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vendredi 21 juin 2013

La voie royale du Christ !



a voie royale du Christ est une voie chevaleresque, romanesque, pleine de feu et de passion : nous chevauchons de fougueux purs-sangs qui galopent joyeusement, les naseaux fumants, et nous lançons, dans un gai cliquetis d'armes, le cri de Roland et d'Olivier : Montjoie ! Notre Église est l'Église de la passion.



John Senior, in Restauration de la culture chrétienne.

mercredi 19 juin 2013

L'Innocence et le Repentir




L'innocence, dit-on, perdit sa blanche robe;
Quand elle vient à s'endormir,
La volupté parfois la lui dérobe;
Confuse et ne pouvant plus se voir sans rougir,
Dès le même jour, l'innocence
Vient la redemander, mais sans rien obtenir,
Au travail, à l'aumône, au jeûne, à l'abstinence.
Un seul put la lui rendre, et c'est le repentir.

mardi 18 juin 2013

L'Amour, le Péché, la Douleur




e problème de la Vie, disais-je, est le problème de la Douleur. C'est encore mal parler. Tout le problème de la Vie tient à l'aise dans celui du Péché. Qu'est-ce donc que le Péché ? Une transgression à la loi ? Sans doute, mais que voilà une pauvre abstraction ! Au lieu que vous aurez tout exprimé de lui quand vous l'autre nommé de son nom : un déicide.

     Quand le péché n'était qu'une transgression à la loi, sa répression si sévère était incompréhensible, mais il est d'abord un crime contre l'Amour. Le sacrifice de la Croix n'est plus seulement un sacrifice compensatoire, car la justice n'est plus seule intéressée, n'étant pas la seule outragée : au crime contre l'Amour, l'Amour répond à sa manière et selon son essence : par un don total, infini. Où se fera donc l'union du créateur et de la créature, de la victime et du bourreau ? Dans la douleur, qui leur est commune à tous les deux.

     Nous sommes au centre de ce drame immense, nous sommes au cœur même de la Très Sainte Trinité. Quoi donc ? En Dieu, cette espèce d'incompréhensible orage ? Cela vous paraît incroyable en effet, parce que vous n'imaginez qu'un bon Dieu raisonneur, une intelligence organisatrice. Mais la définition de Dieu n'est pas celle-là d'abord : Il est d'abord charité. Dieu est l'Amour absolu. L'Amour absolu ! Au mouvement de notre misérable cœur, tâchez de mesurer cette force inouïe ! Nous vivons à l'aise, inconscients, au milieu de ce tourbillon formidable dont le moindre écart de son inflexible spire, s'il était toutefois possible, irait déracinant les mondes. Pour l'amour, rien n'est médiocre, tout est grand. La plus petite part de ce qu'il aime lui est non moins précieuse, urgente, nécessaire. La raison rebrousse au seul penser de ce prodigieux appel qui a fécondé le chaos, qui emporterait le plus puissant des anges comme un fétu et qui vient pourtant expirer, suppliant, insatiable, inassouvi, à l'oreille d'un petit enfant.

     La douleur. Elle est le pain que Dieu partage avec l'homme. Elle est l'image temporelle de la possession divine à laquelle nous sommes appelés. Pourquoi vous effrayez-vous des paroles si simples par quoi j'essaye de rendre sensible une vérité élémentaire : à savoir que Dieu demande à ses amis privilégiés ce qu'il a donné lui-même, une souffrance de surcroît ? Une parole pouvait nous sauver, mais l'amour a d'autres voies que la raison, ou plutôt va la rejoindre bien au delà de notre entendement. Il n'avait à donner d'une parole. Il a donné sa Vie. Certes, l'auteur du Mal n'est pas l'homme. L'Ange rebelle n'a dit non qu'une fois, mais une fois pour toutes, et dans un acte irréparable où toute sa substance est engagée. La partie ne se joue plus aux enfers ; elle se joue désormais au cœur de l'Homme-Dieu, où l'Humanité a sa racine, ce cœur percé d'une lance, et où notre race elle-même ouverte mêle son sang prodigué sans mesure. Pour nous tous qui ne savons pas – ou si mal ! – qui vivons comme des bêtes, aussi totalement ignorants du signe dont nous sommes marqués, quelques-uns souffrent et meurent, non pas en vain. Du désespoir qui l'exerce jusqu'au martyre, mon pauvre Donissan n'est point tout à faire irresponsable, car il a fait, sans le savoir, un vœu sacrilège. Mais il est dans l'ordre que Dieu fasse servir cette faute à ses desseins. Ne l'ai-je pas dit ? Ne l'ai-je pas écrit ? Ce désespéré jette l'espérance à pleines mains.

Georges Bernanos

jeudi 30 mai 2013

Vertu fondamentale de la prière




a prière est le plus grand acte, l'acte humain par excellence. L'homme qui prie confesse par là même sa faiblesse originelle, son néant, sa dépendance, et en même temps proclame la grandeur et la toute-puissance de Dieu, qu'il reconnaît comme son créateur et son père ; par cet acte d'humilité, il se met lui-même à son rang, qui est d'être ici-bas au sommet de la Création, entre le Ciel et la Terre. L'homme n'est grand qu'à genoux.

samedi 25 mai 2013

L'homme est un voyageur




'homme est un voyageur. Ô homme ! marche vers ton but. Prends garde que la nuit ne te surprenne en route, et que le jour de ta vie baisse avant que tu aies avancé dans la vertu. Sur ton chemin tu vois les objets divers défiler sous tes yeux, mais tu regardes à peine, car il faut marcher et tu ne peux t'arrêter. Voici les arbres en fleur, les herbes verdoyantes, les fontaines limpides qui attirent tes regards. Il te plairait de les contempler ; mais non, le temps presse, et ce spectacle charmant est déjà loin de toi. Mais voici que tout est changé ; un chemin âpre et pierreux, des rocs escarpés, des montagnes à pic et des forêts épaisses se dressent devant tes yeux ; à cette vue ton cœur se serre, mais tu es bientôt passé. Telle est la vie humain, ni les biens n'y sont durables, ni les maux permanents. Que ni les uns ni les autres ne retardent tes pas, marche au but, mais commence par bien choisir ton chemin.

S. Ambroise

jeudi 23 mai 2013

Dilatato corde







a religion ne consiste pas dans une scrupuleuse observation de petites formalités ; elle consiste pour chacun dans les vertus propres de son état. Faites pour l'amour de Dieu tout ce que son amour vous inspirera, mais commencez par les devoirs de l'état où il vous a mis. Souvenez-vous que le joug de la religion n'est pas un fardeau, mais un soutien. L'obéissance, loin d'être une servitude, est un secours donné à notre faiblesse. Vous ferez tout ce que font les autres, excepté le péché ; le vrai chrétien n'est ni sauvage, ni épineux, ni scrupuleux, mais il a au dedans de lui-même un principe d'amour qui élargit son cœur. 

Fénélon

mardi 21 mai 2013

Méditations sur les mystères douloureux du Rosaire



Premier mystère douloureux : l'Agonie de Notre-Seigneur Jésus-Christ au Jardin des Oliviers.

Fruit de ce mystère : une plus grande contrition pour nos péchés.





otre-Seigneur, après son ultime repas avec ses apôtres bien aimés, sentant que l'heure terrible de sa Passion est toute proche, se retire à Gethsémani pour prier son Père. Il fait sombre et froid au milieu des arbres noirs du jardin ; tout est immobile et silencieux : la nuit est déjà bien avancée. Pierre, Jacques et Jean, les disciples qui l'ont accompagné jusqu'ici, se sont endormis dans le bosquet obscur. Jésus est seul. Il est seul au cœur des ténèbres et de l'angoisse. Lui qui voit distinctement l'horreur de ce que va devoir supporter pour le genre humain sa pauvre chair d'homme, ne trouve personne pour le consoler dans l'affliction de son âme. Tout le calice redoutable de sa Passion lui est présent sous les yeux, et à cette vue, son cœur mortel défaille. Mais Jésus, malgré l'extrême dégoût que ressent sa nature humaine à approcher les lèvres de cette coupe de douleur, considérant plutôt la volonté de son Père et le salut des hommes, accepte par obéissance filiale de la boire jusqu'à la lie.

Contemplons Notre Sauveur dans sa suprême Agonie. Ne s'apprête-t-Il pas à nous donner l'enseignement le plus puissant, quoique le plus effrayant, de sa vie adorable ? Car sa Passion constitue tout un programme d'éducation intérieure. Tous les secrets de la vie spirituelle sont à Gethsémani et sur le Calvaire. Tous les moyens de réforme personnelle sont visibles d'une manière éclatante au Golgotha. Toute la vérité sur notre condition de pèlerin en marche vers la Patrie éternelle est enclose dans le Vendredi-Saint. Alors ne tardons pas : mettons-nous à l'école de notre bon Maître. Apprenons de Lui que nous sommes sur cette terre dans un temps d'angoisse et de tribulations, de peine et d'effort, de sacrifice et de souffrance ; nous en faisons l'expérience tous les jours, et le poids de notre marche, aujourd'hui, en est aussi un vibrant rappel. Le Jardin de l'Agonie n'a rien de commun avec le premier Jardin, celui d'Adam, fait tout de délices ; le Jardin de Jésus est au contraire un jardin de supplices, où, selon l'Évangile, Notre-Seigneur sue de grosses gouttes de sang. Image traumatisante pour notre sensibilité, mais qui exprime de la manière la plus saisissante l'angoisse du Sacré-Cœur devant la mort prochaine et les tortures à subir. Pourquoi un tel exemple ? Quelle leçon en tirer ? C'est un père chartreux qui nous la livre, en une sentence admirable : «ce n'est qu'en nous faisant marcher dans les traces sanglantes du Christ que l'action de la grâce triomphera en nous»




Deuxième mystère douloureux : la Flagellation de Notre-Seigneur.

Fruit de ce mystère : la mortification de la chair.





otre-Seigneur, couvert de coups et de crachats, sous la pression de la foule, est emmené à l'écart pour être flagellé. Dieu Lui-même, Jésus-Christ, est lié à une colonne comme un vulgaire faussaire, comme le pire des brigands. Mais comme un agneau conduit à l'abattoir, Il n'ouvre pas la bouche, et courbe l'échine face à ses bourreaux. Lui qui est l'Innocence même va recevoir le châtiment des criminels, celui qui nous était destiné pour nos péchés sans nombre. Il se soumet, et par amour pour ses brebis les hommes accepte de concentrer sur Lui la souffrance expiatrice. Pleuvent alors les coups des soldats romains, innombrables, qui déchirent son pauvre corps sanglant. Le Christ est presque battu à mort : sa faiblesse sur le chemin du Calvaire et le peu de temps qu'il mettra à mourir sur la Croix laissent deviner la cruauté des soldats romains, qui le transformèrent en une plaie vivante.

Contemplons Notre-Seigneur noyé dans la souffrance physique. Il aura tout vécu parmi nous, commençant sa vie publique par la joie légère des Noces de Cana, et terminant sa vie terrestre par les douleurs affreuses de la Passion. Mais c'est surtout par cette dernière qu'Il nous rejoint le plus complètement : Dieu descend Lui-même chercher l'homme assis dans l'ombre de la mort ; Il ne dédaigne pas de partager avec lui le pain de la souffrance, son véritable pain quotidien depuis la Chute. Oui, Dieu a vécu tout ce que nous vivons, hormis le péché. Dieu souffre avec nous, Dieu souffre par nous, Dieu souffre pour nous. En sanctifiant par sa propre expérience la souffrance humaine, Il la revêt d'une valeur infinie, d'un sens éternel. Si Dieu a souffert, c'est que la souffrance n'est pas vaine : elle a un sens et un prix. Parfois ce sens nous échappe ou nous révolte, mais il ne laisse pas d'exister. Jésus nous enseigne par son exemple que la souffrance a deux raisons générales : elle est soit un châtiment, soit une épreuve ; et le plus souvent les deux en même temps. La souffrance est donc un moyen de retour vers Dieu par l'expiation de nos péchés et la preuve pratique que nous l'aimons, et c'est en cela qu'elle est précieuse. Oui, la souffrance est précieuse, et c'est même un privilège de notre nature humain, que ne connaissent pas les anges : nous avons le privilège de pouvoir souffrir pour Dieu. L'idée est forte, la proposition est peut-être choquante de prime abord, mais cette vérité explique entre autres que nous soyons destinés à une gloire immense en Paradis, supérieure à celle des anges. Aussi, ce que nous avons à faire, c'est d'unir toutes nos peines quotidiennes avec celles de Jésus et d'offrir à Dieu toutes nos épreuves avec amour et abandon. Que les fatigues de la marche, l'ardeur du soleil ou nos pieds échauffés soient pour nous, pendant ce pèlerinage, le moyen de rejoindre Jésus dans sa Passion, et de montrer concrètement, par nos ampoules et nos courbatures, que nous l'aimons par-dessus tout. Quelle preuve d'amour supérieure à celle-ci ?





Troisième mystère douloureux : le Couronnement d'épines.

Fruit de ce mystère : la mortification de l'orgueil.






otre-Seigneur est traîné dans le prétoire, presque mort. Là les soldats romains s'assemblent autour de Lui. Ayant entendu de Jésus qu'Il est appelé le roi des Juifs, ils imaginent une mise en scène outrageuse pour se moquer de Lui. Voilà qu'on apporte un vieux manteau de pourpre, symbole du pouvoir, et qu'on le pose sur les épaules lacérées du Christ. Voilà qu'on lui met dans la main un roseau en guise de sceptre impérial. Enfin, les soldats tressent une couronne d'épines et la lui enfoncent sur la tête, perçant son front sacré de blessures supplémentaires. Ça y est, le roi a tous ses attributs, et les soldats se mettent à courber le genoux devant lui en s’esclaffant, jouant la déférence par dérision, crachant sur Lui, l'insultant. Après avoir bien ri, les soldats ramènent le captif à Pilate qui le présente au peuple : « Ecce Homo ! »

Chrétien, contemple ton Roi qui s'avance devant toi ! Il n'est pas d'abord le Roi de gloire que tu as appris à adorer au Ciel, mais un Roi de douleur sur la Terre, couronné d'épines, couvert d'un manteau humide de sang, et muni d'un pauvre sceptre en roseau. Considère-Le tout entier livré à l'opprobre de l'univers, d'abord souffleté par les juifs, puis outragé par les Romains. Voilà ton Roi, chrétien, qui pour l'amour de toi à bien voulu, tout Dieu qu'Il est, subir l'humiliation publique, être traité comme un scélérat, et voir sa royauté insultée. Lui qui est est Dieu, l'Infini, le Verbe éternel, le Tout-Puissant, l'Être suprême, le Parfait, le Démiurge, le Médiateur, le Souverain de l'Univers, l'Auteur de la Vie, le Suzerain des Astres, le Maître de la Terre, le Premier Né, le Juge du monde, l'Oint du Seigneur, le Roi de la Création, est moqué par tous, réduit à l'état de prisonnier, plus mal traité que l'infâme Barabas. Quelles leçons d'humilité ne retirera-tu pas, chrétien, de voir ton Roi dans pareil abaissement ? Lui qui est la Majesté en personne est descendu de son Trône éternel pour prendre sur son corps toute ta misère. Contemple sa chair retournée par les impacts de fouets garnis de balles de plomb et de fragments d'os tranchants ; tu peux y lire tous tes péchés, écrits en caractère de sang sur son Corps sacré. N'oublies jamais, chrétien, que si tu avais été seul au monde, ce bon Roi serait descendu tout pareil pour subir la même Passion et te sauver par son humiliation. Contemple son front ouvert qui ruisselle de douleur ; tu peux y lire combien Jésus t'aime, d'un Amour digne de Lui : inconditionnel, oblatif, absolu. Quelles leçons d'humilité ne retirera-tu pas, chrétien, de voir ton Roi pour toi déposer sa couronne d'or pour ceindre celle d'épines  ?




Quatrième mystère douloureux : le Portement de la Croix.

Fruit de ce mystère : la patience dans les épreuves.




otre-Seigneur vient d'être condamné à mort ; Pilate, par crainte du peuple, livre Jésus à la foule et se range à son souhait : le faire crucifier. La flagellation, l'humiliation, la torture, cela ne suffit pas aux juifs : ils veulent voir le Christ pendu à une croix et qu'Il y meure comme le dernier des hors-la-loi. Le Christ doit porter l'instrument de sa mort, cette croix si lourde, si grande, jusqu'au lieu d'exécution. Il est épuisé, blessé, tourmenté par la soif, mais au moment de se charger du bois redoutable, Il pense à toutes ses brebis, à toutes les chères brebis de son troupeau, qui pour être sauvées doivent être rachetées par cette Croix ; alors, puisant dans ses dernières forces, il embrasse l'instrument de son supplice et le hisse sur ses épaules sanglantes. On prend donc le chemin du Calvaire. Le Christ se traîne péniblement à travers Jérusalem, à travers une foule déchaînées qui lui jette des pierres, l'injurie, le frappe ; les soldats romains, impatients, lui assènent des coups de fouet pour qu'Il avance plus vite. Jésus n'a plus de force, Il titube, Il s'arrête, Il tombe ; une fois, deux fois, trois fois. Le Christ ne peut plus avancer ; il gît par terre, incapable de se relever sous la Croix qui l'écrase. Alors on force un homme, Simon de Cyrène , à l'aider, quoiqu'il se montre réticent d'approcher un condamné à mort. Le cortège se remet en marche. On passe la porte de Jérusalem, et après une dure montée, on atteint enfin le sommet du Golgotha.

Contemplons Notre-Seigneur porter sa croix, concentré sur son ultime effort, allant au bout de ses forces, tombant mais se relevant toujours, jusqu'à ce que son corps le trahisse complètement. Jésus met en pratique, pour l'exemple de toutes les générations, cette sentence radicale qu'Il prononça un jour : « Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi ne peut pas être mon disciple » . Si donc nous voulons être les disciples du bon Maître, nous devons le suivre courageusement avec nos croix personnelles, et nous en avons tous. Inutile de s'inventer des croix, chacun en trouvera bien assez à porter dans sa propre existence, aujourd'hui ou demain, car nulle vie ici-bas n'est exempte d'épreuves : telle est notre condition de créature déchue. Ne soyons pas comme Simon de Cyrène, qui refusa d'abord de porter la Croix avec Jésus ; soyons plutôt comme sainte Véronique, qui se tint près du Christ et essuya avec compassion son visage plein d'entailles, de sueur et de sang. Le Chemin de Croix est la parfaite figure de notre vie terrestre et spirituelle: nous apprenons par lui la nécessité de se relever toujours. Le plus grand effort n'est pas de ne pas tomber, mais de se relever infailliblement et de progresser sans cesse, patiemment, pour atteindre la fin. Profitons donc ce pèlerinage pour nous unir concrètement à Jésus portant sa Croix : goûtons avec Lui à la longueur du trajet, à la difficulté de la marche, à la morsure du soleil, à l'ardeur de la soif. Relevons-nous des haltes trop courtes du pèlerinage comme Jésus se releva sous la Croix. Apprenons la patience dans les épreuves par la patience de la marche. Le chemin est pénible, mais c'est Dieu qui nous attend au bout.




Cinquième mystère douloureux : la Crucifixion de Notre-Seigneur Jésus-Christ et sa Mort sur la Croix.

Fruit de ce mystère : un plus grand amour envers Dieu et les âmes.




otre-Seigneur est arrivé au sommet du Golgotha ; Il a les épaules écrasées, le corps déchiré, le front sanglant ; Il est épuisé par la marche, par la souffrance, par la chaleur, par la soif... Pourtant les tortures ne sont pas finies, et reste à affronter la pire de toutes. Les soldats romains se saisissent de Jésus, lui enlèvent sa tunique trempée de sang et l'étendent sur la Croix, où ils le fixent en lui enfonçant d'énormes clous dans les mains et dans les pieds, avant de dresser aux yeux du monde le gibet d'infamie sur lequel le Fils de Dieu pend lamentablement. La foule des juifs continue de rire ; les pharisiens le raillent, les soldats romains jouent aux dés et boivent... Jésus, du haut de sa Croix, est seul, seul en face de l'insupportable douleur, seul face au monde à racheter. Les bras tendus en hauteur, tétanisés par cette cruelle position, le Christ a du mal à respirer, et doit s'appuyer sur les clous de ses pieds pour ne pas s'étouffer. Après trois heures de souffrances atroces, vers la neuvième heure, le Christ émet un dernier cri de douleur et de détresse, d'abandon et de tristesse, d'angoisse et d'agonie, puis lentement incline la tête et rend son dernier soupir. Tout est accompli. Le Christ est mort. Un silence horrible se fait dans sa divine poitrine : son cœur, son divin cœur, son Sacré-Cœur a cessé de battre ; le sang se circule plus ; le froid de la mort s'empare de Lui. Alors soudain le ciel s'obscurcit, la terre tremble, l'univers entier est en deuil... On décroche Jésus de la Croix et on le rend à sa Mère. Qui donc pourra décrire le visage de la Vierge, consumé par le chagrin, les yeux brûlés de pleurs, le teint livide d'affliction ? Qui donc pourra rendre les plaintes de Madeleine, effondrée aux pieds du cadavre silencieux de Jésus, ou la détresse de saint Jean, le disciple bien-aimé du Christ ? C'est dans une fin d'après-midi sombre et terrible que l'on emporte la pauvre dépouille de Jésus vers un tombeau neuf, où sa Mère l'y dépose de ses propres mains. La pierre est roulée : désormais celui qui est la Vie dort du sommeil de la mort dans ce caveau solitaire, attendant de se relever glorieux et vainqueur le matin de Pâques.

« Dieu s'est anéanti jusqu'à la chair, jusqu'à la mort, jusqu'à la croix : qui appréciera à sa juste valeur ce que fut l'humilité, la douceur, la générosité du Seigneur en revêtant la chair, en étant condamné à mort, en étant soumis à la honte de la croix ? « Mais, dira-t-on, le Créateur n'aurait-il pas pu réparer son œuvre sans que ce soit si difficile ? » Il aurait pu, mais il a préféré le faire à ses dépens, pour que le vice détestable et odieux de l'ingratitude n'en prenne pas occasion pour s'introduire en l'homme. Oui, il a assumé de grands travaux, et par là l'homme lui devrait un grand amour, la difficulté de la rédemption éveillant en lui une action de grâce que la facilité de la création n'avait guère suscité. Que disait, en effet, l'homme ingrat, de sa création ? « J'ai été créé gratuitement, et cela n'a coûté ni travail, ni fatigue, à mon créateur : il lui a suffi d'ouvrir la bouche pour que je sois, comme pour tout ce qui est. » Et l'homme s'en est fait une excuse pour ses péchés.

Mais maintenant, ce que tu as coûté à Dieu est plus clair que le jour, ô homme ! Il n'a pas dédaigné, lui, le Seigneur, de se faire esclave ; lui, le riche, de se faire pauvre ; lui, le Verbe, de se faire chair ; lui, le Fils de Dieu, de se faire fils de l'homme. Rappelle-toi donc que s'il t'a fait de rien, il ne t'a pas racheté pour rien. »

S. Bernard, sermon 11 sur le Cantique des cantiques.




mardi 23 avril 2013

Prière de pèlerin





Dieu qui avez conduit l'exode de votre peuple, le jour par la colonne de brumes, la nuit par la colonne de feu, guidez chacun de mes pas, afin que je marche, sans égarement ni retard, dans la bonne route. Seigneur, qui par l'intermédiaire de l'ange Raphaël avez conduit le jeune Tobie vers un but salutaire, faites que ce pèlerinage, entrepris pour votre gloire, profite à la santé de mon corps et à l'équilibre de mon âme. Ô Vous qui avez accompagné et protégé la Sainte Famille lorsqu'elle fuyait la rage du tyran et la chasse des mercenaires, permettez-moi d'échapper à la poursuite folle des passions, aux embuscades du péché et à la haine de celui qui rôde, comme un lion cherchant sa proie.

Ô Jésus, soyez mon compagnon de chemin, comme vous fûtes celui des Apôtres, des Disciples, des Saintes Femmes. Enseignez-moi, éduquez-moi au cours de ces étapes, de sorte qu'elles me soient une retraite et une préparation à l'accomplissement de vos œuvres. Comme à la Samaritaine que vous avez rencontrée au bord du puits, révélez-moi les sources vives, dont l'eau calme à jamais les soifs de certitude et de béatitude.

Esprit-Saint, qui avez porté les prophètes par les déserts de sable ou les étendues maritimes, soufflez sur mes yeux afin qu'ils sachent voir partout, en toute créature, la Sainte Trinité, sur ma bouche, afin qu'elle ne dise et ne chante que la Vérité qui délivre. Ouvrez mon cœur à la beauté du monde, à la splendeur joyeuse des formes sensibles, pour que toutes mes rencontres soient autant de louanges à Dieu et d'occasions d'amour, toutes les créatures autant d'échelles vers le Créateur.

Notre-Dame des Chemins, saints patrons de la route, mon ange gardien, écartez de moi tous les périls. Par-dessus tout, que la volonté de Dieu s'accomplisse, même si elle paraît à mon désavantage corporel. Sous l'ombre de vos ailes, ô mon Dieu, et de votre amour, je me mets en route.

Prière de pèlerin

dimanche 14 avril 2013

Seigneur Jésus, maître de la Route




Seigneur Jésus, qui m'avez établi en marche vers le Ciel,
Faites que la route, toujours à notre porte,
Soit une invite continuelle à servir.
Que son grand air et ses difficultés
Servent à la santé de mon corps,
Comme à l'équilibre de mon âme.
Qu'elle m'enseigne à prendre le temps comme il vient,
Les gens comme ils sont,
Et le Bon Dieu comme Il veut.
Que sa longueur m'apprenne
Le jusqu'au bout des vies qui valent la peine d'être vécues.
Que ses carrefours me soient occasion de choisir,
A l'ombre des calvaires,
Ce qui est loyauté vraie, et vie abondante.
Je vous le demande, Seigneur,
A Vous qui êtes la Route,
La Vérite et la Vie.
 
Amen.

Prière de routier

samedi 13 avril 2013

Marie, guidez nos pas !





Mère, qui guidiez nos premiers pas d'enfants,
Voici notre départ sur les chemins des hommes,
Déjà nos pieds sont criblés d'épines, attendant la douceur de votre main de femme.
Déjà nos voies se croisent incertaines, appelant dans la nuit l'étoile de Bethléem,
Splendides et terribles seront nos lendemains,
Fleurissez nos sentiers de force et de tendresse,
Ô Notre Dame de la route pour qu'ils nous mènent à Dieu et rien qu'à Lui.

Prière de routier

vendredi 15 mars 2013

O sol salutis, intimis...




O Soleil de salut, ô Jésus !
Brillez à l'intime de nos cœurs,
Tandis que chassant la nuit, plus gracieux,
Renaît le jour à notre monde.

Nous donnant un temps de faveur,
Donnez-nous des ruisseaux de larmes,
Pour laver l'hostie du cœur,
Que brûle une joyeuse charité.

De la source d'où coula le crime,
Ils couleront éternels, les pleurs,
Si la verge de pénitence,
De notre cœur, broie la dureté.

Le jour viendra, votre jour à Vous,
Dans lequel tout reverdira.
Que sa joie soit nôtre, au chemin
Où nous a ramenés votre droite.

Qu'inclinée, la machine du monde
Vous adore, clémente Trinité
Et nous, renouvelés par la grâce,
Chantons un cantique nouveau. 

Ainsi soit-il.

Hymne des Laudes pour le temps du Carême.

samedi 23 février 2013

Le Carême







e Carême est le temps qui s'écoule depuis le mercredi des Cendres jusqu'à Pâques, temps de pénitence pendant lequel les fidèles sont tenus à des prescriptions de jeûne et d'abstinence ; le jeûne consiste à ne manger qu'une fois par jour, et l'abstinence à ne pas manger de viande. Les chrétiens des premiers siècles ne mangeaient autre chose, les jours de jeûne, que des herbes, des racines et des légumes ou des fruits, avec du pain et de l'eau ; ils ne mangeaient qu'une fois le jour, vers le soir. S. Fructueux, évêque de Tarragone, allant au martyre, refusa un breuvage qu'on lui offrait pour le fortifier, en disant qu'il n'était pas encore l'heure de rompre le jeûne : c'était un vendredi à dix heures du matin.

     Au VIe siècle, puis au VIIe, des modifications furent apportées à cette règle ; plus tard l'Église, toujours bonne comme une mère, adoucit encore la discipline. L'obligation du jeûne le Mercredi des Cendres et le Vendredi-Saint s'étend à tous les fidèles qui ont vingt et un ans accomplis, à moins que des raisons graves de santé ou de travail ne les en dispensent ; une légère réfection nommée collation ajoutée au repas principal est aujourd'hui permise. En ce qui concerne les dispenses particulières pour le jeûne et l'abstinence, ceux qui croient en avoir besoin doivent s'adresser à leurs pasteurs ; nul ne doit être juge dans sa propre cause, et la soumission à l'autorité est la première règle de tout chrétien.

     Le monde dit quelquefois : Dieu ne nous a-t-il pas donné tous les biens ? pourquoi n'en userions-nous pas ? Oui, Dieu nous a donné tous les biens ; mais est-ce pour en user sans discrétion et sans reconnaissance ? Qui ne sait pas s'abstenir quelquefois des plaisirs les plus légitimes ne saura pas s'arrêter là où commencent les jouissances coupables ; la vertu ne vit que par les sacrifices, et c'est avec sagesse que l'Église par ses loi supplée à la légèreté de notre esprit et met une barrière à l'entraînement de notre cœur. N'est-ce pas, pour l'homme coupable (et nous le sommes tous) un devoir et une nécessité, d'expier ses péchés, de se punir lui-même, de réparer ses excès par des austérités, et de se former à des habitudes contraires à celles où l'entraînent ses passions ? Ô sainte ardeur de la pénitence ! Ô douce tristesse du repentir ! Ô tendre componction d'un cœur revenu à Dieu ! C'est vous qui faites du Carême un temps précieux, un temps profitable, un temps de joie malgré les mortifications ; car c'est vous qui menez sûrement et prestement à Dieu, nous accordant son pardon et son amitié, bien suprême et ultime félicité !

Sainte Marie-Madeleine : un modèle de pénitence


     Nul besoin de s'infliger des pénitences spectaculaires qui pourraient flatter notre orgueil pour faire un bon et saint Carême : supporter avec patience ses croix quotidiennes (au lieu de se plaindre et d'accuser la Providence), une bonne prière régulièrement, une visite à l'église, une aumône discrète... voilà les petits efforts qui plaisent à Dieu. On peut faire du carême un temps pendant lequel on veillera davantage sur ses mauvais penchants, où l'on remplira avec plus d'exactitude ses devoirs. Voilà une bonne pénitence agréable à Dieu, et nul ne peut dire, riche ou pauvre, faible ou fort, qu'il ne lui est pas possible de l'accomplir.





« Ce n'est qu'en nous faisant marcher dans les traces sanglantes du Christ que l'action de la grâce triomphera en nous. » Dom Jacques Maillot.

samedi 2 février 2013

2 février : Purification de la Sainte Vierge



ous avons vu les Mages venir adorer notre Sauveur dans sa crèche ; avertis par un ange de ne pas revenir auprès du perfide Hérode, ils retournèrent dans leurs pays par un autre chemin. Bientôt Joseph et Marie songèrent à accomplir deux nouveaux articles des lois de Moïse : l'un ordonnait à toutes les femmes qui étaient devenues mères de venir se purifier au Temple après un certain nombre de jours ; l'autre prescrivait d'offrir au Seigneur tout fils premier-né. Marie, donnant en cela un grand exemple d'humilité et d'obéissance, voulut se conformer à la règle commune des autres femmes ; en même temps, Jésus-Christ, qui, comme Dieu, se trouvait bien au-dessus de la loi mosaïque, voulut être porté à Jérusalem quarante jours après sa naissance, afin d'offrir à son père une hostie digne de Lui : c'est pour conserver ce double souvenir qu'on célèbre le 2 février la fête de la Purification.

     Au moment de la naissance de Jésus, il y avait à Jérusalem un saint vieillard nommé Siméon. C'était un homme juste, qui attendait avec empressement le consolateur d'Israël, c'est-à-dire le Messie. Il lui avait été même révélé qu'il ne mourrait pas sans avoir vu le Christ du Seigneur. Conduit par une inspiration divine, il vint au Temple lorsque Marie apportait son divin Fils ; non seulement Siméon eut le bonheur de voir le Rédempteur du monde, mais Dieu lui permit encore de le tenir entre ses bras. C'est alors que, transporté d'une sainte joie et animé de l'esprit des prophètes, il rendit grâces à Dieu et prédit les futurs triomphes de ce divin Enfant. C'est maintenant, s'écria-t-il, que, suivant votre parole, vous laisserez mourir en paix votre serviteur, puisque mes yeux ont vu le salut qui vient de vous, que vous l'avez exposé à la vue de toutes les nations pour être la lumière qui se découvrira aux gentils et la gloire d'Israël votre peuple. Nous répétons ces belles paroles, lorsque nous récitons à complies le cantique : Nunc dimittis.

     Tandis que la sainte Vierge et saint Joseph étaient en admiration sur ce que disait le saint vieillard, et qu'il les entretenait de ce qui devait arriver au Fils de Dieu dans la suite des temps et de la douleur qui transpercerait le cœur de Marie, une veuve nommée Anne survint en ce même temps. Véritable fille de Jacob, elle attendait avec ardeur la venue du Messie. Veuve après sept ans de mariage, elle avait passé sa vie jusqu'à quatre-vingts ans dans les jeûnes et les prières : sa demeure ordinaire était le Temple ; à peine eut-elle connu le Sauveur qu'elle joignit sa voix à celle de Siméon, et fit éclater sa reconnaissance et son bonheur en cantiques de louanges.

     Qu'il est beau de voir ces deux vieillards rendre témoignage de la divinité du Sauveur, et mourir tranquilles parce qu'ils ont vu celui qui est la résurrection et la vie ! Quelque heureux qu'ait été leur sort, nous pouvons sentir qu'un non moindre bonheur nous est accordé, puisqu'il nous est donné de recevoir ce même Sauveur, nous seulement dans nos bras, mais encore dans notre cœur devenant le sanctuaire du désiré des nations.

     Hérode, voyant que les Mages ne revenaient pas, entra dans une grande colère, et résolut de se défaire d'un enfant dont la naissance lui causait tant d'ombrages, et de noyer son berceau dans un fleuve de sang ; mais que peuvent les conseils des hommes contre Dieu ! L'ange du Seigneur apparut en songe à Joseph et lui dit : Levez-vous, prenez l'enfant et sa mère, fuyez en Égypte, et n'en parlez pas que je ne vous le dise, car Hérode ne tardera pas à faire chercher l'enfant pour lui donner la mort ; Joseph se leva, et la nuit même, prenant l'enfant et la mère, il partit pour l'Égypte, où ils arrivèrent heureusement et où ils restèrent tant qu'il plut à Dieu de laisser son Fils dans cette espèce d'exil.


     A chaque acte de la Sainte Famille, nous devons faire la même remarque, qui est pour nous un grand enseignement. Ainsi la conduite de Joseph dans cette circonstance est le modèle d'une obéissance parfaite ; car elle est simple et sans détournement, elle est prompte et sans retardement, elle est généreuse et pleine de confiance, il part sans préparatifs, sans provisions, il était pauvre, mais, avec la parole de Dieu, il était certain de ne manquer de rien.

     Une obéissance semblable envers nos supérieurs, envers nos parents, envers l'Église, est la première et la plus essentielle des vertus d'un vrai chrétien dans tous les âges et dans toutes les conditions.

lundi 24 décembre 2012

La joie inaltérable de Noël




Gaudeamus in Domino !


     L'horizon blanchit à l'Est ; la pâle lueur de l'aube nous atteint ; nous arrivons au bout de la nuit. 

     Demain ce sera Noël, la fête de la naissance du Sauveur. Mais nombreux seront ceux, qui, en cette nuit sainte et ce jour béni, se trouveront seuls, affligés, malades, agonisants ou désespérés. Ces réjouissances annuelles ne doivent-elles pas leur être intolérables ? Ne sont-ils pas les grands oubliés de ces fêtes où tout le monde se trouve dans l'allégresse ? Hé bien non. En fait, Noël est fait pour eux.

     Car la joie de Noël, la vraie, n'a rien à voir avec le plaisir matériel que procure des iPads ou le dernier Nikon One ; elle n'est pas non plus le plaisir d'une « fête de la convivialité ». Il faut se purifier sur ce point des impostures contemporaines sur Noël et de ce que la société moderne en a fait ; Noël n'est pas assimilable à une course folle dans les Galeries Lafayette.

Noël, c'est la fête du Pauvre.

    Contemplons ce jeune couple, harassé par le voyage, errant dans Bethléem par une nuit froide à la recherche d'un abri car Marie, tout juste âgée de seize ans, est sur le point d'enfanter. Il n'y a plus de place pour eux à l'hôtellerie, personne ne veut les loger. Joseph, rongé d'angoisse, ne peut trouver mieux pour eux qu'une misérable étable enfoncée dans une cavité rocheuse glacée, sombre, humide...

    Contemplons ce Bébé désarmé, nu, couché dans une mangeoire pleine de paille, réchauffé seulement par les bras tendres de sa Mère et le souffle tiède d'un âne et d'un bœuf. Joseph, partagé entre la crainte et le soulagement, se penche sur l'Enfant et observe le miracle.

   Contemplons cette bande de pauvres bergers, qui, alertés par l'ange quelques instants après la naissance du petit Enfant, accourent à toute vitesse depuis les champs vers le lieu indiqué. Ils s'approchent prudemment du berceau improvisé et, saisis de ravissement, tombent à genoux. Ces modestes pâtres aux pieds poussiéreux, déguenillés, hirsutes, ont l'immense privilège d'être les premiers à voir le Nouveau Né.

     Car cet Enfant inoffensif, au milieu du foin, n'est rien d'autre que le Suzerain des Cieux venu sauver le monde. Dieu Lui-même, sous la forme d'un bébé, repose à cet instant dans les bras d'une pauvre fille de Nazareth. Ô mystère sublime de l'Incarnation ! Jésus est né, le Sauveur est enfin là ! Il aurait pu naître d'une famille royale, dans un palais, ou même descendre adulte directement du Ciel. Non, Il a choisi le dénuement le plus total. En cela, il rejoint toute l'humanité dans sa misère, « assise à l'ombre de la mort. »

     Nous portons tous des pierres au fond du cœur, et nous avons chacun mille raisons de ne pas nous réjouir en ce 25 décembre... Mais la joie inhérente à Noël n'est pas fonction du poids de nos croix personnelles, du nombre de cadeaux, de l'entourage ou de la qualité de la nourriture du festin.

     La joie de Noël tient essentiellement à l'espoir surnaturel que représente pour le genre humain ce Bébé enveloppé de langes. Il n'est pas la promesse de plus de richesses, de plus de santé, de plus de confort ou de plus de plaisir, mais Il est la Miséricorde incarnée, au pied de la lettre. Dieu est tombé du Ciel pour nous y ramener. Cette petite tête chauve est pour chacun de nous, personnellement, un message de réconciliation : avec cet Enfant, c'est l'œuvre de la Rédemption qui commence. Nous sommes tous criminels, pécheurs, malades, infirmes, corrompus... en un mot nous sommes perdus. Mais ce Poupon est venu pour nous sauver, et c'est tout ce qui compte. C'est comme si, tombés au fond d'une mine, écrasés par un éboulement, au bord de la mort, nous entendions les coups de pioche des sauveteurs. L'aventure commence ; nous sommes en route vers Pâques : la Croix s'avance déjà.

     La joie de Noël, donc, est inaltérable parce qu'elle est avant tout spirituelle. Seul ou en famille, pauvre ou riche, malade ou bien-portant, nous pouvons tous nous réjouir de la naissance du Messie tant attendu, car elle concerne tout le monde, et spécialement ceux qui ne vont pas bien. Comme chaque année, Noël est l'occasion de radicalement changer nos vies ; c'est l'occasion de faire passer l'invisible avant le visible, l'occasion de donner un sens surnaturel à nos existences en allant adorer l'Enfant à la crèche avec les bergers et les Rois Mages.

   « Colline de Sion, tressaille d'allégresse ; filles de Jérusalem, revêtez vos habits de fête, et chantez, chantez de nouveaux cantiques ».

     Noël contient tout une révolution morale, il est le commencement de ce nouvel ordre d'idées qui doit changer la face du monde ; richesses, orgueil, votre règne est fini, celui du détachement, de l'humilité et de la charité commence ; au nouveau Roi de la Crèche il faut des courtisans qui aiment le dénuement de sa naissance, le reconnaissent et l'adorent dans sa pauvreté ; et désormais ses faveurs et ses préférences sont pour ceux qui souffrent et qui, à son exemple, se sont fait petits.


Joyeux et saint Noël à tous ! 





lundi 17 décembre 2012

De l'Avent



'Église, dans sa sollicitude, a déterminé des jours et des temps particuliers spécialement destinés à purifier notre cœur par la prière, la pénitence et la méditation des vérités éternelles. Au premier rang de ces époques salutaires il faut placer le temps de l'Avent. En effet, l'Avent est un temps de prière et de pénitence que l'Église a établi pour préparer ses enfants à la naissance du Sauveur ; ce que les vigiles sont aux fêtes ordinaires, ce que le Carême est à Pâques, ce que les millénaires de l'ancien monde furent à la venue du Messie, l'Avent l'est à la fête de Noël. Quatre semaines de préparation ne paraîtront pas longues, quand on considère l'excellence du mystère qui les suit. Si le peuple d'Israël dut se préparer avec tant de soin pour recevoir la loi promulguée au sommet du Sinaï et pénétrer dans la terre promise, quelles doivent être les préparations des chrétiens pour recevoir le Dieu du ciel, la victime sans tache, le législateur suprême !

     L'institution de l'Avent paraît aussi ancienne que celle de la fête de Noël, quoique la discipline de l'Église à cet égard n'ait pas toujours été la même. Pendant plusieurs siècles l'Avent fut de quarante jours comme le Carême ; il commençait à la Saint-Martin. Autrefois on jeûnait pendant l'Avent ; le pape Boniface VIII, dans la bulle de canonisation de Saint Louis, déclare que ce grand roi passait les jours de l'Avent en jeûnes et en prières.

     L'Église ne néglige aucun moyen de réveiller dans nos cœurs l'antique ferveur de nos prières : le petit Enfant que nous attendons est-il moins digne de tout notre amour aujourd'hui qu'autrefois ? Sa venue dans nos âmes est-elle moins nécessaire ? Dans ses offices l'Église quitte ses ornements de joie ; elle prend le violet en signe de componction. Le Gloria in excelsis est omis à la messe, la voix du grand Paul, la voix d'Isaïe, la voix de Jean sur les bords du Jourdain, se mêlent aux hymnes et aux accents des prédicateurs.

     L'évangile du premier Dimanche nous rappelle le jugement dernier et le second avènement du Fils de Dieu, pour nous avertir que, si nous voulons voir arriver avec confiance le Dieu qui descendra comme juge suprême des vivants et des morts, nous devons nous préparer à le recevoir maintenant qu'il vient comme Sauveur.

     Au second Dimanche, les instructions de l'Église deviennent encore plus précises, car le grand événement approche ; c'est la lumière qui devient plus vive à mesure que le soleil approche de l'horizon : dans l'épître, le grand Apôtre fait entendre sa voix, il annonce que Jésus-Christ est envoyé pour accomplir toutes les figures et réunir les Juifs et les Gentils dans une seule bergerie.

     Dans l'évangile, le Précurseur envoie vers Jésus deux de ses disciples, avec ordre de lui présenter cette question : « Êtes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Jésus, ayant opéré en leur présence plusieurs miracles, leur répondit : « Allez dire à Jean ce que vous avez vu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent ; l'Évangile est annoncé aux pauvres, et bienheureux celui qui ne se scandalisera pas à mon sujet. »

     Le troisième Dimanche (de Gaudete), saint Paul, dans l'épître, nous invite à la joie, en y joignant la prière, c'est-à-dire ardent qui attire Dieu en nous et qui appellera le Messie dans nos cœurs ; dans l'évangile, saint Jean-Baptiste, plus que prophète, n'annonce plus le Messie, il dit qu'il est déjà dans le monde ; mais il ajoute une parole qui se vérifie, hélas ! encore aujourd'hui : Il est au milieu de vous, et vous ne le connaissez pas ; il a été fait avant moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers.

     Enfin, le quatrième Dimanche, lorsque le divin Enfant est au moment d'entrer dans le monde, l'Église termine toutes ses instructions par cette parole : Toute chair verra le Sauveur envoyé de Dieu, parole qui nous dit :  Soyez prêts, les temps sont accomplis, le soleil de justice et de vérité va briller à l'horizon, la lumière va se répandre sur tous les hommes sans exception de riches et de pauvres, de savants et d'ignorants ; encore une fois, soyez prêts.

     A partir du 14 décembre jusqu'au 23, l'Église chante à vêpres, avant et après le cantique de la sainte Vierge, les grandes antiennes ; on les appelle vulgairement les antiennes O, parce qu'elles commencent toutes par cette invocation ; elles se répètent trois fois chaque jour à l'office du soir ; par leur variété elles expriment les différentes qualités du Messie et les différents besoin du genre humain ; il est impossible d'avoir la foi et de les réciter sans entrer dans les sentiments qu'elles expriment.

     Les plus puissants motifs qui nous engagent à sanctifier l'Avent :

1° L'obéissance au précepte de l'Église : Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez les voies du Seigneur.
2° La reconnaissance envers le Sauveur :qu'était l'homme avant l'incarnation du Sauveur ? que sommes-nous sans Lui ?
3° Les bienfaits pour notre âme : La source des grâces ne tarit dans aucun temps, mais les grandes fêtes sont des jours plus propices, des jours où ces grâces sont répandues avec plus d'abondance. Les dispositions que Dieu trouve en nous sont la mesure de ses faveurs ; hé bien ! descendons dans notre cœur, interrogeons notre vie passée, notre état présent, notre avenir ; que de choses n'avons-nous pas à demande à la crèche !

mardi 4 décembre 2012

Adventus




oublions pas de dire qu'on était en Avent, dans ces temps d'attente pour l'Église, macérée par la pénitence, et qui s'harmonisent si bien avec la tristesse de l'hiver. Il semble qu'ayant à son usage toutes les grandeurs de la poésie pour exprimer la grandeur de toutes les vérités, l'Église ait combiné, dans un esprit profond, l'effet de ses cérémonies avec l'effet de la nature et des saisons, inévitable aux imaginations humaines. A cette époque, elle éteint la pourpre dans le violet de ses ornements, emblème de la gravité de ses espérances. »

Jules Barbey d'Aurevilly

dimanche 11 novembre 2012

Mors Janua Vitæ




« Le cœur de l'homme le plus fort n'y résiste pas, lorsque, rangés en cercle, leurs cierges éteints, au bord de la tombe entr'ouverte, les prêtres versent l'eau bénite, dans un requiescat suprême, sur la bière dépouillée de sa draperie noire et sur laquelle la terre, poussée par les bêches, croule avec un bruit lamentable et sourd. »


***

« Être vu de ceux qu'on a aimés dans le silence et à qui on n'a pas pu dire dans la vie comme on les aimait, ah! c'est là un de ces apaisements célestes qui vengent de toutes les impossibilités de l'existence, et que la Religion donne en prix à ceux qui ont la Foi ! » 
Jules Barbey d'Aurevilly




Ô chrétien, écoute le langage de la foi: tout est vanité sur cette terre, et aucun des objets créés où s'arrêtent en passant nos rêves de bonheur, ne peut combler l'immense abîme de nos désirs. La gloire, la richesse, la beauté, l'amour, la science, la vertu même nous disent: je ne suis pas la félicité dont Dieu a mis dans ton âme l'appétit en quelque sorte infini; cherche là-haut. Espère... 

Ne pleurez pas comme ceux qui n'ont pas d'espérance, car de l'autre côté des tombeaux, les yeux qu'on ferme voient encore... 

 

mardi 6 novembre 2012

Libera me, Domine !




Novembre, le mois des morts : prions pour nos chers défunts.