dimanche 29 avril 2012

Portrait du vrai chrétien




'est au vrai chrétien qu'il a été dit : « Regarde et fait suivant le modèle qui t'a été montré sur la montagne ». Ce modèle que le Chrétien doit copier, c'est Jésus-Christ. Ainsi l'on doit trouver dans les actions et la vie d'un chrétien la vie et les actions de Jésus-Christ, puisqu'un vrai chrétien, selon la pensée d'un Saint, c'est un autre Jésus-Christ.

Le vrai chrétien prie, comme Jésus-Christ sur la montagne, avec recueillement, avec humilité, avec confiance.

Il est accessible, comme Jésus-Christ l'était, aux pauvres, aux ignorants, aux petits enfants ; il est sans fierté, sans prétention, sans hauteur. « Il se fait tout à tous, pour les gagner tous ».

Il ne tient rancune à personne, comme Jésus-Christ, qui pardonna ses péchés à la Madeleine repentante ou au bon larron, crucifié avec Lui.

Il prend soin des autres comme de lui-même, comme Jésus-Christ, qui guérissait les malades, enseignait les foules et nourrissait ceux dont Il avait la charge.

Il s'occupe des exclus, comme Jésus-Christ, qui touchait les lépreux, mangeait avec des publicains et qui défendit la pécheresse venue lui offrir du parfum.

Il converse comme Jésus-Christ avec ses disciples ; ses entretiens sont édifiants, charitables, assaisonnés de gravité, de douceur et de simplicité.

Il est humble comme Jésus-Christ, qui, à genoux, lava les pieds des Apôtres et même ceux de Judas dont il connaissait la perfidie ; parmi ses frères, il se regarde comme le moindre et comme le serviteur de tous.

Il obéit comme Jésus-Christ qui fut soumis à Marie et à Joseph, « obéissant jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la croix » : Il obéit à ses parents, à ses maîtres et à tous ses supérieurs, parce qu'il ne regarde en eux que Dieu dont ils tiennent la place.

Il est dans ses repas, comme Jésus-Christ à Cana et à Béthanie, sobre, tempérant, attentif aux besoins des autres, et plus occupé de la nourriture invisible que des viandes grossières dont se nourrit son corps.

Il est avec ses amis comme Jésus-Christ avec Jean et avec Lazare ; il les aimes en Dieu et pour Dieu ; il leur confie cordialement les secrets de son âme ; et s'ils meurent à la grâce, il met tout en œuvre pour les ressusciter.

Il souffre les privations et la pauvreté, comme Jésus-Christ, qui n'avait pas où reposer la tête ; il souffre les contradictions et les calomnies, comme Jésus-Christ a souffert celles des scribes et des pharisiens, laissant à Dieu le soin de la justifier ; il souffre les affronts et les outrages, comme Jésus-Christ, lorsqu'on lui donna un soufflet, qu'on lui cracha au visage, et que, dans le prétoire, on insulta à sa royauté ; il souffre les peines d'esprit, comme Jésus-Christ, triste jusqu'à la mort au jardin des Oliviers, abandonné de tous dans son agonie ; les peines de cœur, comme Jésus-Christ, trahi par un de ses disciples, renié par tous ; les maladies et la mort, comme Jésus-Christ, qui, la tête déchirée par les épines, le corps ensanglanté par les fouets, les pieds et les mains percés par les clous, remit en paix son âme entre les mains de son Père. De sorte que le vrai chrétien peut dire, comme l'Apôtre saint Paul disait de lui-même : « Ce n'est pas moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi ».

HOC FAC ET VIVES

jeudi 19 avril 2012

Cantate Domino canticum novum !



Chantez  maintenant, ô vous, fils et filles de Jérusalem
Car l'empire de satan est fini à jamais
Et la citadelle dolente est jetée à bas.

Chantez et réjouissez-vous, ô vous, peuple de Sion,
Car votre guet n'a pas été vain,
Et la porte noire est brisée ;
Votre Roi l'a franchie,
Et il est vainqueur de la mort.

Chantez et soyez dans la joie, ô vous, enfants d'Israël,
Car votre Roi reviendra,
Et Il réside parmi vous
Tous les jours de votre vie.

Et la Race qui fut desséchée sera renouvelée
Et Il la plantera dans les hauts lieux,
Et la Cité des élus sera éternelle et bienheureuse.

Chantez, ô vous tous, un cantique nouveau au Seigneur,
Car Il a opéré des merveilles !

mardi 17 avril 2012

Le culte extérieur


LE CULTE EXTÉRIEUR

n avocat et un professeur de mathématique bavardent ensemble dans un train lorsque la vue d'une église par la fenêtre fait glisser la conversation sur la religion. « A quoi bon des églises ? demande l'avocat ; le seul temple digne de l'Être suprême, n'est-ce pas l'univers ? et puis que signifie cet appareil extérieur que les catholiques déploient dans leurs cérémonies religieuses ? tout cela n'est propre qu'à matérialiser la religion.

— Jusqu'ici, répond gravement le professeur, je vous avais pris pour un homme ; je vois maintenant que vous êtes un ange.

— S'il y a un ange ici, reprend poliment l'avocat, c'est vous, monsieur le mathématicien. 

— Vous consentez donc, réplique celui-ci, à compter parmi les individus de l'espèce humaine ? dès lors, vous me permettrez de trouver dans vos paroles une extrême légèreté ; car, je le répète, à moins que vous ne soyez un de ces purs esprits qui, n'ayant rien de commun avec la matière, voient la vérité face à face, vous ne sauriez vous dispenser d'admettre les propositions suivantes :

« N'est-il pas vrai qu'il faut prendre l'homme tel qu'il est, composé d'un corps et d'une âme ? »
« N'est-il pas vrai que vos sens sont les organes de vos perceptions ? »
« N'est-il pas vrai que notre âme est tellement dépendante de nos sens qu'elle n'est guère touchée que de ce qui les frappe ? »
« N'est-il pas vrai que l'homme doit à Dieu l'hommage de son être tout entier ? »
« N'est-il pas vrai que tous les jours, au barreau, vous revêtez votre éloquente parole d'images sensibles, que vous l'accompagnez de gestes et d'inflexions variées, c'est-à-dire que vous prenez tous les moyens de parler aux sens de vos auditeurs, afin de les captiver, de les toucher et de faire passer vos convictions dans leur âme ? »
« N'est-il pas vrai qu'au palais vous employez un costume particulier, que vous observez certaines formes solennelles, afin d'imprimer plus de respect pour les juges et les jugements ? »

     Or, dites-moi, qu'est-ce que tout cela, sinon le culte extérieur de la justice humaine, et pourquoi tout cela, sinon parce que vous traitez, non avec des anges, mais avec des hommes, c'est-à-dire avec des créatures soumises à des sens ?
     Si donc, Maître, vous voulez condamner le culte extérieur de l'Église, soyez conséquent avec vous-même et commencez par retrancher de vos discours tout ce qui parle aux sens ; du barreau, tous les rites et tous les costumes consacrés, de l'administration de la justice, toutes les formes extérieures destinées à inspirer le respect des magistrats et des lois; ou plutôt faites que l'homme soit un ange ; mais, tant que l'homme sera une intelligence servie et trop souvent asservie par des organes, vouloir réduire la religion au pur spirituel, c'est attaquer son empire le plus légitime et la désarmer...




ans toutes les langes le mot culte veut dire honneur, respect, vénération. Dans la langue religieuse, nous appelons culte intérieur les sentiments de foi, d'admiration, de respect, de reconnaissance, d'amour et de soumission que nous devons avoir pour Dieu ; nous appelons culte extérieur les signes sensibles par lesquels nous manifestons ces sentiments, comme les génuflexions, les prières, les vœux, les offrandes ; mais lorsque ces témoignages ne sont pas accompagnés des sentiments du cœur, ce n'est plus un culte vrai et sincère, c'est une pure hypocrisie, vice que Jésus-Christ et les prophètes ont souvent reproché aux juifs.

Pour achever la définition du mot culte, nous dirons que nous reconnaissons : le culte suprême, qui se compose des sentiments et des témoignages qui ne sont dus qu'à Dieu ; le culte inférieur et subordonnée, que nous rendons aux anges et aux saints et par lequel nous respectons et honorons en eux les grâces surnaturelles que Dieu leur a faites, la dignité à laquelle il les a élevée, le pouvoir qu'il leur concède. Nous demandons à Dieu de nous accorder ses grâces par lui-même, et nous supplions les anges et les saints de les obtenir pour nous par leur intercession ; cela est très différent.

     Le culte extérieur ne s'exerce pas sans cérémonies. On entend par cérémonies religieuses des actions mystérieuses et extérieures établies pour accompagner le culte divin et le rendre plus auguste et plus expressif. En effet, toutes renferment et expriment un sens caché ; on dirait un voile transparent qui laisse entrevoir des choses purement spirituelles ; toutes ont leur raison d'être, leur but et leur explication ; toutes aussi, pour être agréables à Dieu, doivent s'exercer suivant les prescriptions de Dieu même ou de ses ministres ; de là le rit.
On appelle rit un usage ou une cérémonie selon l'ordre prescrit. Le mot rit vient du mot latin rite ou recte, qui veut dire ce qui est bien fait, ce qui est conforme à l'ordre ; ainsi les rites catholiques sont les cérémonies religieuses comme elles sont prescrites par l'Église catholique. Le rit romain, le rit milanais, le rit parisien, ce sont les cérémonies telles qu'elles sont prescrites à Romes, à Milan, à Paris.

     Le culte extérieur, les cérémonies, les rites se rapportent directement ou indirectement à l'acte par excellence de la religion, l'auguste sacrifice de la messe, parce que dans le christianisme, considéré intérieurement et extérieurement, Jésus-Christ est le terme final auquel tout aboutit ; de là le nom de liturgie donné à l'ensemble des cérémonies et des prières qui composent le culte extérieur de l'Église catholique.
     Liturgie est un mot grec qui signifie œuvre publique, œuvre par excellence ; c'est ce que nous nommons aussi en français le service divin. C'est la messe ou la consécration de l'Eucharistie qu'on nomme proprement liturgie, parce qu'elle est la partie la plus auguste du service divin ; voilà pourquoi les livres qui contiennent la manière de célébrer les saints mystères sont nommés les liturgies.

     Pour résumer, dussions-nous répéter ce que nous avons déjà indiqué, le culte extérieur avec ses cérémonies est nécessaire à l'homme pour manifester ses sentiments, pour soutenir, affermir le culte intérieur. « L'homme étant corps et esprit, dit le saint concile de Trente, il ne peut que très difficilement, sans le secours des sens, s'élever à la méditation des choses divines. L'Église, comme une tendre mère, a établi certains rites, institués des cérémonies, pour porter les fidèles, au moyen de ces signes sensibles, à la contemplation des profonds mystères du christianisme. » S'il n'y a pas de Dieu sans religion, il n'est pas moins vrai qu'il n'y a pas de religion sans culte extérieur.


     Cette nécessité du culte extérieur pour l'homme n'est pas moins clairement fondée sur cette raison qu'étant composé d'une double substance, il doit à Dieu l'hommage de son être tout entier. L'âme honore Dieu par le culte intérieur, et le corps l'honore à sa manière par le culte extérieur.

     Il n'a jamais existé de société qui n'ait eu un culte public ; un peuple, sans ce culte, serait un peuple athée, c'est-à-dire dans des conditions telles de confusion, de désordre, d'anarchie (on en sait quelque chose), qu'il ne pourrait subsister. De la religion régnant par son culte, dérivent toutes les lois morales ; elle est le fondement de toutes les autorités, elle maintient l'ordre et la vie sociale, rappelant qu'il y a un Dieu, maître de la nature, souverain législateur, fondateur de la société civile, arbitre des nations, distributeur des biens et des maux, protecteur des familles, vengeur du crime, rémunérateur de la vertu. Sous l'empire de la loi mosaïque, la plupart des cérémonies étaient autant de monuments des faits merveilleux qui prouvaient la mission de Moïse, et la certitude des promesses que Dieu avait faites à son peuple ; elles tenaient les Juifs en garde contre les autres nations et réprimaient leur penchant à l'idolâtrie.

     Sous le christianisme, alors que tous les peuples sont appelés à ne former qu'une seule famille unie par le double lien de la même foi et de la même charité, les cérémonies ont un objet plus auguste encore et un sens plus sublime ; elle nous mettent continuellement sous les yeux un Dieu sanctificateur des hommes, qui, par Jésus-Christ son Fils, nous a rachetés du péché et de la damnation, qui, par des grâces continuelles, pourvoit à tous les besoins de notre âme ; elles sont comme une prédication non interrompue et une profession solennelle des dogmes les plus essentiels à l'homme et à la société ; c'est une leçon de morale intelligible aux ignorants comme aux sages, qui leur rappelle continuellement leurs devoirs envers Dieu, envers leurs semblables, envers eux-mêmes ; le cérémonial des sacrements est particulièrement un tableau des obligations du chrétien dans tous les âges et dans toutes les circonstances de la vie ; malheur à ceux qui ne prêtent aucune attention à ces leçons et sur qui ce langage figuratif ne produit pas, jusqu'au fond de leurs cœurs, les plus vives et les plus salutaires impressions...

mercredi 4 avril 2012

Le prix de notre salut



ieu s'est anéanti jusqu'à la chair, jusqu'à la mort, jusqu'à la croix : qui appréciera à sa juste valeur ce que fut l'humilité, la douceur, la générosité du Seigneur en revêtant la chair, en étant condamné à mort, en étant soumis à la honte de la croix ? « Mais, dira-t-on, le Créateur n'aurait-il pas pu réparer son œuvre sans que ce soit si difficile ? » Il aurait pu, mais il a préféré le faire à ses dépens, pour que le vice détestable et odieux de l'ingratitude n'en prenne pas occasion pour s'introduire en l'homme. Oui, il a assumé de grands travaux, et par là l'homme lui devrait un grand amour, la difficulté de la rédemption éveillant en lui une action de grâce que la facilité de la création n'avait guère suscité. Que disait, en effet, l'homme ingrat, de sa création ? « J'ai été créé gratuitement, et cela n'a coûté ni travail, ni fatigue, à mon créateur : il lui a suffi d'ouvrir la bouche pour que je sois, comme pour tout ce qui est. » Et l'homme s'en est fait une excuse pour ses péchés.

Mais maintenant, ce que tu as coûté à Dieu est plus clair que le jour, ô homme ! Il n'a pas dédaigné, lui, le Seigneur, de se faire esclave ; lui, le riche, de se faire pauvre ; lui, le Verbe, de se faire chair ; lui, le Fils de Dieu, de se faire fils de l'homme. Rappelle-toi donc que s'il t'a fait de rien, il ne t'a pas racheté pour rien

S. Bernard, sermon 11 sur le Cantique des cantiques.

vendredi 23 mars 2012

Fragment sur la Providence



  


e succès ici-bas n'appartient pas toujours aux justes, et il ne justifie jamais le coupable, voilà la vérité. Après l'avoir constaté, après avoir établi fermement qu'il faut estimer les choses humaines par la morale et non par le profit, il est consolant de pouvoir ajouter, qu'en thèse générale et malgré des exceptions éclatantes, c'est la cause juste qui réussit. La Providence permet parfois le triomphe du mal pour que nous ne puissions douter de la vie à venir (déjà qu'avec toutes ses misères, les hommes ne cessent pas de s'enchaîner au monde, alors sans...), et pour que nous apprenions à nous attacher uniquement à la justice et non pas à ses récompenses (tel est le propos global du Livre de Job), mais gardons-nous de prendre l'exception pour la règle et de fournir une excuse aux âmes faibles en proclamant le divorce éternel du succès et de la vertu. Ne disons pas que le succès a pour condition nécessaire l'injustice, afin de trouver dans cette prétendue nécessité le prétexte d'une nouvelle morale qui ne serait que la négation de la morale, car c'est là non seulement un crime contre la vertu, mais encore une bêtise.

       Le plus grand de tous les vaincus, n'est-ce pas Jésus-Christ crucifié ? Les fidèles, qui pleurent au pied de sa croix, croient-ils que tout soit fini avec sa mort ? ils pleurent, mais cette défaite est le plus grand de tous les triomphes de l'univers. La persécution des chrétiens commence à cette croix et dure quatre siècles dans ces prétoires où les apôtres sont traînés les mains liées, dans ces cachots où ils luttent contre la faim, dans ces arènes où on les expose aux bêtes, dans ces catacombes où ils cachent leurs mystères et leurs espérances ; croient-ils donc que le Christ vaincu parce qu'il mourut ? attendez encore et vous allez voir luire la première aurore de la victoire, qui sera saluée dans le monde par des cris de joie ; ce triomphe n'arrive qu'après plusieurs siècles, il coûte du sang, mais il est magnifique et il établit son règne sur toute la terre. Pareillement pour nous, à titre individuel ou collectif, les tribulations du siècle ne sont qu'un état temporaire, dont on ne saurait se plaindre, car cent ans de peines est un prix fort modeste pour une éternité de gloire. Celui qui sème dans la douleur récoltera dans l'allégresse !

jeudi 8 mars 2012

Tout est grâce !




Tout est grâce !


Quand l'été vient, le pauvre adore !
L'été, c'est la saison du feu
C'est l'air tiède et la fraîche aurore,
L'été, c'est le regard de Dieu.
L'été, la nature éveillée
Partout se répand en tous sens,
Sur l'arbre en épaisse feuillée,
Sur l'homme en bienfaits caressants.


Tout ombrage alors semble dire :
Voyageur, viens te reposer !
Elle met dans l'aube un sourire,
Elle met dans l'onde un baiser.
Elle donne vie et pensée
Aux pauvres de l'hiver sauvés,
Du soleil à pleine rosée,
Et le ciel pur qui dit : vivez.


Alors l'âme du pauvre est pleine :
Humble il bénit ce Dieu lointain,
Dont il sent la céleste haleine
Dans tous les souffles du matin.
L'air le réchauffe et le pénètre,
Il fête le printemps vainqueur,
Car l'oiseau chante à sa fenêtre,
La gaîté chante dans son cœur.


Alors si l'orphelin s'éveille
Sans toit, sans mère en priant Dieu,
Une voix lui dit à l'oreille :
« Eh bien, viens sous mon dôme bleu !
Viens j'ai des fruits d'or, j'ai des roses,
J'en remplirai tes petits bras ;
Je te dirai de douces choses
Et peut-être tu souriras.


Je voudrais te voir sourire,
Pauvre enfant si triste et si beau,
Et puis tout bas j'irai le dire
A ta mère dans son tombeau.
J'ai souvent pensé dans mes rêves
Que la nature du front sacré
Dédiait tout bas ses merveilles
A ceux qui l'hiver ont pleuré.


Pour tous et pour le méchant même
Elle est bonne, Dieu le permet,
Dieu le veut, mais surtout elle aime
Le pauvre que Jésus aimait !
A-t-il faim ? au fruit de la branche
Elle dit : — Tombe, fruit vermeil !
A-t-il soif ? — Que l'onde s'épanche !
A-t-il froid ? — Lève-ton, soleil !


Lorsqu'il est temps que l'été meure
Sous l'hiver sombre et solennel,
Même à travers le ciel qui pleure
On voit un sourire éternel,
Car sur les familles souffrantes
L'hiver, l'été, la nuit, le jour,
Avec des cornes différentes
Dieu verse à grands flots son amour.


Quand la nature paraît morte
De l'hiver sous la dure loi,
Du pauvre un ange ouvre la porte
Et lui dit en entrant : C'est moi !
Je suis la charité, l'amie
Qui se réveille avant le jour
Quand la nature est endormie,
Et que Dieu m'a dit : A ton tour !


Je viens visiter la chaumière
Veuve de l'été si charmant,
Je suis fille de la prière,
J'ai des mains qu'on ouvre aisément,
J'accours, car la saison est dure !
J'accours, car l'indigent a froit !
J'accours, car la tiède verdure
Ne fait plus d'ombre sur le toit.


Je prie, et jamais je n'ordonne.
Chère à tout homme, quel qu'il soit,
Je laisse la joie à qui donne
Et je l'apporte à qui reçoit.
O figure auguste et modeste
Où le Seigneur mêle pour nous
Ce que l'ange a de plus céleste,
Ce que la femme a de plus doux.

Poème anonyme.