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vendredi 21 juin 2013

La voie royale du Christ !



a voie royale du Christ est une voie chevaleresque, romanesque, pleine de feu et de passion : nous chevauchons de fougueux purs-sangs qui galopent joyeusement, les naseaux fumants, et nous lançons, dans un gai cliquetis d'armes, le cri de Roland et d'Olivier : Montjoie ! Notre Église est l'Église de la passion.



John Senior, in Restauration de la culture chrétienne.

samedi 1 juin 2013

Du choix d'un état



e choix d'un état est d'une souveraine importance. Nos pères disaient que pour bien choisir il fallait implorer l'inspiration de Dieu, car il faut prendre la voie qu'Il veut. Il n'y a pas mieux à dire. Réfléchissons pieusement et sérieusement à l'avenir que nous nous traçons d'avance parmi les hommes, et prions. Lorsque nous aurons entendu dans notre cœur la voix divine qui nous dira, non pas un seul jour, mais des semaines entières, des mois entiers, et chaque fois avec une nouvelle force de persuasion : « Voici l'état que tu dois choisir ! », obéissons à cette voix avec une ferme et courageuse volonté. Entrons dans cette carrière, et marchons en avant, en y portant les vertus qu'elle demande.

     Avec le secours de ces vertus, toute profession est excellente pour qui en a la vocation. Le sacerdoce, qui épouvante celui qui l'a embrassé légèrement et ayant encore dans le cœur le goût du siècle, n'a que délices et honneur pour l'homme pieux et recueilli ; la vie monastique elle-même, que beaucoup dans le monde regardent, les uns comme intolérable, les autres même comme ridicule, n'a que délices et honneur pour le religieux qui ne se croira pas inutile à la société parce qu'il n'exerce sa charité qu'au profit de Dieu, de quelques autres moines et de quelques pauvres laboureurs. Le noble métier des armes a un charme infini pour quiconque se sent au cœur du courage et comprend que s'il est quelques chose de glorieux, c'est assurément d'exposer ses jours pour son pays.

     Chose admirable ! tous les états, depuis les plus brillants jusqu'à celui de l'humble artisan, ont leur douceur et une dignité véritable. Il ne faut que vouloir faire la volonté de Dieu et pratiquer les vertus que réclame chaque profession. C'est parce qu'un trop petit nombre les pratique ou perd de vue Dieu, que si souvent on entend les hommes maudire la condition qu'ils ont choisie.

     Lorsque nous aurons prudemment fait choix d'une voie, n'allons pas imiter ces gens qui se lamentent éternellement. Ne nous laissons agiter d'aucun vain regret, d'aucune velléité de changement : restons à notre place. Tout chemin de la vie a ses épines. Dès que nous avons posé le pied dans l'un de ces chemins, poursuivons coûte que coûte. Reculer, c'est lâcheté. Il est toujours beau de persévérer, excepté dans le mal, et celui-là seul qui sait persévérer dans ce qu'il a entrepris, peut se flatter de devenir un honnête homme ou une prud'femme.

jeudi 30 mai 2013

Vertu fondamentale de la prière




a prière est le plus grand acte, l'acte humain par excellence. L'homme qui prie confesse par là même sa faiblesse originelle, son néant, sa dépendance, et en même temps proclame la grandeur et la toute-puissance de Dieu, qu'il reconnaît comme son créateur et son père ; par cet acte d'humilité, il se met lui-même à son rang, qui est d'être ici-bas au sommet de la Création, entre le Ciel et la Terre. L'homme n'est grand qu'à genoux.

samedi 25 mai 2013

L'homme est un voyageur




'homme est un voyageur. Ô homme ! marche vers ton but. Prends garde que la nuit ne te surprenne en route, et que le jour de ta vie baisse avant que tu aies avancé dans la vertu. Sur ton chemin tu vois les objets divers défiler sous tes yeux, mais tu regardes à peine, car il faut marcher et tu ne peux t'arrêter. Voici les arbres en fleur, les herbes verdoyantes, les fontaines limpides qui attirent tes regards. Il te plairait de les contempler ; mais non, le temps presse, et ce spectacle charmant est déjà loin de toi. Mais voici que tout est changé ; un chemin âpre et pierreux, des rocs escarpés, des montagnes à pic et des forêts épaisses se dressent devant tes yeux ; à cette vue ton cœur se serre, mais tu es bientôt passé. Telle est la vie humain, ni les biens n'y sont durables, ni les maux permanents. Que ni les uns ni les autres ne retardent tes pas, marche au but, mais commence par bien choisir ton chemin.

S. Ambroise

vendredi 24 mai 2013

L'Europe c'est l'Église !





otre civilisation a été fondée par l'Église, par ses mains, par ses sueurs et par son sang ; elle a créé la liberté en abolissant l'esclavage antique, elle a donné la dignité de la femme établie sur le mariage indissoluble, elle a donné aux États la meilleure constitution fondée sur l'obéissance de tous au souverain temporel subordonné aux lois divines. La sauvagerie moderne fait exactement le travail inverse : elle asservit l'homme à ses passions les plus viles, ravale la femme au statut de créature de plaisir par le divorce et prêche la révolution permanente face à l'autorité. Le monde contemporain est un retour à la barbarie, pire que celle des Goths et des Vandales, qui détruisaient pour construire : le monde moderne ne construit rien, il est une pure force négative, une étoile noire couvée entre les griffes de Satan.

jeudi 23 mai 2013

Dilatato corde







a religion ne consiste pas dans une scrupuleuse observation de petites formalités ; elle consiste pour chacun dans les vertus propres de son état. Faites pour l'amour de Dieu tout ce que son amour vous inspirera, mais commencez par les devoirs de l'état où il vous a mis. Souvenez-vous que le joug de la religion n'est pas un fardeau, mais un soutien. L'obéissance, loin d'être une servitude, est un secours donné à notre faiblesse. Vous ferez tout ce que font les autres, excepté le péché ; le vrai chrétien n'est ni sauvage, ni épineux, ni scrupuleux, mais il a au dedans de lui-même un principe d'amour qui élargit son cœur. 

Fénélon

mardi 8 janvier 2013

La religion jugée par ses fruits



'est un grand sujet de tristesse et d'étonnement pour tous les fils de l'Église de voir leur Sainte Mère en butte à tant de haines et de calomnies. On connaît l'arbre par ses fruits ; La religion catholique est un arbre immense dont les branches s'étendent sur le monde entier, et à l'ombre duquel ont reposé vingt siècles. On ne peut donc ignorer quels sont ses fruits ; on peut les juger, les goûter, les apprécier.
On parle beaucoup aujourd'hui de progrès et d'évolution. Qu'a fait notre sainte religion pour la civilisation ? Elle a renversé les idoles impures du paganisme, elle a fondé la morale la plus élevée, elle a condamnée et détruit l'esclavage, elle a conservé son flambeau toujours allumé pour éclairer les siècles les moins clairvoyants, et partout ses missionnaires, devançant les commerçants et les guerriers, ont porté la science et des mœurs plus douces au milieu des peuples sauvages. Moteur de toute la vie de l'esprit du millénaire médiéval, c'est à la religion chrétienne que nous devons les plus purs chefs-d'œuvre de notre culture en peinture, en architecture, en littérature, en musique (c'est un moine qui l'inventa)... C'est aux bénédictins que nous devons l'aménagement de l'Europe et sa civilisation. Nul ne peut opposer  au Christianisme des faits aussi éclatants.

     Quels ont été les meilleurs rois ? L'histoire nous les montre parmi ceux qui, se regardant comme les représentants de Dieu sur la terre, et sachant qu'ils devaient compte de la manière dont ils remplissaient leur mission, se sont efforcés d'améliorer le sort de leurs sujets par la modération, la justice et l'exemple de leurs vertus. Saint Louis est en la matière le souverain le plus célèbre, mais on peut citer l'infortuné Louis XVI, qui, conscient de son rôle, ne fit jamais répandre le sang pour sa défense. Tandis que pour le prince qui ne croit à rien il n'y a pas de frein : il n'admet ni supérieur à son autorité, ni juge pour ses actions. Le Christianisme, en subordonnant le pouvoir politique au pouvoir spirituel, a partout limité les abus de l'imperium antique.

        Descendons dans la famille.
     Comment peut se constituer un bon ménage ? N'est-ce pas sous l'égide de la religion, avec des promesses de fidélité, d'affection, de déférence faites au pied des autels, en face de Dieu ? Sans ces engagements sacrés, sans le sacrement qui unit les deux époux, que reste-t-il ? Des associations qu'on rompt sans scrupule, par caprice, et qui ne produisent que l'abandon, la misère et les larmes.

     Il y a, il est vrai, de mauvais ménages malgré le sacrement reçu ! Le cœur humain est sujet à bien des égarements et des inconstances ; mais, soyons justes : mettons en présence deux ménages, l'un où règne la religion, l'autre où les principes religieux sont oubliés ; avec certitude vous verrez dans le premier le mari plus doux, plus rangé, plus attentionné, plus fidèle, la femme plus dévouée, plus consacrée à ses devoirs de mère et d'épouse, les enfants mieux élevés, mieux instruits ; dans le second, plus de vices, plus de désordres, plus de querelles dans tous les membres de la famille. En peut-il être autrement ? Croit-on que ce ne soit pas un puissant moyen pour se corriger, s'amender, se supporter les uns les autres, de s'agenouiller tous ensemble devant un crucifix en demandant aide et protection à Dieu, d'entendre tous les dimanches une parole qui vous rappelle vos devoirs, de recourir à ce tribunal où on avoue ses fautes après les avoir reconnues, où on reçoit d'utiles conseils, où on promet une meilleure conduite ? Au contraire, ne jamais faire un retour sur soi-même, ne demander et ne recevoir aucun avis, ne voir que la vie terrestre avec ses jouissance, ne penser qu'aux satisfactions grossières du corps, en oubliant les intérêts de son âme et de sa destinée future (ainsi agit l'homme sans religion), c'est fatalement se laisser entraîner sur la pente de toutes les faiblesses et de toutes les tentations de notre nature perverse.



     Ce qui vaut pour des ménages s'applique à toutes les professions ; avec la religion, dans une entreprise, entreront l'ordre et la règle, et disparaîtront les conversations licencieuses, les funestes influences sur la jeunesse, et ces pensées de révolte et d'insubordination qui arrêtent le travail et engendrent la misère ; avec la religion qui commande la charité, qui impose au riche l'obligation de faire une large part au pauvre, celui qui possède la fortune sera plus généreux, plus bienfaisant, moins égoïste ; avec la religion, qui nous montre Notre-Seigneur Jésus-Christ né dans une étable, travaillant de ses mains, le pauvre ne sera plus humilié, il aura droit à tous les égards, à tous les honneurs, et son travail, dont la dignité a été relevée par son Dieu fait homme, retrouvera sa juste valeur ; la vie lui paraîtra moins rude avec la pensée des hautes destinées auxquelles il est appelé.

     Les ennemis de la société, qui sont en même temps les ennemis de la Religion, répandent avec audace sur l'égalité, la liberté et la lutte des classes leurs théories qui doivent, selon eux, faire disparaître la misère. Le bon sens public reconnaît qu'il n'y a dans ces théories rien de possible, rien d'applicable ; que ce sont des chimères au point de vue social, et des causes réelles de jalousie, de perturbation entre les divers membres de la société, propres uniquement à amener les perturbations dans lesquels chacun perd et nul ne gagne. Les révolutions qui font couler des flots de sang ne sont les moteurs d'aucune amélioration, d'aucun bonheur public.


     La religion ne se borne pas à de vagues systèmes, elle agit, elle fonde. C'est elle qui a ouvert ces nombreux asiles où sont accueillis les vieillards, les infirmes et les malades ; c'est elle qui a inspiré ces milliers de femmes admirables ayant renoncé à tous les plaisirs, et consacrées au service de ceux qui souffrent. La charité est un mot et une vertu dont le christianisme a enrichi le monde ; elle se produit sous toutes les formes, chez le missionnaire, chez les membres des associations dévouées au prochain. Quelles sont les voix qui plaident et gagnent sans cesse la cause des pauvres ? Ne sont-ce pas les voix du prêtre ? Bien avant le socialisme, c'est au catholicisme que l'ont doit les premières réflexions sur la condition ouvrière (Rerum novarum de Léon XIII) Et à tous les instants de sa vie, depuis le jour de sa naissance jusqu'à son dernier jour, n'est-ce pas du prêtre encore que l'homme reçoit les secours pour bien vivre et bien mourir ? Oui, c'est la religion qui est sa plus fidèle compagne !

     Sans doute on peut négliger la pratique de la religion par indifférence, par respect humain, par entraînement des passions, sans se déclarer son ennemi ; cette négligence a son excuse et peut s'expliquer ; mais attaquer, combattre, s'efforcer de renverser cette grand bienfaitrice de l'humanité, c'est ou un aveuglement volontaire ou une perversité. Qu'ils sont à plaindre, ces aveugles et ces pervers ! Ils n'ont jamais goûté ce qu'il y a de douceur dans la prière ; ils ont oublié la joie ineffable qui inondait leur cœur au jour de leur première communion ; ils ne se doutent pas de la consolation que la grâce divine répand dans une âme qui souffre, de la force qu'on puise dans les sacrements pour supporter le poids de la vie. Ils n'ont donc jamais vécu avec un de ces hommes que nous appelons Saints, dont la figure est sereine, dont l'âme est pure, dont toute la conduite est exemplaire, qui attirent tous les cœurs par leur affabilité, et répandent autour d'eux le doux parfum de toutes les vertus. Ils n'ont donc jamais vu mourir un de ces vrais chrétiens quittant cette terre avec calme, résignation, avec joie même pour une meilleur destinée et relevant les yeux éteints à notre soleil pour entrevoir les rayons d'une céleste béatitude.






dimanche 25 novembre 2012

Vanitas !


Vanitas



u'on s'imagine un nombre d'hommes dans les chaînes, et tous condamnés à la mort, dont les uns étant chaque jour égorgés à la vue des autres, ceux qui restent voient leur propre condition dans celle de leurs semblables,et, se regardant l'un l'autre avec douleur et sans espérance, attendent à leur tour ! »

     « Il ne faut pas avoir l'âme fort élevée pour comprendre qu'il n'y a point ici de satisfaction véritable et solide, que tous nos plaisirs ne sont que vanité, que nos maux sont infinis, et qu'enfin la mort, qui nous menace à chaque instant, doit infailliblement nous mettre dans peu d'années dans l'horrible nécessité d'être éternellement ou anéantis, ou malheureux.
       Il n'y a rien de plus réel que cela, ni de plus terrible. Faisons tant que nous voudrons les braves : voilà la fin qui attend la plus belle vie du monde. Qu'on fasse réflexion là-dessus, et qu'on dise ensuite s'il n'est pas indubitable qu'il n'y a de biens en cette vie qu'en l'espérance d'une autre vie, qu'on n'est heureux qu'à mesure qu'on s'en approche, et que, comme il n'y aura plus de malheurs pour ceux qui avaient une entière assurance de l'éternité, il n'y a point aussi de bonheur pour ceux qui n'en ont aucune lumière ! »

     « Et tout ce qu'il nous importe de connaître est que nous sommes misérables, corrompus, séparés de Dieu, mais rachetés par Jésus-Christ. Et c'est de quoi nous avons des preuves admirables sur la terre. »

     « Malgré la vue de toutes nos misères, qui nous touchent, qui nous tiennent à la gorge, nous avons un instinct que nous ne pouvons réprimer qui nous élève. »

     « Libidino sentiendi, libidino sciendi, libidino dominandi. Malheureuse la terre de malédiction que ces trois fleuves de feu embrasent plutôt qu'ils n'arrosent ! Heureux ceux qui, étant sur ces fleuves, non pas plongés, non pas entraînés, mais immobilement affermis sur ces fleuves, non pas debout, mais assis, dans une assiette basse et sûre, dont ils ne se relèvent pas avant la lumière, mais après s'y être reposés en paix, tendant la main à celui qui les doit élever pour les faire tenir debout et fermes dans les porches de la sainte Jérusalem où l'orgueil ne pourra plus les combattre et les abattre ! Et qui cependant pleurent, non pas de voir écouler toutes les choses périssables que ces torrents entraînent, mais dans le souvenir de leur chère patrie, de la Jérusalem céleste, dont ils se souviennent sans cesse dans la longueur de leur exil. »

Pascal, Les Pensées



Ô bon Jésus, c'est pour moi que vous êtes venu !
C'est pour moi que votre Sang vous avez répandu !
Et que votre Passion pour moi ne soit pas vaine !
Que du haut des Cieux vous vous souveniez de moi !
Divin Sauveur, ayez pitié de moi ! 
Accueillez-moi dans votre Royaume !





dimanche 14 octobre 2012

Universalité et sagesse du Christianisme





e Christianisme, n'étant pas d'institution humaine, vit en paix avec le peuple et avec César, s'accommode aux monarchies comme aux oligarchies et aux démocraties : les empires ont trouvé en lui leur appui le plus ferme, il n'a rien ôté à la vertu des républiques. Il fait des sujets ou des citoyens, nulle part des démagogues ou des esclaves. Il coupe dans sa racine l'orgueil de ceux qui commandent, il ennoblit l'obéissance, en rattachant l'obéissance à sa source la plus haute ; mais aussi il enseigne à tous le prix de l'homme, la dignité de son origine, la valeur de son âme rachetée, la promesse de l'avenir, et tout ce vaste et fécond enseignement se résume en un seul germe et comme en un seul mot : Jésus-Christ. D'un bout du monde à l'autre, partout où règne la religion du Christ, il faut admirer la résignation qui sait souffrir et mourir, le courage qui sait parler et protester, la soumission sans la servilité, la liberté sans licence et sans orgueil, le même amour de Jésus-Christ inspirant le même amour de l'humanité, élevant toutes les vertus à ce degré que les anciens nommaient la sagesse et qu'ils croyaient au-dessus de nos efforts, que les chrétiens nomment la sainteté, le plus beau et le plus grand des spectacles que puisse voir l'œil de l'homme, le plus beau fruit de l'Église et de ses enseignements.

Petites lectures, 1870-1875

mardi 8 mai 2012

Joseph de Maistre, à propos des femmes et l'Évangile




outes les législations antiques méprisent les femmes, les dégradent, les gênent, les maltraitent plus ou moins.

La femme, dit la loi de Menu, est protégée par son père dans l'enfance, par son mari dans la jeunesse, et par son fils dans la vieillesse ; jamais elle n'est propre à l'état d'indépendance. La fougue indomptable du tempérament, l'inconstance du caractère, l'absence de toute affectation permanente, et la perversité naturelle qui distinguent les femmes ne manqueront jamais, malgré toutes les précautions imaginables, de les détacher en peu de temps de leurs maris.

     Platon veut que les lois ne perdent pas les femmes de vue même un instant : «Car, dit-il, si cet article est mal ordonné, elles ne sont plus la moitié du genre humain ; elles sont plus de la moitié, et autant de fois plus de la moitié qu'elles ont de fois moins de vertu que nous. »

     Qui ne connaît l'incroyable esclavage des femmes à Athènes, où elles étaient assujetties à une interminable tutelle ; où, à la mort d'un père qui ne laissait qu'une fille mariée, le plus proche parent du mort avait droit de l'enlever à son mari et d'en faire sa femme ; où un mari pouvait léguer la sienne, comme une portion de sa propriété, à tout individu qu'il lui plaisait de choisir pour son successeur, etc. ?

     Qui ne connaît encore les duretés de la loi romain envers les femmes ? On dirait que, par rapport au second sexe, les instituteurs des nations avaient tous été à l'école d'Hippocrate, qui le croyait mauvais dans son essence même. La femme, dit-il, est perverse par nature : son penchant doit être journellement réprimé, autrement il pousse en tous sens, comme les branches d'un arbre. Si le mari est absent, des parents ne suffisent point pour la garder : il faut un ami dont le zèle ne soit point aveuglé par l'affection.

     Toutes les législations, en un mot, ont pris des précautions plus ou moins sévères contre les femmes ; de nos jours encore elles sont esclaves sous l'Alcoran, et bêtes de somme chez le Sauvage : l'Évangile seul a pu les élever au niveau de l'homme en les rendant meilleures ; lui seul a pu proclamer les droits de la femme après les avoir fait naître, et les faire naître en s'établissant dans le cœur de la femme, instrument le plus actif et le plus puissant pour le bien comme pour le mal. Éteignez, affaiblissez seulement jusqu'à un certain point, dans un pays chrétien, l'influence de la loi divine, en laissant subsister la liberté qui en était la suite pour les femmes, bientôt vous verrez cette noble et touchant liberté dégénérer en une licence honteuse. Elles deviendront les instruments funestes d'un corruption universelle qui atteindra en peu de temps les parties vitales de l'État. Il tombera en pourriture, et sa gangréneuse décrépitude fera à la fois honte et horreur.

     Un Turc, un Persan, qui assistent à un bal européen, croient rêver : ils ne comprennent rien à ces femmes,

Compagnes d'un époux et reines en tous lieux,
Libres sans déshonneur, fidèles sans contrainte,
Et ne devant jamais leurs vertus à la crainte.

     C'est qu'ils ignorent la loi qui rend ce tumulte et ce mélange possibles. Celle même qui s'en écarte lui doit sa liberté. S'il pouvait y avoir sur ce point du plus et du moins, je dirais que les femmes sont plus redevables que nous au christianisme. L'antipathie qu'il a pour l'esclavage (qu'il éteindra toujours doucement et infailliblement partout où il agira librement) tient surtout à elles : sachant trop combien il est aisé d'inspirer le vice, il veut au moins que personne n'ait le droit de le commander (A).

     Enfin aucun législateur ne doit oublier cette maxime : Avant d'effacer l'Évangile, il faut enfermer les femmes, ou les accabler par des lois épouvantables, telles que celles de l'Inde.


___________________

(A) Il faut remarquer aussi que si le christianisme protège la femme, elle, à son tour, a le privilège de protéger la loi protectrice à un point qui mérite beaucoup d'attention. On serait même tenté de croire que cette influence tient à quelque affinité secrète, à quelque loi naturelle. Nous voyons le salut commencer par une femme annoncée depuis l'origine des choses : dans toute l'histoire évangélique, les femmes jouent un rôle très remarquable ; et dans toutes les conquêtes célèbres du christianisme, faites tant sur les individus que sur les nations, toujours on voit figurer une femme. Cela doit être, puisque... Mais j'ai peur que cette note devienne trop longue.



Joseph de Maistre, dans Éclaircissement sur les sacrifices, chapitre II (extrait).

mardi 17 avril 2012

Le culte extérieur


LE CULTE EXTÉRIEUR

n avocat et un professeur de mathématique bavardent ensemble dans un train lorsque la vue d'une église par la fenêtre fait glisser la conversation sur la religion. « A quoi bon des églises ? demande l'avocat ; le seul temple digne de l'Être suprême, n'est-ce pas l'univers ? et puis que signifie cet appareil extérieur que les catholiques déploient dans leurs cérémonies religieuses ? tout cela n'est propre qu'à matérialiser la religion.

— Jusqu'ici, répond gravement le professeur, je vous avais pris pour un homme ; je vois maintenant que vous êtes un ange.

— S'il y a un ange ici, reprend poliment l'avocat, c'est vous, monsieur le mathématicien. 

— Vous consentez donc, réplique celui-ci, à compter parmi les individus de l'espèce humaine ? dès lors, vous me permettrez de trouver dans vos paroles une extrême légèreté ; car, je le répète, à moins que vous ne soyez un de ces purs esprits qui, n'ayant rien de commun avec la matière, voient la vérité face à face, vous ne sauriez vous dispenser d'admettre les propositions suivantes :

« N'est-il pas vrai qu'il faut prendre l'homme tel qu'il est, composé d'un corps et d'une âme ? »
« N'est-il pas vrai que vos sens sont les organes de vos perceptions ? »
« N'est-il pas vrai que notre âme est tellement dépendante de nos sens qu'elle n'est guère touchée que de ce qui les frappe ? »
« N'est-il pas vrai que l'homme doit à Dieu l'hommage de son être tout entier ? »
« N'est-il pas vrai que tous les jours, au barreau, vous revêtez votre éloquente parole d'images sensibles, que vous l'accompagnez de gestes et d'inflexions variées, c'est-à-dire que vous prenez tous les moyens de parler aux sens de vos auditeurs, afin de les captiver, de les toucher et de faire passer vos convictions dans leur âme ? »
« N'est-il pas vrai qu'au palais vous employez un costume particulier, que vous observez certaines formes solennelles, afin d'imprimer plus de respect pour les juges et les jugements ? »

     Or, dites-moi, qu'est-ce que tout cela, sinon le culte extérieur de la justice humaine, et pourquoi tout cela, sinon parce que vous traitez, non avec des anges, mais avec des hommes, c'est-à-dire avec des créatures soumises à des sens ?
     Si donc, Maître, vous voulez condamner le culte extérieur de l'Église, soyez conséquent avec vous-même et commencez par retrancher de vos discours tout ce qui parle aux sens ; du barreau, tous les rites et tous les costumes consacrés, de l'administration de la justice, toutes les formes extérieures destinées à inspirer le respect des magistrats et des lois; ou plutôt faites que l'homme soit un ange ; mais, tant que l'homme sera une intelligence servie et trop souvent asservie par des organes, vouloir réduire la religion au pur spirituel, c'est attaquer son empire le plus légitime et la désarmer...




ans toutes les langes le mot culte veut dire honneur, respect, vénération. Dans la langue religieuse, nous appelons culte intérieur les sentiments de foi, d'admiration, de respect, de reconnaissance, d'amour et de soumission que nous devons avoir pour Dieu ; nous appelons culte extérieur les signes sensibles par lesquels nous manifestons ces sentiments, comme les génuflexions, les prières, les vœux, les offrandes ; mais lorsque ces témoignages ne sont pas accompagnés des sentiments du cœur, ce n'est plus un culte vrai et sincère, c'est une pure hypocrisie, vice que Jésus-Christ et les prophètes ont souvent reproché aux juifs.

Pour achever la définition du mot culte, nous dirons que nous reconnaissons : le culte suprême, qui se compose des sentiments et des témoignages qui ne sont dus qu'à Dieu ; le culte inférieur et subordonnée, que nous rendons aux anges et aux saints et par lequel nous respectons et honorons en eux les grâces surnaturelles que Dieu leur a faites, la dignité à laquelle il les a élevée, le pouvoir qu'il leur concède. Nous demandons à Dieu de nous accorder ses grâces par lui-même, et nous supplions les anges et les saints de les obtenir pour nous par leur intercession ; cela est très différent.

     Le culte extérieur ne s'exerce pas sans cérémonies. On entend par cérémonies religieuses des actions mystérieuses et extérieures établies pour accompagner le culte divin et le rendre plus auguste et plus expressif. En effet, toutes renferment et expriment un sens caché ; on dirait un voile transparent qui laisse entrevoir des choses purement spirituelles ; toutes ont leur raison d'être, leur but et leur explication ; toutes aussi, pour être agréables à Dieu, doivent s'exercer suivant les prescriptions de Dieu même ou de ses ministres ; de là le rit.
On appelle rit un usage ou une cérémonie selon l'ordre prescrit. Le mot rit vient du mot latin rite ou recte, qui veut dire ce qui est bien fait, ce qui est conforme à l'ordre ; ainsi les rites catholiques sont les cérémonies religieuses comme elles sont prescrites par l'Église catholique. Le rit romain, le rit milanais, le rit parisien, ce sont les cérémonies telles qu'elles sont prescrites à Romes, à Milan, à Paris.

     Le culte extérieur, les cérémonies, les rites se rapportent directement ou indirectement à l'acte par excellence de la religion, l'auguste sacrifice de la messe, parce que dans le christianisme, considéré intérieurement et extérieurement, Jésus-Christ est le terme final auquel tout aboutit ; de là le nom de liturgie donné à l'ensemble des cérémonies et des prières qui composent le culte extérieur de l'Église catholique.
     Liturgie est un mot grec qui signifie œuvre publique, œuvre par excellence ; c'est ce que nous nommons aussi en français le service divin. C'est la messe ou la consécration de l'Eucharistie qu'on nomme proprement liturgie, parce qu'elle est la partie la plus auguste du service divin ; voilà pourquoi les livres qui contiennent la manière de célébrer les saints mystères sont nommés les liturgies.

     Pour résumer, dussions-nous répéter ce que nous avons déjà indiqué, le culte extérieur avec ses cérémonies est nécessaire à l'homme pour manifester ses sentiments, pour soutenir, affermir le culte intérieur. « L'homme étant corps et esprit, dit le saint concile de Trente, il ne peut que très difficilement, sans le secours des sens, s'élever à la méditation des choses divines. L'Église, comme une tendre mère, a établi certains rites, institués des cérémonies, pour porter les fidèles, au moyen de ces signes sensibles, à la contemplation des profonds mystères du christianisme. » S'il n'y a pas de Dieu sans religion, il n'est pas moins vrai qu'il n'y a pas de religion sans culte extérieur.


     Cette nécessité du culte extérieur pour l'homme n'est pas moins clairement fondée sur cette raison qu'étant composé d'une double substance, il doit à Dieu l'hommage de son être tout entier. L'âme honore Dieu par le culte intérieur, et le corps l'honore à sa manière par le culte extérieur.

     Il n'a jamais existé de société qui n'ait eu un culte public ; un peuple, sans ce culte, serait un peuple athée, c'est-à-dire dans des conditions telles de confusion, de désordre, d'anarchie (on en sait quelque chose), qu'il ne pourrait subsister. De la religion régnant par son culte, dérivent toutes les lois morales ; elle est le fondement de toutes les autorités, elle maintient l'ordre et la vie sociale, rappelant qu'il y a un Dieu, maître de la nature, souverain législateur, fondateur de la société civile, arbitre des nations, distributeur des biens et des maux, protecteur des familles, vengeur du crime, rémunérateur de la vertu. Sous l'empire de la loi mosaïque, la plupart des cérémonies étaient autant de monuments des faits merveilleux qui prouvaient la mission de Moïse, et la certitude des promesses que Dieu avait faites à son peuple ; elles tenaient les Juifs en garde contre les autres nations et réprimaient leur penchant à l'idolâtrie.

     Sous le christianisme, alors que tous les peuples sont appelés à ne former qu'une seule famille unie par le double lien de la même foi et de la même charité, les cérémonies ont un objet plus auguste encore et un sens plus sublime ; elle nous mettent continuellement sous les yeux un Dieu sanctificateur des hommes, qui, par Jésus-Christ son Fils, nous a rachetés du péché et de la damnation, qui, par des grâces continuelles, pourvoit à tous les besoins de notre âme ; elles sont comme une prédication non interrompue et une profession solennelle des dogmes les plus essentiels à l'homme et à la société ; c'est une leçon de morale intelligible aux ignorants comme aux sages, qui leur rappelle continuellement leurs devoirs envers Dieu, envers leurs semblables, envers eux-mêmes ; le cérémonial des sacrements est particulièrement un tableau des obligations du chrétien dans tous les âges et dans toutes les circonstances de la vie ; malheur à ceux qui ne prêtent aucune attention à ces leçons et sur qui ce langage figuratif ne produit pas, jusqu'au fond de leurs cœurs, les plus vives et les plus salutaires impressions...

mercredi 20 juillet 2011

Les Pensées de M. Pascal : Fr. 182 (extraits, édition Sellier)


De la vraie religion, des misères de l'homme, des remèdes à son état, de sa grandeur passée...

es grandeurs et les misères de l'homme sont tellement visibles qu'il faut nécessairement que la véritable religion nous enseigne et qu'il y a quelque grand principe de grandeur en l'homme et qu'il y a un grand principe de misère.
Il faut encore qu'elle nous rende raison de ces étonnantes contrariétés. 
Il faut que pour rendre l'homme heureux elle lui montre qu'il y a un Dieu, qu'on est obligé de l'aimer, que notre vraie félicité est d'être en lui et notre unique mal d'être séparé de lui, qu'elle reconnaisse que nous sommes pleins de ténèbres qui nous empêchent de le connaître et de l'aimer, et qu'ainsi nos devoirs nous obligeant d'aimer Dieu et nos concupiscence nous en détournant, nous sommes pleins d'injustice. Il faut qu'elle nous rende raison de ces oppositions que nous acons à Dieu et à notre propre bien. Il faut qu'elle nous enseigne les remèdes à ces impuissances et les moyens d'obtenir ces remèdes. Qu'on examine sur cela toutes les religions du monde, et qu'on voie s'il y a en a une autre que la chrétienne qui y satisfasse !

Sera-ce les philosophes, qui nous proposent pour tout bien les biens qui sont en nous ? Est-ce là le vrai bien ? Ont-ils trouvé le remède à nos maux ? Est-ce avoir guéri la présomption de l'homme que de l'avoir mis à l'égal de Dieu ? Ceux qui nous ont égalés aux bêtes et les mahometans, qui nous ont donné les plaisirs de la terre pour tout bien même dans l'éternité, ont-ils apporté le remède à nos concupiscences ?

Quelle religion nous enseignera donc à guérir l'orgueil et la concupiscence ? Quelle religion enfin nous enseignera notre bien, nos devoirs, les faiblesses qui nous en détournent, la cause de ces faiblesses, les remèdes qui les peuvent guérir, et le moyen d'obtenir ces remèdes ? Toutes les autre religions ne l'ont pu. Voyons ce que fera la sagesse de Dieu.

« N'attendez point, dit elle, ô hommes, ni vérité ni consolation des hommes. Je suis celle qui vous ai formés et qui peux seule vous apprendre qui vous êtes.
Mais vous n'êtes plus maintenant en l'état où Je vous ai formés. J'ai créé l'homme saint, innocent, parfait. Je l'ai rempli de lumière et d'intelligence. Je lui ai communique ma gloire et mes merveilles. L'œil de l'homme voyait alors la majesté de Dieu. Il n'était pas alors dans les ténèbres qui l'aveuglent, ni dans la mortalité et dans les misères qui l'affligent. Mais il n'a pu soutenir tant de gloire sans tomber dans la présomption, il a voulu se rendre centre de lui-même et indépendant de mon secours. Il s'est soustrait de ma domination et, s'égalant à moi par le désir de trouver sa félicité en lui-même, je l'ai abandonné à lui, et révoltant les créatures qui lui étaient soumises je les lui ai rendues ennemies, en sorte qu'aujourd'hui l'homme est devenir semblable aux bêtes et dans un tel éloignement de moi qu'à peine lui reste-t-il une lumière confuse de son auteur, tant toutes ses connaissances ont été éteintes ou troublées. Les sens indépendants de la raison et souvent maîtres de la raison l'ont emporté à la recherche des plaisirs. Toute les créatures ou l'affligent ou le tente, et dominent sur lui ou en le soumettant par leur force ou en le charmant par leur douceur, ce qui est une domination plus terrible et plus injurieuse.

Voilà l'état où les hommes sont aujourd'hui. Il leur reste quelque instinct impuissant du bonheur de leur première nature, et ils sont plongés dans les misères de leur aveuglement et de leur concupiscence qui est devenue leur seconde nature.

De ce principe que je vous ouvre vous pouvez reconnaître la cause de tant de contrariétés qui ont étonnée tous les hommes et qui les ont partagés en de si divers sentiments. Observez maintenant tous les mouvements de grandeur et de gloire que l'épreuve de tant de misères ne peut étouffer, et voyez s'il ne faut pas que la cause en soit en une autre nature.

lundi 16 mai 2011

Religion (suite)

IV
RÉSOLUTIONS A PRENDRE AU SUJET DE LA RELIGION


Allégorie de la Foi

ue toutes ces considérations et les preuves sans nombre qui combattent en faveur du Christianisme et de notre Église en particulier, vous invitent à répéter ces paroles et à dire résolument :

— Je veux demeurer insensible à tous ces arguments spécieux et si peu concluants, dont on se sert pour attaquer ma religion. Il n'est pas vrai, je le vois, qu'elle s'oppose aux lumières ; il n'est pas vrai, je le vois encore, que, bonne pour les époques barbares, elle ait cessé de l'être pour nous, puisque, après avoir suffi à la civilisation asiatique, à la civilisation grecque, à la civilisation romaine, aux gouvernements les plus divers du Moyen-Âge, elle a suffi en outre à tous les peuples qui après le Moyen-Âge ont commencé une civilisation nouvelle, et qu'aujourd'hui elle suffit encore à des intelligences qui, en élévation, ne le cèdent à aucune. 

       Depuis les premiers hérésiarques jusqu'à l'école de Voltaire et des siens, jusqu'à celle des relativistes de nos jours, tous les incrédules se sont vantés d'enseigner quelque chose de meilleur, et que jamais aucun ne l'a pu. Il n'est pas sans utilité de citer ici les exemples du communisme, du socialisme, du capitalisme ou encore du nazisme, tous ensemble engeance multiforme abominable d'un siècle détourné de Dieu. Donc ?

       — Donc, tant que je me ferai gloire d'être l'ennemi de la barbarie et le zélateur des lumières, je me ferai gloire aussi d'être catholique, et je plaindrai ceux qui se moquent de moi, ceux qui affectent de me confondre avec les superstitieux et les pharisiens.




       Ceci arrêté, et cette résolution prise, soyez ferme et persévérant ; honorez la religion de tout votre pouvoir par vos sentiments et par votre intelligence, et sachez également la professer parmi les croyants et les incrédules. Mais professez-la sans croire qu'il suffit d'accomplir froidement et matériellement les pratiques du culte ; il faut encore animer de nobles pensées l'observance de ces pratiques, y mettre tout votre cœur, vous élever jusqu'à la contemplation de la sublimité des mystères, sans prétendre orgueilleusement les expliquer ; vous pénétrer enfin des vertus qui en découlent, et n'oubliez jamais qu'adorer seulement par la prière ne suffit pas, si nous ne nous proposons d'adorer Dieu dans toutes nos actions, même les plus petites et les plus triviales. Repoussez dans le même temps loin de vous cette idée du siècle que la religion serait une affaire purement privée ; c'est par toute notre vie qu'il convient de glorifier Dieu.


       « Écoute, Israël: le Seigneur, notre Dieu, est seul Seigneur. Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. » Dt VI, 4-5

       « Et maintenant, Israël, qu'est-ce que le Seigneur ton Dieu demande de toi, si ce n'est que tu craignes le Seigneur ton Dieu, que tu marches dans ses voies, que tu l'aimes, que tu serves le Seigneur ton Dieu en tout ton cœur et en toute ton âme » Dt X, 12.


       «  "Maître, quel est le plus grand commandement de la Loi?  " Il lui dit :  " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. C'est là le plus grand et le premier commandement ." » Mt XXII, 36-38


       Il en est aux yeux de qui brillent de tout leur éclat la beauté et la vérité de la foi catholique ; ceux-là sentent qu'il n'existe aucune philosophie qui soit plus philosophique, plus qu'elle ennemie de toute injustice, plus qu'elle amie de tout ce qui tourne au profit de l'homme ; et cependant ils se laissent tristement aller au courant, ils vivent comme si le Christianisme était l'affaire du peuple, ou de l'homme privé, comme si les esprits cultivés et les hommes publics n'avaient que faire de lui. Ceux-là sont plus coupables que les véritables incrédules, et le nombre en est grand. Ayez en horreur cette tiédeur, cette avachissement qui fait rougir de l'Évangile devant les hommes ; soyez au contraire prêt à chaque instant à verser tout le sang de vos veines pour la Vérité.

      « Celui qui aura eu honte de moi et de mes paroles au milieu de cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l'homme aussi aura honte de lui, lorsqu'il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges. » Mc VIII, 38.




       Que les railleries du monde vous trouvent insensible dès qu'il s'agira de confesser un sentiment noble ; et de tous le plus noble, c'est d'aimer Dieu.

       Si vous passez des fausses doctrines ou de l'indifférence à la profession sincère de la foi catholique, n'allez pas non plus donner aux incrédules le scandaleux spectacle d'une ridicule bigoterie et de scrupules pusillanimes ; soyez humble devant Dieu et devant les hommes, mais sans jamais oublier votre dignité d'homme ni abdiquer la saine raison. Il n'y a de raison contraire à l'Évangile que celle qui se complait dans l'orgueil et la haine.

       « Mais l'heure approche, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité; ce sont de tels adorateurs que le Père demande. Dieu est esprit, et ceux qui l'adorent doivent l'adorer en esprit et en vérité. » Jn IV, 23-24

 



jeudi 7 avril 2011

Religion

III

RELIGION


Saint Augustin et sa mère contemplant les vérités éternelles.


       Une fois établi que l'homme est supérieur à la brute, et qu'il porte en lui quelque chose de divin, nous devons avoir en haute estime tous les sentiments qui contribuent à l'ennoblir; et comme il est évident que ce qui l'ennoblit le plus, c'est d'aspirer, malgré toutes ses misères, à la perfection, à la félicité, à Dieu enfin, force est de reconnaître, sous ce point de vue, l'excellence de la religion, et de la pratiquer.

       Ne vous laissez pas décourager ni par le nombre des hypocrites ni par les railleries de ceux qui vous traiteront d'hypocrite parce que vous serez religieux. Sans force d'âme on n'acquiert aucune vertu, on ne remplit aucun devoir d'un ordre élevé : le piété elle-même n'est pas la conquête d'un cœur pusillanime.

       Vos études et votre raison vous ont amené à reconnaître qu'il n'est pas de religion plus pure que le Christianisme, plus exempte d'erreurs, plus éclatante de sainteté, plus manifestement empreinte du caractère de Dieu. Il n'en est pas qui ait autant contribué à faire avancer et à répandre la civilisation, à détruite l'esclavage, à faire comprendre à tous les mortels leur fraternité devant Dieu, leur fraternité avec Dieu même.

       Appliquez votre esprit à tout ceci et, en particulier, à la solidité des preuves historiques de la religion. Elles sont de nature à résister à tout examen désintéressé.

       Et pour ne pas vous laisser prendre aux sophismes que l'on imagine contre la légitimité de ces preuves, joignez à l'examen que vous en ferez le souvenir de cette foule d'hommes supérieurs qui en reconnurent toute la force, à commencer par quelques penseurs qui appartiennent à notre époque, et en remontant jusqu'à Dante, jusqu'à Saint Thomas, jusqu'à Saint Augustin, jusqu'aux premiers Pères de l'Église.

       Chaque nation vous offre des noms illustres, qu'aucun incrédule n'ose mépriser.

       Le célèbre Bacon, si vanté dans l'école sensualiste, bien loin d'être incrédule comme ses plus chauds panégyristes, fit constamment profession du christianisme. Grotius était chrétien, encore qu'il se soit trompé sur plusieurs points, et il a écrit un traité de la Vérité de la religion. Leibnitz fut un des plus savants apologistes du Christianisme. Newton n'a pas dédaigné de composer un livre sur l'Accord des Évangiles. Locke a traité du Christianisme raisonnable. Volta était un physicien italien de premier ordre, un homme d'un vaste science, et toute sa vie il s'est montré le plus vertueux des catholiques. Ces grandes âmes, et tant d'autres, attestent bien quelque peu que le Christianisme est en harmonie parfaite avec le sens commun, c'est-à-dire avec ce sens qui étend à toutes les questions ses connaissances et ses recherches, qui ne se restreint pas à plaisir, qui ne se borne pas à regarder une seul face des choses, qui ne se laisse pervertir ni par le caprice de la moquerie ni par l'emportement de l'irréligion.

       Considérez, après ces personnages qui possédaient une vaste science, la légion des Saints que l'Église a enfanté depuis deux-milles ans et parmi eux ceux qui ne l'embellissaient pas moins par leur simplicité et leur humble condition. Ils n'étaient ni philosophes ni théologiens, et sont pourtant des amis de Dieu très vénérables. Sainte Jeanne d'Arc ne savait pas lire ; Sainte Thérèse de Lisieux n'a jamais fait de théologie : elle est pourtant reconnue docteur de l'Église ; Saint Jean-Marie Vianney n'était pas à l'aise dans les études, il est un exemple pour les curés du monde entier. Méditez donc ce que le Seigneur, à travers la Sainte Religion Catholique, a fait dans l'âme et le corps de ses fils et filles. Essayez de trouver ailleurs quelle institution a de plus sublimes représentants.

       Ne croyez donc pas ceux qui vous disent que le christianisme est une religion pour les esprits médiocres et que l'athéisme serait la position des gens éclairés, ou qu'à l'inverse ceux qui accusent le catholicisme d'être pratiqué par des riches par tradition familiale ou bourgeoise. L'histoire infirme toutes ces foutaises.

       Joseph de Maistre disait avec raison que « Le christianisme a été prêché par des ignorants et cru par des savants, et c'est en quoi il ne ressemble à rien de connu. »







       Ce même philosophe affirme, toujours dans le cadre des preuves historiques de la religion : « Depuis dix-huit siècles, il [ le Christianisme ] règne sur une grande partie du monde et particulièrement sur la portion la plus éclairée du globe. Cette religion ne s'arrête par même à cette époque antique ; arrivée à sont fondateur, elle se noue à un autre ordre de choses, à une religion typique qui l'a précédée. L'une ne peut être vraie sans que l'autre le soit ; l'une se vante de promettre ce que l'autre se vante de tenir ; en sorte que celle-ci, par une enchaînement qui est une fait visible, remonte à l'origine du monde.

ELLE NAQUIT LE JOUR QUE NAQUIRENT LES JOURS.


       Il n'y a pas d'exemple d'une telle durée; et, à s'en tenir même au christianisme, aucune institution dans l'univers, ne peut lui être opposée. C'est pour chicaner qu'on lui compare d'autres religions : plusieurs caractères frappants excluent toute comparaison ; ce n'est pas ici le lieu de les détailler : un mot seulement, et c'est assez. Qu'on nous montre une autre religion fondée sur des faits miraculeux et révélant des dogmes incompréhensibles, crue pendant dix-huit siècles par une grande partie du genre humain, et défendue d'âge en âge par les premier hommes du temps, depuis Origène jusqu'à Pascal, malgré les derniers efforts d'une secte ennemie, qui n'a cessé de rugir depuis Celse jusqu'à Condorcet.
       Chose admirable ! lorsqu'on réfléchit sur cette grande institution, l'hypothèse la plus naturelle, celle que toutes les vraisemblances environnent, c'est celle d'un établissement divin. Si l'œuvre est humaine, il n'y a plus moyen d'en expliquer le succès : en excluant le prodige, on le ramène.
       Toutes les nations, dit-on, ont pris du cuivre pour de l'or. Fort bien : mais ce cuivre a-t-il été jeté dans le creuset européen, et soumis, pendant dix-huit siècles, à notre chimie observatrice ? ou, s'il a subi cette épreuve, s'en est-il tiré à son honneur ? Newton croyait à l'incarnation ; mais Platon, je pense, croyait peu à la naissance merveilleuse de Bacchus.




[...]


       De plus, il s'est tiré de toutes les épreuves. On dit que la persécution est un vent qui nourrit ou propage la flamme du fanatisme. Soit : Dioclétien favorisa le christianisme ; mais, dans cette supposition, Constantin devait l'étouffer, et c'est ce qui n'est pas arrivé. Il a résisté à tout, à la paix, à la guerre, aux échafauds, aux triomphes, aux poignards, aux délices, à l'orgueil, à l'humiliation, à la pauvreté, à l'opulence, à la nuit du Moyen-Âge et au grand jour des siècles de Léon X et de Louis XIV. Un empereur tout-puissant et maître de la plus grande partie du monde connu épuisa jadis contre lui toutes les ressources de son génie ; il n'oublia rien pour relever les dogmes anciens ; il les associa habilement aux idées platoniques, qui étaient à la mode. Cachant la rage qui l'animait sous le masque d'une tolérance extérieure, il employa contre le culte ennemi les armes auxquelles nul ouvrage humain n'a résisté : il le livra au ridicule ; il appauvrit le sacerdoce pour le faire mépriser ; il le priva de tous les appuis que l'homme peut donner à ses œuvres ; diffamations, cabales, injustices, oppression, ridicule, force et adresse, tout fut inutile ; le Galiléen l'emporta sur Julien le philosophe. »(1)









 (1) Joseph de Maistre in Considérations sur la France, chap. V.


mardi 15 mars 2011

Du devoir des hommes...

DE OFFICIIS VIRORUM*




 
I

NÉCESSITÉ ET PRIX DU DEVOIR

       L'homme ne peut se soustraire à l'idée du devoir; il ne peut méconnaître l'importance de cette idée. Le devoir est inévitablement attaché à notre être; à peine commençons-nous à faire usage de la raison, que déjà la conscience nous avertit du devoir; elle nous en avertit plus vivement encore à mesure que cette raison grandit, et toujours plus fortement selon qu'elle se développe d'avantage. Tout ce qui est hors de nous nous en avertit également, parce que tout est régi par une loi harmonique éternelle. Tout ici-bas, a une destination qui manifeste la sagesse et accomplit la volonté de l'Etre qui est le principe et la fin de tout chose.

       L'homme aussi a sa destination, sa nature. Il faut qu'il soit ce qu'il doit être, s'il ne veut renoncer à l'estime des autres, à sa propre estime, à son bonheur. Sa nature est d'aspirer à la félicité, de comprendre et de prouver qu'il ne peut y atteindre que par la vertu, c'est-à-dire en faisant ce que réclame son intérêt. d'accord avec le système de l'univers, avec les vues de la Providence

       Si, quand la passion nous maîtrise, nous sommes tentés de voir notre bien dans ce qui est contraire au bien des autres et à l'ordre général, toujours est-il que nous ne pouvons nous en convaincre nous-mêmes ; la conscience nous crie : non. Et une fois la passion éteinte, tout ce qui est contraire au bien des autres et à l'ordre ne manque pas de nous faire horreur.

       L'accomplissement du devoir est tellement nécessaire à notre bonheur, que les souffrances et la mort même, qui semblent cependant nous atteindre de la manière la plus directe, se changent en volupté dans le cœur de l'homme magnanime qui souffre et meurt pour être utile à son semblable, ou pour se confirmer aux décrets admirables du Tout-Puissant.

       Dire ce que l'homme doit être, c'est donc définir en même temps le devoir et le bonheur. La religion exprime cette vérité d'une manière sublime en disant qu'il est fait à l'image de Dieu. Son devoir, son bonheur, c'est d'être cette image ; c'est de ne vouloir pas être autre chose ; c'est de vouloir être bon parce que Dieu est bon, parce que Dieu lui a marqué pour but de son existence de s'élever à toutes les vertus et de ne faire qu'un avec Lui.








II

AMOUR DE LA VÉRITÉ

       Le premier de nos devoirs est, sans contredit, l'amour de la Vérité et la Foi dans la Vérité.

       La Vérité, c'est Dieu. Aimer Dieu, aimer la Vérité, c'est une seule et même chose.

       Efforcez-vous, ô mon ami, de vouloir la Vérité, et ne vous laissez pas éblouir par la fausse éloquence de ces sophistes violents et sombres, souvent incrédules, qui travaillent à jeter sur toute chose des doutes perpétuels.  Ces pyrrhoniens cyniques ont recours à la même ruse que celle dont se servit l'antique serpent pour tenter Ève.

       La raison humaine devient folie lorsqu'elle se tourne contre la Vérité pour la combattre, la décréditer, lorsqu'elle s'épuise à soutenir de misérables hypothèses; lorsque, tirant des maux dont la vie est semée des conséquences désespérées, elle nie que la vie soit un bien; lorsque, énumérant quelques désordres apparents de l'univers, elle ne veut pas y reconnaître un ordre général; lorsque, frappée de la nature palpable et mortelle des corps, elle refuse obstinément de croire à l'existence d'un moi immatériel, immortel; lorsqu'elle traite de songe toute distinction entre le vice et la vertu; lorsqu'elle ne veut voir en l'homme qu'une brute, et rien qui lui vienne de Dieu. Cette raison est malade; celui qui professe de telles aberrations est un fou.

       Si l'homme et la nature étaient chose si digne de haine et de mépris, pourquoi perdre le temps à philosopher ? Il faudrait nous tuer; la raison n'aurait pas d'autre conseil à nous donner.

       Poussons le raisonnement : si l'homme n'est pas plus digne que le sol sur lequel il marche, pourquoi condamner le meurtre, l'esclavage, la torture ? Pourquoi s'insurger que le fort opprime le faible : les animaux n'en font-il pas autant ? Si donc l'homme est une espèce mauvaise par nature, qu'avons-nous à châtier ceux qui tuent leurs semblables ? On devrait les en féliciter.

       Inutile de poursuivre dans cette voie, l'absurdité de ces idées ressort déjà d'elle-même.

       Puisque la conscience dit à tous de vivre (car l'exception de quelques esprits malades ne prouve rien); puisque nous vivons pour aspirer au bien; puisque nous sentons que le bien consiste pour l'homme non pas à s'avilir et à se confondre avec les vers, mais à se faire meilleur et à s'élever à Dieu, il est clair que l'emploi légitime de la raison est de donner à l'homme une haute idée de la dignité à laquelle il peut atteindre, et de l'exciter à la conquérir.

       Ceci reconnu, repoussons énergiquement loin de nous le scepticisme,  le nihilisme, le cynisme, l'athéisme, toutes les philosophies qui dégradent l'homme. Imposons-nous à nous-même de croire au Vrai, au Beau, au Bien. Pour croire il faut vouloir croire, il faut aimer la Vérité !

       Cet amour peut seul donner de l'énergie à l'âme; c'est l'énerver que de se complaire à languir dans le doute. Accrochons-nous donc à la Vérité, aimons-la et jurons-lui fidélité; tenons fermement la main de notre Dieu et ne craignons plus les hurlements des loups.

       A la foi dans tous les principes élevés joignez la résolution d'être toujours vous-même l'expression de la vérité dans toutes vos paroles, dans toutes vos actions. Ayez en horreur le mensonge, même le plus léger.

       La conscience de l'homme n'a de repos que dans la vérité. Celui qui ment, son mensonge demeurât-il ignoré, porte son châtiment en lui-même; il sent qu'il trahit un devoir et qu'il se dégrade.

       Pour ne pas prendre la vile habitude de mentir, il n'est qu'un moyen, c'est d'établir que jamais on ne mentira. Faites-vous une exception à cette règle, il n'y aura pas de raison pour ne pas en faire deux, pour ne pas en faire cinquante, pour ne pas en faire cent... Et voilà comment peu à peu tant d'hommes deviennent horriblement enclins à feindre, à exagérer et enfin à calomnier.

       Les époques les plus corrompues sont celles où l'on ment davantage. De là cette défiance de tous envers tous, cette défiance entre le père et le fils; de là ce prodigieux débordement de protestations, de serments et de parjures. De là, dans la diversité des opinions politiques, religieuses, ou même seulement littéraires, ce penchant continuel à supposer des faits et des intentions de nature à flétrir le parti contraire; de là cette conviction que tous moyens sont permis pour décrier ses adversaires, de là la fureur de chercher des témoignages contre ses semblables, et quand on en a trouvé dont on ne peut ignorer ni la frivolité ni la fausseté, cette opiniâtreté à les soutenir, à les amplifier, à paraître les croire concluants. Ceux qui n'ont pas la simplicité du cœur ne voient que duplicité dans le cœur d'autrui. Une personne qui leur déplaît prend-elle la parole, elle ne dira rien qu'à mauvaise intention. Une personne qui leur déplaît prie-t-elle, fait-elle l'aumône, vite ils remercient Dieu de ne pas les avoir faits hypocrites comme elle.

       Quoique né dans une siècle où le mensonge et l'extrême défiance sont choses si communes, demeurez également pur de ces deux vices. Soyez toujours bienveillant pour chacun et ayez une généreuse confiance dans la véracité d'autrui, et si on refuse de croire à la vôtre, ne vous en irritez pas; il doit vous suffire qu'elle brille

Aux regards de Celui qui sonde toute chose.




* Cette série d'articles reprend largement l'œuvre du poète catholique Silvio Pellico : Des devoirs des hommes, traduit de l'italien par Antoine de Latour.