivent régner, d'une part, la justice et l'amour, ainsi que le respect de la loi de Dieu ; d'autre part, la soumission, l'attachement, en un mot la piété patriotique.
Le clergé doit instruire les fidèles et se dévouer avec zèle à leur salut ; les fidèles, de leur côté, doivent à leurs prêtres le respect, l'obéissance et l'affection.
Le bon chrétien est un bon paroissien, c'est-à-dire qu'il s'intéresse activement aux offices, aux œuvres, aux âmes de la paroisse, tout comme le bon citoyen s'intéresse à l'ordre et à la prospérité de sa commune.
Le bon chrétien sait, en effet, que par sa Paroisse et par son Pasteur, il se rattache au diocèse et à son Évêque, et, par l'Évêque, au Pontife suprême et à la communion des Saints de l'Église universelle.
En conclusion de cette seconde partie, les formules des actes de Foi, d'Espérance, de Charité et de Contrition qu'un chrétien devrait réciter chaque jour :
Acte de Foi.
Mon Dieu, je crois fermement, tout ce que vous nous avez révélé et que la sainte Église nous propose à croire ; parce que vous êtes la suprême et infaillible vérité. Dans cette Foi, je veux vivre et mourir.
Acte d'Espérance.
Mon Dieu, j'espère avec une ferme confiance que vous me donnerez, par les mérites de Jésus-Christ mon Sauveur, la vie éternelle et tout ce qui peut m'aider à l'obtenir ; parce que vous êtes infiniment bon envers nous, tout-puissant et fidèle dans vos promesses. Dans cette Espérance je veux vivre et mourir.
Acte de Charité.
Mon Dieu, je vous aime par dessus toutes choses, de tout mon cœur, de toute mon âme et de toutes mes forces ; parce que vous êtes infiniment bon et infiniment aimable, et j'aime mon prochain comme moi-même pour l'amour de vous. Dans cette Charité je veux vivre et mourir.
Acte de Contrition.
Mon Dieu, je me repens de tout mon cœur d'avoir offensé votre souveraine Majesté et votre Bonté infinie. Je déteste tous mes péchés pour l'amour de vous ; je me propose fermement de les confesser et de m'en corriger ; et j'aimerais mieux mourir que de vous offenser encore.
III. Les moyens de salut.
L'homme doit croire à la vérité de la Révélation divine ; il doit pratiquer la charité et obéir aux commandements de Dieu et de l'Église. Il le doit ; mais le peut-il ? en a-t-il les moyens ? De lui-même, non, il ne le peut pas. Mais il a plus à la divine Providence d'accorder à l'homme un moyen de salut que par sa nature il ne pouvait ni acquérir ni se promettre, et que, pour ce motif, on appelle surnaturel, à savoir, la grâce sanctifiante.
En quoi consiste cette grâce sanctifiante ou, pour parler un langage plus simple, cette divine faveur qui pose l'âme dans un état de sainteté ?
La grâce sanctifiante purifie l'âme du péché originel et de ses péchés actuels, sans doute, mais elle fait davantage. Elle opère dans l'homme une rénovation intérieure profonde, en communiquant à l'âme une disposition divine qui la pénètre, s'attache à elle et l'élève à un état surnaturel ; elle la rend digne de l'amitié de Dieu et l'héritière de la gloire éternelle.
Sans la grâce sanctifiante l'amour est capable de faire, dans une certaine mesure, le bien, mais il est absolument incapable d'accomplir un acte qui mérite la récompense éternelle.
Dieu communique à l'âme la grâce sanctifiante par les moyens sensibles, d'institution divine, que l'on appelle les Sacrements.
Il y a, en tout, sept Sacrements ou instruments par lesquels la grâce sanctifiante naît, s'accroît ou se récupère, à savoir : le Baptême, la Confirmation, l'Eucharistie, la Pénitence, l'Extrême-Onction, l'Ordre et le Mariage.
Le Baptême confère à l'âme la grâce sanctifiante qui efface tous les péchés et remet les peines dues pour les péchés ; il fait de nous les enfants de Dieu et de l'Église ; il inaugure pour l'âme une vie nouvelle qui se développe ici-bas par la pratique de la foi, de l'espérance, de la charité et des autres vertus chrétiennes, et se consomme dans la possession immédiate et éternelle de Dieu au Paradis.
La Confirmation perfectionne la vie chrétienne et l'affermit.
La Sainte Eucharistie l'alimente et la fortifie.
La Pénitence la fait renaître en nous quand, par le péché mortel, nous avons eu le malheur de la perdre.
L'Extrême-Onction la soutient dans les difficultés de l'agonie.
L'Ordre institue les ministres des Sacrements que nous venons d'énumérer, et leur donne ainsi le pouvoir de propager la vie chrétienne.
Le Mariage, enfin, est un Sacrement par lequel les époux obtiennent et se confèrent mutuellement la grâce de s'entr'aider dans la vie et d'élever des enfants chrétiens.
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| Le sacrement de la Confirmation |
Si grande est la miséricorde divine à notre égard, que les Sacrements opèrent par eux-mêmes dans l'âme leur effet bienfaisants, quelles que soient les dispositions mauvaises ou les fautes de celui qui les administre.
Jamais, nous ne pourrons assez bénir la libéralité du bon Dieu qui a daigné nous accorder, sans aucun mérite de notre part et malgré nos démérites, la grâce sanctifiante ; jamais nous ne serons assez soucieux d'éviter le péché mortel, qui nous ravirait cet incomparable trésor.
Il y a deux autres moyens de salut, dont l'efficacité dépend ordinairement des qualités personnelles de celui qui les emploie, c'est la prière et la pratique du bien.
La prière est le moyen le plus général, toujours à la portée de tous, d'obtenir les bienfaits, soit naturels, soit surnaturels, de la Providence divine et, en particulier, la grâce de recevoir les Sacrements ou d'en recueillir abondamment les fruits. « Demandez et vous recevrez, a dit Notre-Seigneur ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira. Quiconque prie, obtient ; qui cherche, trouve ; qui frappe à la porte, la voit s'ouvrir. » Lc., XI, 9-10.
Les bonnes actions, que la prière nous aide à accomplir, deviennent elles-mêmes un moyen d'obtenir du bon Dieu des grâces nouvelles et d'avancer ainsi dans son amour. Il n'est pas une action, si vulgaire soit-elle, qui ne puisse être convertie en un acte d'amour.
On doit prier pour glorifier Dieu, pour le remercier de ses bienfaits, pour lui demander pardon de l'avoir offensé. On doit prier, afin d'obtenir pour soi et pour autrui le secours de Dieu.
Il y a une prière excellente entre toutes, dont Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même est l'auteur ; on l'appelle l'Oraison dominicale ou le Pater. Et il existe aussi une autre qui lui est intimement liée : la Salutation angélique, qui offre nos hommages et nos supplications à Dieu par l'intercession de la Très Sainte Vierge Marie :
Oraison Dominicale
Notre Père qui êtes aux cieux :
Que votre Nom soit sanctifié ;
Que votre règne vienne ;
Que votre Volonté soit faites sur la terre comme au ciel ;
Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien ;
Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ;
Et ne nous laissez pas succomber à la tentation ;
Mais délivrez-nous du mal.
Ainsi soit-il.
Salutation Angélique.
Je vous salue, Marie, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le Fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Ainsi soit-il.
***
Nous avons exposé jusqu'à présent les vérités à croire, les obligations à accomplir, les moyens à employer pour opérer l'œuvre dont l'importance capitale domine la vie, l'œuvre de notre sanctification et de notre salut. Nous croyons utile de compléter notre exposé par quelques Instructions spéciales sur les Sacrements.
Nous devons savoir comment on administre le Baptême, parce que chacun de nous peut être appelé, en cas de nécessité, à conférer ce Sacrement. Il faut prendre de l'eau naturelle, et, pendant que vous versez l'eau sur la tête de l'enfant (ou de l'adulte), il faut prononcer distinctement ces paroles : Je te baptise au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Le Sacrement de Pénitence remet au chrétien les péchés commis après le Baptême, pourvu que le pénitent les confesse, en toute sincérité, tels que sa conscience les lui fait voir, et avec contrition, c'est-à-dire avec le repentir d'avoir offensé Dieu par ses péchés et un ferme propos de la volonté de ne plus les commettre.
L'Extrême-Onction est, dans le dessein de Notre-Seigneur, un moyen surnaturel de guérison pour l'âme, et même, si cette faveur est salutaire au malade, pour le corps. Il ne faut donc pas attendre, pour la demander et pour la recevoir, un danger de mort immédiat ; les parents, le médecin, les proches et, au besoin, les voisins charitables doivent veilleur à ce que le saint Viatique et l'Extrême-Onction soient portés au malade pendant qu'il est en pleine possession de lui-même, et encore capable de coopérer, par sa foi et par sa piété, à une réception plus fructueuse des Sacrements.
Le Mariage a été élevé par Notre-Seigneur Jésus-Christ à la dignité de Sacrement. Pour être valide, il doit être contracté en présence de deux témoins, devant le curé de la paroisse où il a lieu, ou, à défaut du curé, devant son délégué.
Le mariage ne se dissous que par la mort de l'un des conjoints. Aucun des époux ne peut, tant que vit son conjoint, contracter validement un nouveau mariage, — l'Église réprouve les mariage mixtes, c'est-à-dire dont l'un des époux appartient à une religion autre que la religion catholique. A plus forte raison faut-il déplorer l'union d'un fidèle avec un incroyant ( si les époux ne sont pas d'accord sur les questions essentielles de la vie, sur quoi d'autre le seront-ils ? )
Conclusion.
Les enseignements qui précèdent nous viennent de Notre-Seigneur Jésus-Christ et doivent nous reconduire à Lui. Les vérités que nous devons croire pour nous sauver nous ont été révélées par Lui et nous sont proposées par son Église. Les commandements que nous avons à observer viennent de Lui, et la loi de la charité qui les résume a été promulguée par Lui. La grâce qui nous rend possible l'amour de Dieu et du prochain est le fruit de sa Rédemption. Les Sacrements sont encore son œuvre.
La prière n'est puissante auprès du bon Dieu que par son intercession, et c'est pour ce motif que toutes les prières de l'Église se terminent par ces mots adressés au Père éternel : Par Notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, dans l'unité du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.
Oui, Jésus-Christ vit et règne dans les cieux ; Il y prie sans cesse pour nous.
Il vit et règne dans nos âmes, aussi longtemps que nous avons le bonheur de les préserver du péché mortel ; Il y vit par la grâce sanctifiante et y fait régner la charité.
Il vit et règne dans la Sainte Eucharistie. A la Consécration de la Messe, en vertu des paroles consécratoires que le prêtre prononce, Il y devient présent réellement, avec son âme et son corps, homme et Dieu, sous les espèces sensibles du pain et du vin. Il y renouvelle alors, d'une manière non sanglante, le Sacrifice qu'Il a consommé une fois, avec effusion de sang, sur la Croix, pour le salut de l'humanité. Il se donne ensuite à nous, par la sainte Communion, pour développer la vie divine en nous. Il reste présent dans nos Tabernacles et se donne en Viatique aux mourants.
N'oublions pas que pour tout chrétien c'est une obligation, sous peine de péché mortel, d'entendre la Messe tous les dimanches et aux quatre grandes fêtes de l'année : la Noël, l'Ascension, l'Assomption et la Toussaint. N'y manquons jamais. Assistons, si possible, à la grand'Messe, que notre curé chante alors pour nous, pour le bien de notre âme et pour la prospérité de nos familles. Et quand nos occupations nous le permettent, assistons même en semaine à la Messe et, tout au moins, envoyons-y nos enfants.
Nous devons aussi, sous peine de péché mortel, communier au moins une fois l'an, au temps pascal. Tous les fidèles, dès qu'ils ont l'âge de raison, sont liés par ce précepte.
Mais ce serait trop peu, de nous contenter de ce minimum strictement obligatoire pour mériter le nom de chrétien. Notre Divin Sauveur et l'Église, son interprète fidèle, nous invitent à communier souvent, même tous les jours. Il suffit, pour cela, que nous soyons en état de grâce et que nous ayons une intention droite.
Oh ! si nous connaissions le don de Dieu ! Si nous savions quel est Celui qui nous invite à son autel, à sa table, à son tabernacle, avec quel empressement nous irions à Lui, et avec quelle joie, Il verserait la paix dans nos consciences.
En terminant, acclamons notre Dieu et Divin Sauveur Jésus-Christ, et redisons avec l'Apôtre saint Jude : « A Celui qui a la puissance de nous préserver du péché et de nous faire comparaître purs et dans l'allégresse devant son glorieux tribunal, à notre seul vrai Dieu, qui par notre Seigneur Jésus-Christ a sauvé nos âmes : gloire, magnificence, souveraineté et puissance de l'éternité. Ainsi soit-il. »
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Doctrine
samedi 5 mai 2012
Le légitimisme ultramontain
Tentative de définition et histoire du légitimisme au XIXe siècle.
d'après la notice de Hélène BECQUET du Dictionnaire de la contre-révolution paru chez Perrin.
i
le terme « légitimiste » a pu être employé avant 1830 pour parler des
ultraroyalistes, il désigne de manière exclusive après cette date les
partisans de la branche aînée des Bourbons qui refusent de reconnaître
le régime né de la révolution de Juillet.
Le légitimisme est d'abord une fidélité dynastique qui repose sur la croyance en l'indissolubilité des liens entre la France et les rois. Le roi légitime est à la fois incarnation de la France et de son histoire et sauveur du pays, guide providentiel. Héritier d'une longue dynastie de souverains qui ont fait la grandeur de la France, il est le seul, de par son mandat sacré, à pouvoir maintenir le pays dans la prospérité et à y garantir l'ordre social et la place de la religion. Instrument privilégié de la Providence divine, il expie les fautes des Français révoltés contre Dieu en Lui faisait le sacrifice de son existence. Le roi légitime est un nouveau Christ, oint comme lui, dont le retour doit sauver la France de l'ornière révolutionnaire. Les légitimistes vouent par conséquent une fidélité sans faille à la famille royale. A l'époque d'Henri V, de nombreux portraits des princes, surtout ceux du comte de Chambord, circulent et sont gardés comme autant d'images pieuses. L'attachement à la dynastie légitime constitue donc l'essence du légitimisme. A la mort du comte de Chambord, en 1883, c'est la branche des Bourbons d'Espagne qui devient la prétendante légitime au trône de France. Ce qu'on appelle légitimisme après 1883 est logiquement fort différent de ce qui précède. Le terme de légitimité change de sens. Les nouveaux légitimistes sont ceux qui soutiennent la stricte application de la loi de dévolution de la couronne, question qui, jusque-là, n'était pas apparue au premier plan, et se rangent derrière le candidat de la branche des Bourbons d'Espagne.
Une culture politique sentimentale.
La fidélité dynastique préexiste donc à la politique. Le légitimisme ne repose pas d'abord sur un corps de doctrine. Il n'existe ainsi aucun théoricien du légitimisme, malgré le grand nombre de publicistes, journaliste et écrivains de talent,comme Chateaubriand, que compte la mouvance. Maistre et Bonald demeurent les maîtres à penser du mouvement pendant toute la période. En fait, l'unité du légitimiste se fait davantage autour d'une culture politique intrinsèquement contre-révolutionnaire qu'autour d'un programme politique précis. C'est pour cette raison que les légitimistes ne militent...
La culture politique légitimiste est d'abord fondée sur le refus de l'individualisme né de la Révolution. Cela se traduit, sur le plan social, par l'importance accordée à la famille et aux formes associatives regardées comme la base d'une société bien ordonnée. Elle est également le refus du rationalisme des Lumières. Le catholicisme y tient ainsi une place essentielle. L'Église doit panser les plaies nées d'une société égoïste, assurer la cohésion sociale en plus de sauver les âmes. L'imbrication des causes légitimiste et catholique s'accroît au fil du XIXe siècle : le développement du culte du Sacré-Cœur en est une des manifestations éclatantes. Le refus du philosophisme glacé du XVIIIe siècle développe aussi chez les légitimistes le goût du sentiment et des larmes. Être légitimiste, c'est être un homme sensible qui peut s'émouvoir du sort des autres, à commencer par celui de la famille royale. Enfin, le légitimisme est tourné vers le passé. Le Moyen-Âge est un âge d'or dont on s'efforce de retrouver les mœurs chevaleresques. Le goût des ruines évocatrices des temps anciens nourrit la nostalgie et la mélancolie des légitimistes qui se regardent souvent comme des exilés dans leur époque. Cette alliance entre antirationalisme, refus du présent et quête perpétuelle d'un idéal sociopolitique fait de la culture politique légitimiste un romantisme.
Forces et faiblesses du légitimisme.
Les forces du légitimisme sont difficilement mesurables. La mouvance est particulièrement bien implantée dans l'Ouest, des pays de la Loire jusqu'à la Bretagne, dans le Nord, le Massif central, le Languedoc et la Provence. Dans ces régions, le légitimisme n'est pas seulement nobiliaire ou « notabiliaire », mais a de fortes bases populaires, impossibles à chiffrer. Au niveau national, le nombre de députés élus et les tirages de la presse sont les seuls indicateurs dont on dispose. Durant la monarchie de Juillet, les légitimistes tiennent entre 16 et 28 sièges. Pratiquement absents pendant le Second Empire, ils ont près de 200 élus en 1871, avant d'osciller entre 30 et 40 à la fin de la période. La tendance est donc à la stabilité du point de vue de la représentation, le légitimisme ayant été une sorte de « valeur refuge » après la défaite contre la Prusse. On constate un phénomène semblable en ce qui concerne la presse. Bien pourvue en nombre de titres mais connaissant des tirages modestes au début de la monarchie de Juillet (15 000 exemplaires au maximum tous titres confondus à Paris), elle connaît une augmentation après 1850 grâce, entre autres, au ralliement des ultramontains au légitimisme. A Paris, à la fin de l'Empire, elle tire plus que la presse gouvernementale. Le légitimisme est donc une mouvance politique dont le poids est loin d'être négligeable au XIXe siècle.
Ce n'est en effet pas le moindre des paradoxes du mouvement que d'être, par essence, hostile à la politique des partis tout en ayant créé une structure fort proche, dans son organisation, des partis politiques modernes. En dessous du prince, qui est, au moins en principe, la tête du mouvement, se trouve un comité au nombre de membres variable (5 à 12), au titre changeant mais connu le plus souvent sous le nom de « Comité de Paris ». Il est assisté à partir de 1853 d'un Bureau du roi qui est chargé de la correspondance avec Frohsdorf. Le Comité de Paris contrôle des comités locaux, départementaux le plus souvent, voire d'arrondissement, qui forment l'armature de base du parti, organisent les élections et s'occupent de la propagande. En effet, après l'échec du soulèvement de la duchesse de Berry en 1832, les légitimistes abandonnent l'idée de conquérir le pouvoir par la force et investissent le débat politique. Ils entrent de plain-pied dans le jeu parlementaire, n'hésitant pas, sous la monarchie de Juillet, à passer des alliances avec l'opposition de gauche, y compris les républicains (alliances carlo-républicaines), pour faire élire leurs représentants. L'efficacité de ces structures et la fortune politique du légitimisme ont connu cependant de nombreuses vicissitudes dues notamment aux dissensions au sein du mouvement.
Un ou plusieurs rois ?
La plus cruciale sans doute, parce qu'elle touche au fondements mêmes du mouvement, est celle qui naît de la querelle autour des abdications de Rambouillet. En effet, le 2 août 1830, Charles X et le Dauphin, le duc d'Angoulême, abdiquent successivement en faveur du duc de Bordeaux qui devient alors Henri V. Acceptées par la grande majorité des légitimistes qui reprochent à Charles X à la fois les ordonnances de 1830 et son incapacité à gérer la crise qui a suivi, les abdications ne sont cependant confirmées que du bout des lèvres, à la fin de l'année 1830, par le vieux roi, qui continue, dans son exil, à agir en tout point comme s'il était le seul souverain légitime.
Les dissensions, latentes, n'éclatent qu'en 1833. Au mois de septembre de cette année, le duc de Bordeaux fête ses treize ans, âge de la majorité royale. Un certain nombre de légitimistes souhaitent donner un éclat particulier à l'événement ; en premier lieu se manifeste le fort dynamique courant Jeune France, né autour des revues L'Echo de la Jeune France et La Mode et de leurs rédacteurs respectifs, Alfred Nettement et Edouard Walsh. Ceux-ci organisent un voyage à Prague pour rendre hommage à celui qu'ils regardent comme leur souverain. Or, Charles X entend ne rien faire pour cet événement, considérant implicitement que le jeune prince n'est pas roi. Sur la demande de la cour de Prague, un grand nombre de Français sont refoulés à la frontière et ceux qui parviennent à destination entrevoient un jeune prince auquel ils ne peuvent donner aucun qualificatif royal. La rupture est impossible à dissimuler et toutes les démarches faites par le Comité de Paris auprès de Charles X n'y changeront rien. La majorité des légitimistes, dont la frange la plus jeune et la plus active regarde les abdications de Rambouillet comme valables, s'affirme « henriquinquistes », du nom d'« Henri V ». Le reste du mouvement considère que les abdications de Rambouillet sont nulles et que le seul roi légitime demeure Charles X : ce sont les « carlistes », soutenus par la cour de Prague. A la mort de Charles X en 1836, les carlistes reportent leur fidélité sur le fils du défunt, Louis « XIX ». Le fossé entre les deux tendance ne se résorbe qu'à la mort de ce dernier en 1844. Les causes de cette scission sont moins juridiques que politiques. C'est a posteriori que les carlistes rappelle que, en vertu du principe d'indisponibilité de la couronne, le roi de France ne peut abdiquer. En réalité, Charles X a préféré conserver le titre royal, ne voulant à aucun prix que la duchesse de Berry puisse revenir aux affaires sous couvert de la royauté de son fils.
Royauté autoritaire ou parlementaire ?
Cette scission recouvre, en outre, des divergences de vues plus profondes. Les henriquinquistes sont le plus souvent gallicans, soutiennent la voie parlementaire et veulent un modernisation de l'image monarchique. Les carlistes sont en revanche ultramontains et enclins à un pouvoir autoritaire. La question successorale n'est donc pas la seule à diviser les légitimistes. Ils ne partagent pas non plus la même vision de la politique et de la monarchie. La tendance traditionaliste soutient un régime monarchie absolu, une politique abstentionniste et ne répugne pas à l'insurrection. C'est également dans ses rangs que se recrutent les carlistes. La tendance parlementaire prône un règlement politique de la question de la légitimité. Elle est elle-même partagée entre ceux qui réclament l'union des oppositions contre le gouvernement de Louis-Philippe et ceux qui préfèrent une union avec les conservateurs (tendance « toryste »). Enfin, La Gazette de France, aux forts accents démocratiques, proclame de son côté la souveraineté nationale, prône le suffrage universel et l'appel au peuple.
La fin de la monarchie de Juillet représente une rupture dans l'histoire du légitimiste. Tout d'abord, depuis 1844, il n'y a plus qu'un seul roi, incontesté, Henri V. Or, ce nouveau roi, contrairement à ses prédécesseurs, prend fermement en main la direction de son parti. En 1850, la circulaire de Wiesbaden réaffirme son intention d'être le seul à diriger les royalistes de France et condamne tous ceux qui avaient pu prendre des initiatives sans l'aval de Frohsdorf. Par ailleurs, la tactique politique légitimiste change. A partir de 1846, l'alliance avec le Parti catholique est privilégiée et, après 1848, la mise en place du Parti de l'Ordre marque la victoire de la tendance toryste. Le légitimisme tend donc à se confondre, pendant la Deuxième République, avec le reste des forces conservatrices, à l'exception du courant de La Gazette de France, qui, soutenu essentiellement par les légitimistes du Sud-Est, forme le courant qui sera appelé la « Montagne blanche » en raison de sa radicalité.
L'avènement du Second Empire a des effets contrastés sur le mouvement. Une partie des légitimistes se rallient au régime, tandis que le comte de Chambord donne à ses troupes des consignes d'abstention stricte. Nombre de légitimistes trouvent alors un exutoire en s'engageant dans la défense du catholicisme. Les causes légitimiste et ultramontaine deviennent quasi indissociables : c'est le temps de l'« inséparatisme ». Cela se traduit par l'implication des légitimistes dans le catholicisme social ainsi que par leur soutient financier et militaire à la cause pontificale à partir de 1859. Néanmoins, une tendance libérale, parlementaire, souvent fusionniste, autrement dit favorable à un accord entre le comte de Chambord et la branche d'Orléans, subsiste. Cette tendance donne naissance, en 1861, à l'« Union libérale » autour de Thiers et de Berryer, entreprise regardée avec méfiance par Frohsdorf.
Apogée et effondrement.
A la suite de la défaite et de la chute de l'Empire, le légitimisme réapparait en force. Les élections de février 1871 sont un immense succès pour le parti, qui envoie à l'Assemblée nationale près de 200 députés sur 720. Cependant, le légitimisme se divise à nouveau, autour, cette fois, de la question du drapeau blanc. Le 5 juillet 1871, un manifeste d'Henri V, signé depuis Chambord, paraît dans le journal L'Union. Le prétendant y affirme clairement son intention de garder le drapeau blanc en cas de restauration. Les légitimistes se scindent alors entre modérés qui cherchent à obtenir des concessions envers les autres royalistes, et ceux qui vont être désignés par le vocable critique de «chevau-légers», soit une soixantaine de députés qui suivent à la lettre les consignes du prince. Cette division et l'inexpérience politique de la plupart de ces hommes, maintenus pendant près de vingt ans à l'écart des Chambres, sont, au moins autant que le refus du comte de Chambord de se séparer du drapeau blanc, responsables de l'échec final du légitimisme.
Au fil des élections partielles, les forces légitimistes s'érodent. Les Orléans hésitent à jouer franchement la carte du comte de Chambord alors que l'appui de leurs voix est indispensables à sa restauration. Néanmoins, pendant deux ans et malgré l'élection de Mac-Mahon à la présidence de la République, cette restauration apparaît toujours comme imminente. On essaie de faire fléchir le comte de Chambord sur la question du drapeau. Mais, en réponse à une séries de déclarations qui travestissent ses intentions réelles, ce dernier exprime une nouvelle fois sa position, dans une lettre au député Chesnelong datée du 27 octobre 1873. IL y expose son attachement au principe monarchique pur de tout compromis révolutionnaire et au drapeau blanc qui symbolise ce principe. A partir de ce moment-là, les dés sont jetés : la restauration ne se fera pas par la voie légale. Les élections législatives de 1876 sont catastrophiques pour le mouvement : les légitimistes ne sont guère plus d'une trentaine à être élus. Ils reviennent alors à l'idée d'un coup d'État, perpétré éventuellement avec l'aide de Mac-Mahon. Aucun des projets échafaudés jusque dans l'entourage directe du prétendant ne verra le jour. C'est un parti déjà à l'agonie qui reçoit, le 24 août 1883, le coup fatal avec la mort du comte de Chambord à Frohsdorf. La disparition sans postérité d’Henri V fut et demeure une tragédie. En effet, avec lui disparaît non seulement la branche aînée des Bourbon, mais aussi, et surtout, une certaine conception du royalisme : qu’on le veuille ou non, le comte de Chambord aura été le dernier des princes réellement désiré de ses sujets. Le royalisme sera différent après sa mort : plus polémique, plus militant, plus intellectuel, et moins enraciné ; bref, après lui, l’attachement quasi-charnel de presque tout un peuple pour son prince n’existera plus. Ayant dorénavant à choisir entre une branche cadette illégitime et régicide, et une branche aînée légitime mais étrangère, les royalistes seront divisés par des doctrines, et le royalisme se rapprochera plus d’un parti comme les autres au lieu de rester un principe qui les transcende. En conséquence, aujourd’hui, de nombreux royalistes restent désemparés, et ne semblent pas oser imaginer un royalisme moderne comme une réelle force politique, et faute de mieux restent attachés au souvenir de ce prince à la vie aussi exemplaire que semée d’épreuves, aussi héroïque que tragique.
d'après la notice de Hélène BECQUET du Dictionnaire de la contre-révolution paru chez Perrin.
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le terme « légitimiste » a pu être employé avant 1830 pour parler des
ultraroyalistes, il désigne de manière exclusive après cette date les
partisans de la branche aînée des Bourbons qui refusent de reconnaître
le régime né de la révolution de Juillet.Le légitimisme est d'abord une fidélité dynastique qui repose sur la croyance en l'indissolubilité des liens entre la France et les rois. Le roi légitime est à la fois incarnation de la France et de son histoire et sauveur du pays, guide providentiel. Héritier d'une longue dynastie de souverains qui ont fait la grandeur de la France, il est le seul, de par son mandat sacré, à pouvoir maintenir le pays dans la prospérité et à y garantir l'ordre social et la place de la religion. Instrument privilégié de la Providence divine, il expie les fautes des Français révoltés contre Dieu en Lui faisait le sacrifice de son existence. Le roi légitime est un nouveau Christ, oint comme lui, dont le retour doit sauver la France de l'ornière révolutionnaire. Les légitimistes vouent par conséquent une fidélité sans faille à la famille royale. A l'époque d'Henri V, de nombreux portraits des princes, surtout ceux du comte de Chambord, circulent et sont gardés comme autant d'images pieuses. L'attachement à la dynastie légitime constitue donc l'essence du légitimisme. A la mort du comte de Chambord, en 1883, c'est la branche des Bourbons d'Espagne qui devient la prétendante légitime au trône de France. Ce qu'on appelle légitimisme après 1883 est logiquement fort différent de ce qui précède. Le terme de légitimité change de sens. Les nouveaux légitimistes sont ceux qui soutiennent la stricte application de la loi de dévolution de la couronne, question qui, jusque-là, n'était pas apparue au premier plan, et se rangent derrière le candidat de la branche des Bourbons d'Espagne.
Une culture politique sentimentale.
La fidélité dynastique préexiste donc à la politique. Le légitimisme ne repose pas d'abord sur un corps de doctrine. Il n'existe ainsi aucun théoricien du légitimisme, malgré le grand nombre de publicistes, journaliste et écrivains de talent,comme Chateaubriand, que compte la mouvance. Maistre et Bonald demeurent les maîtres à penser du mouvement pendant toute la période. En fait, l'unité du légitimiste se fait davantage autour d'une culture politique intrinsèquement contre-révolutionnaire qu'autour d'un programme politique précis. C'est pour cette raison que les légitimistes ne militent...
La culture politique légitimiste est d'abord fondée sur le refus de l'individualisme né de la Révolution. Cela se traduit, sur le plan social, par l'importance accordée à la famille et aux formes associatives regardées comme la base d'une société bien ordonnée. Elle est également le refus du rationalisme des Lumières. Le catholicisme y tient ainsi une place essentielle. L'Église doit panser les plaies nées d'une société égoïste, assurer la cohésion sociale en plus de sauver les âmes. L'imbrication des causes légitimiste et catholique s'accroît au fil du XIXe siècle : le développement du culte du Sacré-Cœur en est une des manifestations éclatantes. Le refus du philosophisme glacé du XVIIIe siècle développe aussi chez les légitimistes le goût du sentiment et des larmes. Être légitimiste, c'est être un homme sensible qui peut s'émouvoir du sort des autres, à commencer par celui de la famille royale. Enfin, le légitimisme est tourné vers le passé. Le Moyen-Âge est un âge d'or dont on s'efforce de retrouver les mœurs chevaleresques. Le goût des ruines évocatrices des temps anciens nourrit la nostalgie et la mélancolie des légitimistes qui se regardent souvent comme des exilés dans leur époque. Cette alliance entre antirationalisme, refus du présent et quête perpétuelle d'un idéal sociopolitique fait de la culture politique légitimiste un romantisme.
Forces et faiblesses du légitimisme.
Les forces du légitimisme sont difficilement mesurables. La mouvance est particulièrement bien implantée dans l'Ouest, des pays de la Loire jusqu'à la Bretagne, dans le Nord, le Massif central, le Languedoc et la Provence. Dans ces régions, le légitimisme n'est pas seulement nobiliaire ou « notabiliaire », mais a de fortes bases populaires, impossibles à chiffrer. Au niveau national, le nombre de députés élus et les tirages de la presse sont les seuls indicateurs dont on dispose. Durant la monarchie de Juillet, les légitimistes tiennent entre 16 et 28 sièges. Pratiquement absents pendant le Second Empire, ils ont près de 200 élus en 1871, avant d'osciller entre 30 et 40 à la fin de la période. La tendance est donc à la stabilité du point de vue de la représentation, le légitimisme ayant été une sorte de « valeur refuge » après la défaite contre la Prusse. On constate un phénomène semblable en ce qui concerne la presse. Bien pourvue en nombre de titres mais connaissant des tirages modestes au début de la monarchie de Juillet (15 000 exemplaires au maximum tous titres confondus à Paris), elle connaît une augmentation après 1850 grâce, entre autres, au ralliement des ultramontains au légitimisme. A Paris, à la fin de l'Empire, elle tire plus que la presse gouvernementale. Le légitimisme est donc une mouvance politique dont le poids est loin d'être négligeable au XIXe siècle.
Ce n'est en effet pas le moindre des paradoxes du mouvement que d'être, par essence, hostile à la politique des partis tout en ayant créé une structure fort proche, dans son organisation, des partis politiques modernes. En dessous du prince, qui est, au moins en principe, la tête du mouvement, se trouve un comité au nombre de membres variable (5 à 12), au titre changeant mais connu le plus souvent sous le nom de « Comité de Paris ». Il est assisté à partir de 1853 d'un Bureau du roi qui est chargé de la correspondance avec Frohsdorf. Le Comité de Paris contrôle des comités locaux, départementaux le plus souvent, voire d'arrondissement, qui forment l'armature de base du parti, organisent les élections et s'occupent de la propagande. En effet, après l'échec du soulèvement de la duchesse de Berry en 1832, les légitimistes abandonnent l'idée de conquérir le pouvoir par la force et investissent le débat politique. Ils entrent de plain-pied dans le jeu parlementaire, n'hésitant pas, sous la monarchie de Juillet, à passer des alliances avec l'opposition de gauche, y compris les républicains (alliances carlo-républicaines), pour faire élire leurs représentants. L'efficacité de ces structures et la fortune politique du légitimisme ont connu cependant de nombreuses vicissitudes dues notamment aux dissensions au sein du mouvement.
Un ou plusieurs rois ?
La plus cruciale sans doute, parce qu'elle touche au fondements mêmes du mouvement, est celle qui naît de la querelle autour des abdications de Rambouillet. En effet, le 2 août 1830, Charles X et le Dauphin, le duc d'Angoulême, abdiquent successivement en faveur du duc de Bordeaux qui devient alors Henri V. Acceptées par la grande majorité des légitimistes qui reprochent à Charles X à la fois les ordonnances de 1830 et son incapacité à gérer la crise qui a suivi, les abdications ne sont cependant confirmées que du bout des lèvres, à la fin de l'année 1830, par le vieux roi, qui continue, dans son exil, à agir en tout point comme s'il était le seul souverain légitime.
Les dissensions, latentes, n'éclatent qu'en 1833. Au mois de septembre de cette année, le duc de Bordeaux fête ses treize ans, âge de la majorité royale. Un certain nombre de légitimistes souhaitent donner un éclat particulier à l'événement ; en premier lieu se manifeste le fort dynamique courant Jeune France, né autour des revues L'Echo de la Jeune France et La Mode et de leurs rédacteurs respectifs, Alfred Nettement et Edouard Walsh. Ceux-ci organisent un voyage à Prague pour rendre hommage à celui qu'ils regardent comme leur souverain. Or, Charles X entend ne rien faire pour cet événement, considérant implicitement que le jeune prince n'est pas roi. Sur la demande de la cour de Prague, un grand nombre de Français sont refoulés à la frontière et ceux qui parviennent à destination entrevoient un jeune prince auquel ils ne peuvent donner aucun qualificatif royal. La rupture est impossible à dissimuler et toutes les démarches faites par le Comité de Paris auprès de Charles X n'y changeront rien. La majorité des légitimistes, dont la frange la plus jeune et la plus active regarde les abdications de Rambouillet comme valables, s'affirme « henriquinquistes », du nom d'« Henri V ». Le reste du mouvement considère que les abdications de Rambouillet sont nulles et que le seul roi légitime demeure Charles X : ce sont les « carlistes », soutenus par la cour de Prague. A la mort de Charles X en 1836, les carlistes reportent leur fidélité sur le fils du défunt, Louis « XIX ». Le fossé entre les deux tendance ne se résorbe qu'à la mort de ce dernier en 1844. Les causes de cette scission sont moins juridiques que politiques. C'est a posteriori que les carlistes rappelle que, en vertu du principe d'indisponibilité de la couronne, le roi de France ne peut abdiquer. En réalité, Charles X a préféré conserver le titre royal, ne voulant à aucun prix que la duchesse de Berry puisse revenir aux affaires sous couvert de la royauté de son fils.
Royauté autoritaire ou parlementaire ?
Cette scission recouvre, en outre, des divergences de vues plus profondes. Les henriquinquistes sont le plus souvent gallicans, soutiennent la voie parlementaire et veulent un modernisation de l'image monarchique. Les carlistes sont en revanche ultramontains et enclins à un pouvoir autoritaire. La question successorale n'est donc pas la seule à diviser les légitimistes. Ils ne partagent pas non plus la même vision de la politique et de la monarchie. La tendance traditionaliste soutient un régime monarchie absolu, une politique abstentionniste et ne répugne pas à l'insurrection. C'est également dans ses rangs que se recrutent les carlistes. La tendance parlementaire prône un règlement politique de la question de la légitimité. Elle est elle-même partagée entre ceux qui réclament l'union des oppositions contre le gouvernement de Louis-Philippe et ceux qui préfèrent une union avec les conservateurs (tendance « toryste »). Enfin, La Gazette de France, aux forts accents démocratiques, proclame de son côté la souveraineté nationale, prône le suffrage universel et l'appel au peuple.
La fin de la monarchie de Juillet représente une rupture dans l'histoire du légitimiste. Tout d'abord, depuis 1844, il n'y a plus qu'un seul roi, incontesté, Henri V. Or, ce nouveau roi, contrairement à ses prédécesseurs, prend fermement en main la direction de son parti. En 1850, la circulaire de Wiesbaden réaffirme son intention d'être le seul à diriger les royalistes de France et condamne tous ceux qui avaient pu prendre des initiatives sans l'aval de Frohsdorf. Par ailleurs, la tactique politique légitimiste change. A partir de 1846, l'alliance avec le Parti catholique est privilégiée et, après 1848, la mise en place du Parti de l'Ordre marque la victoire de la tendance toryste. Le légitimisme tend donc à se confondre, pendant la Deuxième République, avec le reste des forces conservatrices, à l'exception du courant de La Gazette de France, qui, soutenu essentiellement par les légitimistes du Sud-Est, forme le courant qui sera appelé la « Montagne blanche » en raison de sa radicalité.
L'avènement du Second Empire a des effets contrastés sur le mouvement. Une partie des légitimistes se rallient au régime, tandis que le comte de Chambord donne à ses troupes des consignes d'abstention stricte. Nombre de légitimistes trouvent alors un exutoire en s'engageant dans la défense du catholicisme. Les causes légitimiste et ultramontaine deviennent quasi indissociables : c'est le temps de l'« inséparatisme ». Cela se traduit par l'implication des légitimistes dans le catholicisme social ainsi que par leur soutient financier et militaire à la cause pontificale à partir de 1859. Néanmoins, une tendance libérale, parlementaire, souvent fusionniste, autrement dit favorable à un accord entre le comte de Chambord et la branche d'Orléans, subsiste. Cette tendance donne naissance, en 1861, à l'« Union libérale » autour de Thiers et de Berryer, entreprise regardée avec méfiance par Frohsdorf.
Apogée et effondrement.
A la suite de la défaite et de la chute de l'Empire, le légitimisme réapparait en force. Les élections de février 1871 sont un immense succès pour le parti, qui envoie à l'Assemblée nationale près de 200 députés sur 720. Cependant, le légitimisme se divise à nouveau, autour, cette fois, de la question du drapeau blanc. Le 5 juillet 1871, un manifeste d'Henri V, signé depuis Chambord, paraît dans le journal L'Union. Le prétendant y affirme clairement son intention de garder le drapeau blanc en cas de restauration. Les légitimistes se scindent alors entre modérés qui cherchent à obtenir des concessions envers les autres royalistes, et ceux qui vont être désignés par le vocable critique de «chevau-légers», soit une soixantaine de députés qui suivent à la lettre les consignes du prince. Cette division et l'inexpérience politique de la plupart de ces hommes, maintenus pendant près de vingt ans à l'écart des Chambres, sont, au moins autant que le refus du comte de Chambord de se séparer du drapeau blanc, responsables de l'échec final du légitimisme.
Au fil des élections partielles, les forces légitimistes s'érodent. Les Orléans hésitent à jouer franchement la carte du comte de Chambord alors que l'appui de leurs voix est indispensables à sa restauration. Néanmoins, pendant deux ans et malgré l'élection de Mac-Mahon à la présidence de la République, cette restauration apparaît toujours comme imminente. On essaie de faire fléchir le comte de Chambord sur la question du drapeau. Mais, en réponse à une séries de déclarations qui travestissent ses intentions réelles, ce dernier exprime une nouvelle fois sa position, dans une lettre au député Chesnelong datée du 27 octobre 1873. IL y expose son attachement au principe monarchique pur de tout compromis révolutionnaire et au drapeau blanc qui symbolise ce principe. A partir de ce moment-là, les dés sont jetés : la restauration ne se fera pas par la voie légale. Les élections législatives de 1876 sont catastrophiques pour le mouvement : les légitimistes ne sont guère plus d'une trentaine à être élus. Ils reviennent alors à l'idée d'un coup d'État, perpétré éventuellement avec l'aide de Mac-Mahon. Aucun des projets échafaudés jusque dans l'entourage directe du prétendant ne verra le jour. C'est un parti déjà à l'agonie qui reçoit, le 24 août 1883, le coup fatal avec la mort du comte de Chambord à Frohsdorf. La disparition sans postérité d’Henri V fut et demeure une tragédie. En effet, avec lui disparaît non seulement la branche aînée des Bourbon, mais aussi, et surtout, une certaine conception du royalisme : qu’on le veuille ou non, le comte de Chambord aura été le dernier des princes réellement désiré de ses sujets. Le royalisme sera différent après sa mort : plus polémique, plus militant, plus intellectuel, et moins enraciné ; bref, après lui, l’attachement quasi-charnel de presque tout un peuple pour son prince n’existera plus. Ayant dorénavant à choisir entre une branche cadette illégitime et régicide, et une branche aînée légitime mais étrangère, les royalistes seront divisés par des doctrines, et le royalisme se rapprochera plus d’un parti comme les autres au lieu de rester un principe qui les transcende. En conséquence, aujourd’hui, de nombreux royalistes restent désemparés, et ne semblent pas oser imaginer un royalisme moderne comme une réelle force politique, et faute de mieux restent attachés au souvenir de ce prince à la vie aussi exemplaire que semée d’épreuves, aussi héroïque que tragique.
mardi 17 avril 2012
Le culte extérieur
LE CULTE EXTÉRIEUR
n avocat et un professeur de mathématique bavardent ensemble dans un train lorsque la vue d'une église par la fenêtre fait glisser la conversation sur la religion. « A quoi bon des églises ? demande l'avocat ; le seul temple digne de l'Être suprême, n'est-ce pas l'univers ? et puis que signifie cet appareil extérieur que les catholiques déploient dans leurs cérémonies religieuses ? tout cela n'est propre qu'à matérialiser la religion.— Jusqu'ici, répond gravement le professeur, je vous avais pris pour un homme ; je vois maintenant que vous êtes un ange.
— S'il y a un ange ici, reprend poliment l'avocat, c'est vous, monsieur le mathématicien.
— Vous consentez donc, réplique celui-ci, à compter parmi les individus de l'espèce humaine ? dès lors, vous me permettrez de trouver dans vos paroles une extrême légèreté ; car, je le répète, à moins que vous ne soyez un de ces purs esprits qui, n'ayant rien de commun avec la matière, voient la vérité face à face, vous ne sauriez vous dispenser d'admettre les propositions suivantes :
« N'est-il pas vrai qu'il faut prendre l'homme tel qu'il est, composé d'un corps et d'une âme ? »
« N'est-il pas vrai que vos sens sont les organes de vos perceptions ? »
« N'est-il pas vrai que notre âme est tellement dépendante de nos sens qu'elle n'est guère touchée que de ce qui les frappe ? »
« N'est-il pas vrai que l'homme doit à Dieu l'hommage de son être tout entier ? »
« N'est-il pas vrai que tous les jours, au barreau, vous revêtez votre éloquente parole d'images sensibles, que vous l'accompagnez de gestes et d'inflexions variées, c'est-à-dire que vous prenez tous les moyens de parler aux sens de vos auditeurs, afin de les captiver, de les toucher et de faire passer vos convictions dans leur âme ? »
« N'est-il pas vrai qu'au palais vous employez un costume particulier, que vous observez certaines formes solennelles, afin d'imprimer plus de respect pour les juges et les jugements ? »
Or, dites-moi, qu'est-ce que tout cela, sinon le culte extérieur de la justice humaine, et pourquoi tout cela, sinon parce que vous traitez, non avec des anges, mais avec des hommes, c'est-à-dire avec des créatures soumises à des sens ?
Si donc, Maître, vous voulez condamner le culte extérieur de l'Église, soyez conséquent avec vous-même et commencez par retrancher de vos discours tout ce qui parle aux sens ; du barreau, tous les rites et tous les costumes consacrés, de l'administration de la justice, toutes les formes extérieures destinées à inspirer le respect des magistrats et des lois; ou plutôt faites que l'homme soit un ange ; mais, tant que l'homme sera une intelligence servie et trop souvent asservie par des organes, vouloir réduire la religion au pur spirituel, c'est attaquer son empire le plus légitime et la désarmer...
ans toutes les langes le mot culte veut dire honneur, respect, vénération. Dans la langue religieuse, nous appelons culte intérieur les sentiments de foi, d'admiration, de respect, de reconnaissance, d'amour et de soumission que nous devons avoir pour Dieu ; nous appelons culte extérieur les signes sensibles par lesquels nous manifestons ces sentiments, comme les génuflexions, les prières, les vœux, les offrandes ; mais lorsque ces témoignages ne sont pas accompagnés des sentiments du cœur, ce n'est plus un culte vrai et sincère, c'est une pure hypocrisie, vice que Jésus-Christ et les prophètes ont souvent reproché aux juifs.Pour achever la définition du mot culte, nous dirons que nous reconnaissons : le culte suprême, qui se compose des sentiments et des témoignages qui ne sont dus qu'à Dieu ; le culte inférieur et subordonnée, que nous rendons aux anges et aux saints et par lequel nous respectons et honorons en eux les grâces surnaturelles que Dieu leur a faites, la dignité à laquelle il les a élevée, le pouvoir qu'il leur concède. Nous demandons à Dieu de nous accorder ses grâces par lui-même, et nous supplions les anges et les saints de les obtenir pour nous par leur intercession ; cela est très différent.
Le culte extérieur ne s'exerce pas sans cérémonies. On entend par cérémonies religieuses des actions mystérieuses et extérieures établies pour accompagner le culte divin et le rendre plus auguste et plus expressif. En effet, toutes renferment et expriment un sens caché ; on dirait un voile transparent qui laisse entrevoir des choses purement spirituelles ; toutes ont leur raison d'être, leur but et leur explication ; toutes aussi, pour être agréables à Dieu, doivent s'exercer suivant les prescriptions de Dieu même ou de ses ministres ; de là le rit.
On appelle rit un usage ou une cérémonie selon l'ordre prescrit. Le mot rit vient du mot latin rite ou recte, qui veut dire ce qui est bien fait, ce qui est conforme à l'ordre ; ainsi les rites catholiques sont les cérémonies religieuses comme elles sont prescrites par l'Église catholique. Le rit romain, le rit milanais, le rit parisien, ce sont les cérémonies telles qu'elles sont prescrites à Romes, à Milan, à Paris.
Le culte extérieur, les cérémonies, les rites se rapportent directement ou indirectement à l'acte par excellence de la religion, l'auguste sacrifice de la messe, parce que dans le christianisme, considéré intérieurement et extérieurement, Jésus-Christ est le terme final auquel tout aboutit ; de là le nom de liturgie donné à l'ensemble des cérémonies et des prières qui composent le culte extérieur de l'Église catholique.
Liturgie est un mot grec qui signifie œuvre publique, œuvre par excellence ; c'est ce que nous nommons aussi en français le service divin. C'est la messe ou la consécration de l'Eucharistie qu'on nomme proprement liturgie, parce qu'elle est la partie la plus auguste du service divin ; voilà pourquoi les livres qui contiennent la manière de célébrer les saints mystères sont nommés les liturgies.
Pour résumer, dussions-nous répéter ce que nous avons déjà indiqué, le culte extérieur avec ses cérémonies est nécessaire à l'homme pour manifester ses sentiments, pour soutenir, affermir le culte intérieur. « L'homme étant corps et esprit, dit le saint concile de Trente, il ne peut que très difficilement, sans le secours des sens, s'élever à la méditation des choses divines. L'Église, comme une tendre mère, a établi certains rites, institués des cérémonies, pour porter les fidèles, au moyen de ces signes sensibles, à la contemplation des profonds mystères du christianisme. » S'il n'y a pas de Dieu sans religion, il n'est pas moins vrai qu'il n'y a pas de religion sans culte extérieur.
Cette nécessité du culte extérieur pour l'homme n'est pas moins clairement fondée sur cette raison qu'étant composé d'une double substance, il doit à Dieu l'hommage de son être tout entier. L'âme honore Dieu par le culte intérieur, et le corps l'honore à sa manière par le culte extérieur.
Il n'a jamais existé de société qui n'ait eu un culte public ; un peuple, sans ce culte, serait un peuple athée, c'est-à-dire dans des conditions telles de confusion, de désordre, d'anarchie (on en sait quelque chose), qu'il ne pourrait subsister. De la religion régnant par son culte, dérivent toutes les lois morales ; elle est le fondement de toutes les autorités, elle maintient l'ordre et la vie sociale, rappelant qu'il y a un Dieu, maître de la nature, souverain législateur, fondateur de la société civile, arbitre des nations, distributeur des biens et des maux, protecteur des familles, vengeur du crime, rémunérateur de la vertu. Sous l'empire de la loi mosaïque, la plupart des cérémonies étaient autant de monuments des faits merveilleux qui prouvaient la mission de Moïse, et la certitude des promesses que Dieu avait faites à son peuple ; elles tenaient les Juifs en garde contre les autres nations et réprimaient leur penchant à l'idolâtrie. Sous le christianisme, alors que tous les peuples sont appelés à ne former qu'une seule famille unie par le double lien de la même foi et de la même charité, les cérémonies ont un objet plus auguste encore et un sens plus sublime ; elle nous mettent continuellement sous les yeux un Dieu sanctificateur des hommes, qui, par Jésus-Christ son Fils, nous a rachetés du péché et de la damnation, qui, par des grâces continuelles, pourvoit à tous les besoins de notre âme ; elles sont comme une prédication non interrompue et une profession solennelle des dogmes les plus essentiels à l'homme et à la société ; c'est une leçon de morale intelligible aux ignorants comme aux sages, qui leur rappelle continuellement leurs devoirs envers Dieu, envers leurs semblables, envers eux-mêmes ; le cérémonial des sacrements est particulièrement un tableau des obligations du chrétien dans tous les âges et dans toutes les circonstances de la vie ; malheur à ceux qui ne prêtent aucune attention à ces leçons et sur qui ce langage figuratif ne produit pas, jusqu'au fond de leurs cœurs, les plus vives et les plus salutaires impressions...
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