samedi 18 juin 2011

De charitate

 V
     LA PHILANTHROPIE OU CHARITÉ


La charité de Sainte Élisabeth de Thuringe

e n'est que par la religion que l'homme est averti du devoir qui lui commande un amour sans bornes, une ardente charité. Plus de religion, plus de Dieu, et le monde verse dans la barbarie, la haine et le meurtre.

Le Tout-Puissant aime les hommes, et il veut que chacun de nous les aime. Nous l'avons déjà dit, il ne nous est donné d'être bons, d'être contents de nous-mêmes, de nous estimer, qu'à la condition d'imiter en Dieu ce généreux amour, de souhaiter pour nos semblables la vertu et le bonheur, et de leur rendre service aussitôt que nous le pouvons.

       Cet amour résume, pour ainsi dire, toute la vertu de l'homme, et il fait même partie très essentielle de l'amour que nous devons à Dieu. Comme il résulte de plusieurs endroits sublimes des livres saints, et particulièrement de celui-ci :

       « Le Roi dira à ceux qui seront à ma droite : venez, ô bénis de mon Père ! possédez le royaume qui vous est préparé depuis la création du monde. J'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'ai été sans asile, et vous m'avez accueilli ; nu, et vous m'avez couvert ; malade, et vous m'avez visité ; prisonnier, et vous êtes venus à moi. Alors les justes lui répondront : Seigneur, quand est-ce donc que nous vous avons vu ayant faim, et que nous vous avons nourri ? ayant soif, et que nous vous avons donné à boire ? Sans asile, et que nous vous avons accueilli ? Nu, et que nous vous avons vêtu ? Malade ou captif, et que nous sommes venus à vous ? — Et répondant, le Roi leur dira : En vérité, je vous le dis, chaque fois que vous avez fait ces choses pour un de mes frères, fût-ce le plus petit, c'est à moi que vous les avez faites. » (Mt. XXV)

       Formons-nous dans l'esprit un type idéal de l'homme, et efforçons-nous de nous rendre semblables à ce type. Mais n'imaginons rien, ce type, notre religion nous le donne, et quel modèle admirable ! Celui qu'elle offre à notre imitation, c'est l'homme fort et patient au plus haut degré ; — l'irréconciliable ennemi de l'oppression et de l'hypocrisie ; — le philanthrope prêt à tout pardonner, excepté la perversité qui se refuse au repentir ; — celui qui peut se venger et qui ne le veut pas ; — celui qui vit fraternellement avec les pauvres, et qui n'a pas d'anathèmes pour les riches de ce monde, pour peu qu'ils se souviennent qu'ils sont les frères des pauvres et qu'ils doivent user chrétiennement des biens qu'ils possèdent ; — celui qui n'apprécie pas les hommes selon leur science et le degré de leur fortune, mais d'après leurs sentiments et leurs actions ; — c'est l'unique philosophe où ne se rencontre pas la plus petite tache ; — c'est la complète manifestation de Dieu en un être de notre espèce ; — c'est l'Homme-Dieu.



       Un si digne modèle dans l'esprit, avec quelle vénération n'envisage-t-on pas l'humanité ! L'amour se mesure toujours à l'estime. Pour beaucoup aimer l'humanité, il faut l'estimer beaucoup.

       Celui qui, au contraire, se fait de l'homme une idée vague, mesquine, peu élevée ; celui qui se complaît à considérer le genre humain comme un troupeau de bêtes stupides et rusées, qui ne viennent en ce monde que pour satisfaire leurs appétits, pour se reproduire, s'agiter et retourner à la terre ; celui qui ne voit rien de grand dans la civilisation, dans les sciences, dans les arts, dans la recherche de la justice, dans cette aspiration de notre nature que rien ne satisfait, dans cette aspiration vers ce qui est beau, vers ce qui est bon, vers ce qui est divin, ah ! Celui-là, quelle raison aura-t-il de respecter sincèrement son semblable, de l'aimer, de l'entraîner avec lui à la conquête de la vertu, de s'immoler à son bonheur ?

       Pour aimer l'humanité, il faut savoir regarder sans se scandaliser ses faiblesses et ses vices.
Oui, l'humanité est blessée, mais il n'en a pas été toujours ainsi. Rappelons-nous que l'homme a été créé dans un état de sainteté comparable à celui des anges, et qu'avant sa funeste chute, il n'existait en lui aucune tache, aucune tare. Sa volonté ne faisait qu'une avec celle de son Créateur ; aucune passion violente ne l'agitait ; il ne souffrait pas, ne connaissait pas la tristesse et la mort ; sa chair était entièrement soumise à sa saine raison ; il voyait Dieu en face et jouissait sans fin de cette béatitude. Hélas! l'homme, en abusant de la liberté que le Dieu tout-puissant lui avait donnée, a perdu cet état primitif. Non, l'homme d'après la chute n'est pas l'homme qui est sorti des mains bienfaisantes du Dieu vivant, c'est l'homme déchu, l'homme blessé. Mais Dieu n'a pas abandonné l'homme à la mort, parce qu'Il aime sa créature et que sa perte lui était cruelle. Il l'a sauvé. Et comment ? En s'abaissant jusqu'à se faire Homme Lui-même et à mourir pour le salut de sa créature. Quel prodige ! Quel mystère ! Dieu sauve par son propre Sang la créature qui jadis l'avait rejeté. Il n'était absolument pas obligé de le faire. Les mauvais anges, eux, n'ont pas été sauvés. Mais par pure bonté, par une libéralité gratuite et un amour sans fin, Il a relevé l'homme, lui a rendu la vie éternelle.



      « En effet, Dieu a tellement aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point mais ait la vie éternelle. » (Jn III,16)

       Considérons donc l'amour de Dieu pour l'homme, considérons la folie d'amour qu'est le sacrifice de la Croix. Comment pourrions-nous haïr, après cette sainte méditation, quiconque de notre espèce alors que Jésus-Christ a donné sa vie aussi pour lui. Au contraire, l'amour que nous devons avoir pour le Fils de Dieu nous porte de facto à aimer l'humanité entière comme Lui-même l'a fait. Franchissons nos répulsions, franchissons nos inimitiés, nos sympathies, nos jugements téméraires et aimons les hommes avec le Cœur de Jésus, voyons Dieu dans notre prochain. Laissons tomber notre regard humain, souvent étroit et malveillant, et voyons le monde et les hommes comme Dieu voit. A la suite de Karl Leisner, prêtre et martyr, faisons nôtre cette maxime : « De l'amour pour tout être humain ! ».

       Cet amour que nous devons avoir pour le genre humain ne doit pas se limiter seulement à nos amis ou à ceux pour qui nous éprouvons instinctivement de la sympathie, mais bien s'étendre à tous, même à nos ennemis et à ceux qui nous déplaisent selon nos critères subjectifs. Le Fils de l'Homme n'a-t-il pas demandé à son Père éternel le pardon pour ses bourreaux, alors que ces derniers enfonçaient des clous dans sa chair sacrée ? Comment dès lors pourrions-nous encore ruminer une vengeance ou nourrir de la haine pour ceux qui nous persécutent ?

       « Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton proche, et tu haïras ton ennemi. Et moi je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin que vous deveniez enfants de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et descendre la pluie sur les justes et sur les injustes. Si en effet vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les publicains eux-mêmes n'en font-ils pas autant? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d'extraordinaire? Les païens eux-mêmes n'en font-ils pas autant? » (Mt V, 43-47)


« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn XIII, 34)

       « Celui qui aime autrui a de ce fait accompli la loi. En effet, le précepte : tu ne commettras pas d’adultère ; tu ne tueras pas ; tu ne voleras pas ; tu ne convoiteras pas, et tous les autres se résument en ces mots : tu aimeras ton prochain comme toi-même. La charité ne fait point de tort au prochain. La charité est donc la loi dans sa plénitude. » (Rm XIII, 8-10)

Caritas ! Dieu est amour ! C'est le cri des mystiques ! Soyons comme eux embrasé de cette charité qui meut le ciel et les étoiles, et, à l'exemple de notre divin Sauveur, dilatons notre cœur aux dimensions de l'univers.





  

mercredi 15 juin 2011

De la prière en famille

DE LA PRIÈRE EN FAMILLE¹




une époque où la foi était plus vive et les mœurs plus patriarcales que de nos jours; dans ce bon vieux temps de nos pères, où les maîtres nommaient leurs serviteurs mes enfants, et où ceux-ci disaient naïvement chez nous pour désigner la demeure de leurs maîtres, les familles chrétiennes se réunissaient d'ordinaire pour faire en commun la prière du soir. Dieu bénissait cet antique et religieux usage : pourquoi n'y reviendrait-on pas ? Il est moins difficile à établir qu'on ne pense et il ne faut souvent pour cela, de la part d'une maîtresse de maison, qu'un peu d'initiative et de zèle. Là même où il ne se trouve pas de chapelle, on transforme aisément la plus modeste chambre en une sorte d'oratoire, de sanctuaire, en y plaçant quelques objets bénits : une statue de la Vierge, ce refuge assuré de la tendresse maternelle; la pieuse image à laquelle se rattache le souvenir de la première communion d'un enfant, cette croix saintement embrassée par un père vénéré, à son heure dernière, et qui se conserve dans la famille comme une relique chère et sacrée.

       Devant ces précieux symboles, la mère, entourée de ses enfants, parfois aussi le plus jeune enfant de la famille, choisi comme le plus agréable à Dieu par son innocence, lit tout haut la prière; des voix nombreuses et recueillies lui répondent; et cette action si simple a quelque chose de solennel et de touchant qui ouvre les cœurs à la grâces, et les dispose à en recueillir les fruits. Qui sait si des âmes longtemps éloignées de Dieu et tristement indifférentes à leur salut, lorsqu'elles reprendront la saintes habitude de la prière, n'éprouveront pas le besoin de revenir également à tous les devoirs du chrétien? Qui sait si des cœurs désunis, et nourrissant, peut-être pour des torts plus imaginaires que réels, une de ces rancunes secrètes qui amènent tôt ou tard dans les familles de déplorables divisions, ne reviendront pas plus disposés à se rapprocher, quand ils auront prié les uns après les autres? Non, il ne saurait y avoir de mauvais sentiment durables, quand on répète chaque soir d'une commune voix : Notre Père, pardonnez-moi comme moi-même je pardonne !

       Que d'impressions salutaires laisse dans les âmes cette prière faite ainsi, sous les regards de Dieu, et dans la sainte égalité de ses enfants ! Les supérieurs qui dans la vie ont la charge de diriger s'y rappellent que leurs droits sont bien moins nombreux que leurs devoirs, et leur autorité devient plus douce en devenant plus chrétienne. Les enfants, les serviteurs, regardant le Seigneur lui-même dans la personne de leurs parents et de leurs maîtres, en sont plus respectueux et plus soumis; la charité s'exerce en recommandant à Dieu les pauvres, les affligés, les malades; le souvenir des morts si tendrement aimés porte chaque jour à la prière, les préserve du triste oubli, et perpétue tout à la fois dans les familles leur mémoire et leurs exemples.

       Tous donc ont leur part dans l'heureuse influence que cette union des âmes dont Dieu est le principe saint et fécond. Par elle, les devoirs se perfectionnent, les traditions se conservent, tous les liens se resserrent, une famille est bénie. On le sent; aussi la cloche qui appelle à la prière marque-t-elle une des heures les plus douces de la journée.

       Puisse une heureuse expérience l'apprendre à un grand nombre de familles chrétiennes! Aussi bien Notre-Seigneur semble avoir voulu nous encourager Lui-même à cette pieuse pratique en nous disant : «Lorsque deux ou trois personnes se réuniront en mon nom pour prier, je me trouverai au milieu d'elles.» (Mt XVIII, 20)


¹ texte repris (et modifié) du « Recueil de prières, de méditations et de lectures, tirées des œuvres des saints Pères, des écrivains  et orateurs sacrés » par Mme la Csse de Flavigny.


lundi 16 mai 2011

Religion (suite)

IV
RÉSOLUTIONS A PRENDRE AU SUJET DE LA RELIGION


Allégorie de la Foi

ue toutes ces considérations et les preuves sans nombre qui combattent en faveur du Christianisme et de notre Église en particulier, vous invitent à répéter ces paroles et à dire résolument :

— Je veux demeurer insensible à tous ces arguments spécieux et si peu concluants, dont on se sert pour attaquer ma religion. Il n'est pas vrai, je le vois, qu'elle s'oppose aux lumières ; il n'est pas vrai, je le vois encore, que, bonne pour les époques barbares, elle ait cessé de l'être pour nous, puisque, après avoir suffi à la civilisation asiatique, à la civilisation grecque, à la civilisation romaine, aux gouvernements les plus divers du Moyen-Âge, elle a suffi en outre à tous les peuples qui après le Moyen-Âge ont commencé une civilisation nouvelle, et qu'aujourd'hui elle suffit encore à des intelligences qui, en élévation, ne le cèdent à aucune. 

       Depuis les premiers hérésiarques jusqu'à l'école de Voltaire et des siens, jusqu'à celle des relativistes de nos jours, tous les incrédules se sont vantés d'enseigner quelque chose de meilleur, et que jamais aucun ne l'a pu. Il n'est pas sans utilité de citer ici les exemples du communisme, du socialisme, du capitalisme ou encore du nazisme, tous ensemble engeance multiforme abominable d'un siècle détourné de Dieu. Donc ?

       — Donc, tant que je me ferai gloire d'être l'ennemi de la barbarie et le zélateur des lumières, je me ferai gloire aussi d'être catholique, et je plaindrai ceux qui se moquent de moi, ceux qui affectent de me confondre avec les superstitieux et les pharisiens.




       Ceci arrêté, et cette résolution prise, soyez ferme et persévérant ; honorez la religion de tout votre pouvoir par vos sentiments et par votre intelligence, et sachez également la professer parmi les croyants et les incrédules. Mais professez-la sans croire qu'il suffit d'accomplir froidement et matériellement les pratiques du culte ; il faut encore animer de nobles pensées l'observance de ces pratiques, y mettre tout votre cœur, vous élever jusqu'à la contemplation de la sublimité des mystères, sans prétendre orgueilleusement les expliquer ; vous pénétrer enfin des vertus qui en découlent, et n'oubliez jamais qu'adorer seulement par la prière ne suffit pas, si nous ne nous proposons d'adorer Dieu dans toutes nos actions, même les plus petites et les plus triviales. Repoussez dans le même temps loin de vous cette idée du siècle que la religion serait une affaire purement privée ; c'est par toute notre vie qu'il convient de glorifier Dieu.


       « Écoute, Israël: le Seigneur, notre Dieu, est seul Seigneur. Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. » Dt VI, 4-5

       « Et maintenant, Israël, qu'est-ce que le Seigneur ton Dieu demande de toi, si ce n'est que tu craignes le Seigneur ton Dieu, que tu marches dans ses voies, que tu l'aimes, que tu serves le Seigneur ton Dieu en tout ton cœur et en toute ton âme » Dt X, 12.


       «  "Maître, quel est le plus grand commandement de la Loi?  " Il lui dit :  " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. C'est là le plus grand et le premier commandement ." » Mt XXII, 36-38


       Il en est aux yeux de qui brillent de tout leur éclat la beauté et la vérité de la foi catholique ; ceux-là sentent qu'il n'existe aucune philosophie qui soit plus philosophique, plus qu'elle ennemie de toute injustice, plus qu'elle amie de tout ce qui tourne au profit de l'homme ; et cependant ils se laissent tristement aller au courant, ils vivent comme si le Christianisme était l'affaire du peuple, ou de l'homme privé, comme si les esprits cultivés et les hommes publics n'avaient que faire de lui. Ceux-là sont plus coupables que les véritables incrédules, et le nombre en est grand. Ayez en horreur cette tiédeur, cette avachissement qui fait rougir de l'Évangile devant les hommes ; soyez au contraire prêt à chaque instant à verser tout le sang de vos veines pour la Vérité.

      « Celui qui aura eu honte de moi et de mes paroles au milieu de cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l'homme aussi aura honte de lui, lorsqu'il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges. » Mc VIII, 38.




       Que les railleries du monde vous trouvent insensible dès qu'il s'agira de confesser un sentiment noble ; et de tous le plus noble, c'est d'aimer Dieu.

       Si vous passez des fausses doctrines ou de l'indifférence à la profession sincère de la foi catholique, n'allez pas non plus donner aux incrédules le scandaleux spectacle d'une ridicule bigoterie et de scrupules pusillanimes ; soyez humble devant Dieu et devant les hommes, mais sans jamais oublier votre dignité d'homme ni abdiquer la saine raison. Il n'y a de raison contraire à l'Évangile que celle qui se complait dans l'orgueil et la haine.

       « Mais l'heure approche, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité; ce sont de tels adorateurs que le Père demande. Dieu est esprit, et ceux qui l'adorent doivent l'adorer en esprit et en vérité. » Jn IV, 23-24

 



jeudi 7 avril 2011

Religion

III

RELIGION


Saint Augustin et sa mère contemplant les vérités éternelles.


       Une fois établi que l'homme est supérieur à la brute, et qu'il porte en lui quelque chose de divin, nous devons avoir en haute estime tous les sentiments qui contribuent à l'ennoblir; et comme il est évident que ce qui l'ennoblit le plus, c'est d'aspirer, malgré toutes ses misères, à la perfection, à la félicité, à Dieu enfin, force est de reconnaître, sous ce point de vue, l'excellence de la religion, et de la pratiquer.

       Ne vous laissez pas décourager ni par le nombre des hypocrites ni par les railleries de ceux qui vous traiteront d'hypocrite parce que vous serez religieux. Sans force d'âme on n'acquiert aucune vertu, on ne remplit aucun devoir d'un ordre élevé : le piété elle-même n'est pas la conquête d'un cœur pusillanime.

       Vos études et votre raison vous ont amené à reconnaître qu'il n'est pas de religion plus pure que le Christianisme, plus exempte d'erreurs, plus éclatante de sainteté, plus manifestement empreinte du caractère de Dieu. Il n'en est pas qui ait autant contribué à faire avancer et à répandre la civilisation, à détruite l'esclavage, à faire comprendre à tous les mortels leur fraternité devant Dieu, leur fraternité avec Dieu même.

       Appliquez votre esprit à tout ceci et, en particulier, à la solidité des preuves historiques de la religion. Elles sont de nature à résister à tout examen désintéressé.

       Et pour ne pas vous laisser prendre aux sophismes que l'on imagine contre la légitimité de ces preuves, joignez à l'examen que vous en ferez le souvenir de cette foule d'hommes supérieurs qui en reconnurent toute la force, à commencer par quelques penseurs qui appartiennent à notre époque, et en remontant jusqu'à Dante, jusqu'à Saint Thomas, jusqu'à Saint Augustin, jusqu'aux premiers Pères de l'Église.

       Chaque nation vous offre des noms illustres, qu'aucun incrédule n'ose mépriser.

       Le célèbre Bacon, si vanté dans l'école sensualiste, bien loin d'être incrédule comme ses plus chauds panégyristes, fit constamment profession du christianisme. Grotius était chrétien, encore qu'il se soit trompé sur plusieurs points, et il a écrit un traité de la Vérité de la religion. Leibnitz fut un des plus savants apologistes du Christianisme. Newton n'a pas dédaigné de composer un livre sur l'Accord des Évangiles. Locke a traité du Christianisme raisonnable. Volta était un physicien italien de premier ordre, un homme d'un vaste science, et toute sa vie il s'est montré le plus vertueux des catholiques. Ces grandes âmes, et tant d'autres, attestent bien quelque peu que le Christianisme est en harmonie parfaite avec le sens commun, c'est-à-dire avec ce sens qui étend à toutes les questions ses connaissances et ses recherches, qui ne se restreint pas à plaisir, qui ne se borne pas à regarder une seul face des choses, qui ne se laisse pervertir ni par le caprice de la moquerie ni par l'emportement de l'irréligion.

       Considérez, après ces personnages qui possédaient une vaste science, la légion des Saints que l'Église a enfanté depuis deux-milles ans et parmi eux ceux qui ne l'embellissaient pas moins par leur simplicité et leur humble condition. Ils n'étaient ni philosophes ni théologiens, et sont pourtant des amis de Dieu très vénérables. Sainte Jeanne d'Arc ne savait pas lire ; Sainte Thérèse de Lisieux n'a jamais fait de théologie : elle est pourtant reconnue docteur de l'Église ; Saint Jean-Marie Vianney n'était pas à l'aise dans les études, il est un exemple pour les curés du monde entier. Méditez donc ce que le Seigneur, à travers la Sainte Religion Catholique, a fait dans l'âme et le corps de ses fils et filles. Essayez de trouver ailleurs quelle institution a de plus sublimes représentants.

       Ne croyez donc pas ceux qui vous disent que le christianisme est une religion pour les esprits médiocres et que l'athéisme serait la position des gens éclairés, ou qu'à l'inverse ceux qui accusent le catholicisme d'être pratiqué par des riches par tradition familiale ou bourgeoise. L'histoire infirme toutes ces foutaises.

       Joseph de Maistre disait avec raison que « Le christianisme a été prêché par des ignorants et cru par des savants, et c'est en quoi il ne ressemble à rien de connu. »







       Ce même philosophe affirme, toujours dans le cadre des preuves historiques de la religion : « Depuis dix-huit siècles, il [ le Christianisme ] règne sur une grande partie du monde et particulièrement sur la portion la plus éclairée du globe. Cette religion ne s'arrête par même à cette époque antique ; arrivée à sont fondateur, elle se noue à un autre ordre de choses, à une religion typique qui l'a précédée. L'une ne peut être vraie sans que l'autre le soit ; l'une se vante de promettre ce que l'autre se vante de tenir ; en sorte que celle-ci, par une enchaînement qui est une fait visible, remonte à l'origine du monde.

ELLE NAQUIT LE JOUR QUE NAQUIRENT LES JOURS.


       Il n'y a pas d'exemple d'une telle durée; et, à s'en tenir même au christianisme, aucune institution dans l'univers, ne peut lui être opposée. C'est pour chicaner qu'on lui compare d'autres religions : plusieurs caractères frappants excluent toute comparaison ; ce n'est pas ici le lieu de les détailler : un mot seulement, et c'est assez. Qu'on nous montre une autre religion fondée sur des faits miraculeux et révélant des dogmes incompréhensibles, crue pendant dix-huit siècles par une grande partie du genre humain, et défendue d'âge en âge par les premier hommes du temps, depuis Origène jusqu'à Pascal, malgré les derniers efforts d'une secte ennemie, qui n'a cessé de rugir depuis Celse jusqu'à Condorcet.
       Chose admirable ! lorsqu'on réfléchit sur cette grande institution, l'hypothèse la plus naturelle, celle que toutes les vraisemblances environnent, c'est celle d'un établissement divin. Si l'œuvre est humaine, il n'y a plus moyen d'en expliquer le succès : en excluant le prodige, on le ramène.
       Toutes les nations, dit-on, ont pris du cuivre pour de l'or. Fort bien : mais ce cuivre a-t-il été jeté dans le creuset européen, et soumis, pendant dix-huit siècles, à notre chimie observatrice ? ou, s'il a subi cette épreuve, s'en est-il tiré à son honneur ? Newton croyait à l'incarnation ; mais Platon, je pense, croyait peu à la naissance merveilleuse de Bacchus.




[...]


       De plus, il s'est tiré de toutes les épreuves. On dit que la persécution est un vent qui nourrit ou propage la flamme du fanatisme. Soit : Dioclétien favorisa le christianisme ; mais, dans cette supposition, Constantin devait l'étouffer, et c'est ce qui n'est pas arrivé. Il a résisté à tout, à la paix, à la guerre, aux échafauds, aux triomphes, aux poignards, aux délices, à l'orgueil, à l'humiliation, à la pauvreté, à l'opulence, à la nuit du Moyen-Âge et au grand jour des siècles de Léon X et de Louis XIV. Un empereur tout-puissant et maître de la plus grande partie du monde connu épuisa jadis contre lui toutes les ressources de son génie ; il n'oublia rien pour relever les dogmes anciens ; il les associa habilement aux idées platoniques, qui étaient à la mode. Cachant la rage qui l'animait sous le masque d'une tolérance extérieure, il employa contre le culte ennemi les armes auxquelles nul ouvrage humain n'a résisté : il le livra au ridicule ; il appauvrit le sacerdoce pour le faire mépriser ; il le priva de tous les appuis que l'homme peut donner à ses œuvres ; diffamations, cabales, injustices, oppression, ridicule, force et adresse, tout fut inutile ; le Galiléen l'emporta sur Julien le philosophe. »(1)









 (1) Joseph de Maistre in Considérations sur la France, chap. V.


samedi 19 mars 2011

La Belle Saison





       L'habitant des campagnes n'a pas le temps de se créer des objets de plaisirs ; mais comme il a le goût des choses simples, son âme est ouverte au sentiment des biens que la nature met d'elle-même à notre portée et qui n'ont pas l'inconvénient de ceux que notre fantaisie invente ; lesquels ne nous plaisent ordinairement que dans le moment de leur première nouveauté, après quoi on y devient indifférent et l'on en désire d'autres, parce que la fantaisie est inconstante. Le goût des biens naturels, ayant plus de stabilité, convient dans la condition de l'homme qui n'a pas le loisir d'être inconstant. La nature qui les produit, nous les rend toujours nouveaux : à mesure qu'elle les fait renaître, elle renouvelle en nous le plaisir d'en jouir : on ne s'en lasse jamais.

       La belle saison appelle le cultivateur aux champs. Il fait doux, le ciel est pur ; les ruisseaux recommencent à couler en murmurant du pied des montagnes ; les premières fleurs sont venues sur le bord des chemins. On entend les oiseaux chanter dans les bois sous les feuilles nouvelles. L'air est rempli du bourdonnement de mille insectes joyeux qui viennent de naître. Cette vive douceur du temps qui dans la jeunesse de l'année redonne la vie à toutes les choses, qui excite la venue des plantes, qui réveille les concerts des oiseaux, qui sèment les campagnes de papillons et d'abeilles, anime aussi les hommes à l'ouvrage, et leur rend le travail agréable.

       On prépare les outils pour la moissons prochaine. C'est le travail du père de famille et de ses fils. Les femmes sont occupées au village à faire les jardins. La mère, qui connaît le vrai prix des choses, prend soin des plantes utiles pour le ménage ; la jeune fille aide sa mère, mais elle réserve de la place pour quelques fleurs, pour des violettes le long de la haie, pour des marguerites en bordure des deux côtés des allées, pour des œillets de distance en distance parmi les marguerites. L'été elle viendra les arroser le matin et le soir. Le Dimanche, sa toilette finie, elle y cueillera un bouquet pour l'ajouter à sa simple parure. Sa mère la voyant dans cette occupation se rappellera ses jeunes années, et sera touchée de ce souvenir. La vieillesse des parents refleurit dans la jeunesse de leurs fils et de leurs filles.

       Les troupeaux sont ramenés aux pâturages. Les bergers les conduisent dans les clairières des bois, le long des lacs au fond des vallées solitaires. Leur vie passée dans les champs est un continuel entretien avec la nature qui leur apprend ses secrets sans qu'ils aient besoin d'étude. La louange de Celui qui fit la terre et le ciel se forme spontanément sur leurs bouches ; la contemplation de la Création et le contact avec celle-ci est une école sûre de l'oraison. En regardant paître leur troupeau, ils s'instruisent de ses instincts ; ils connaissent bientôt les pâturages préférés, les frais ruisseaux, les endroits abrités qui lui plaisent. Les propriétés des plantes ne leur sont pas cachées : ils distinguent les moments de leur naissance, les lieux favorables pour qu'elles se développent heureusement ; celles qui aiment le bord des eaux, celles qui viennent mieux sur le penchant aride des collines, celles qui croissent plutôt à l'ombre, dans le fond humide des plaines. La forêt n'a pas de mystères pour eux ; ils y connaissent les sentiers perdus, la grotte fraîche pour l'été, la source cachée sous le feuillage, les places où viennent les fraises, celles des framboisiers ; ils savent sur quels arbres les différentes espèces d'oiseaux aiment à suspendre leurs nids. Il n'arrive point de changement dans la température qu'ils ne l'aient pressenti à l'avance. Le cours des astres, la direction des vents, les habitudes des saisons, les signes annonçant le calme ou l'orage leur sont connus ; ils peuvent fixer la durée de la pluie et du beau temps. Ils se servent de ces connaissances pour rassembler leurs bêtes sous un abri ou le laisser épars dans les près. La solitude, le silence des lieux, la méditation des choses de la nature les rend graves et réfléchis. Leurs chants, que l'on entend de loin dans les bois, dans les pâturages désert, remplissent l'âme d'une mélancolie douce et d'un sentiment sérieux.



       Cependant les herbes sont déjà hautes dans la prairie. La bonne odeur qu'elles répandent au loin annonce qu'elles sont à leur maturité, et qu'il est temps de les couper. On part dès le point du jour; les hommes avec la faux sur l'épaule, les femmes avec le râteau. L'herbe est coupée et étendue sur le sol pour qu'elle sèche à l'air et au soleil. Lorsqu'il est près de midi, le dîner est apporté de la maison. Les champs sont traversés par un ruisseau qu'ombragent des saules. C'est là que l'on va s'asseoir en cercle. Après la bénédiction du pain par le père de famille, les joyeux propos commencent. La gaieté de tous les convives anime le repas, et donne du goût aux mets simples qui le composent. Le dîner fini, chacun choisit sa place, et va se reposer à l'ombre des arbres, en attendant l'heure de reprendre le travail. Parmi les autres ouvriers, le jeune homme le goûte pas le repose. Le printemps venu, son cœur s'est ouvert à des sentiments nouveaux, il en est tout rempli et ne peut les contenir ; il s'en va seul à l'écart, et chante quelque douce chanson qu'il compose sur un air connu en allant et venant le long de la haie fleurie. La poésie est une une fleur des champs que l'on cultive à la ville, mais qui naît au village. On se remet au travail jusqu'à la nuit. Alors le foin est chargé sur une voiture qui a été amenée du village, et l'on quitte le champ où l'on a passé la journée. Le soleil s'est couché derrière les montagnes ; à l'horizon opposé la lune commence à se montrer dans le ciel bleu ; la vive clarté de ses rayons blanchit le haut des monts, le sommet des arbres, le clocher et le faîte des maison du hameau. Du côté où elle s'est levée le vallon est dans l'ombre, l'autre côté est éclairé de sa lumière. Aucun souffle de vent ne trouble l'espace. On voit la fumée qui monte des cheminées s'élever en colonnes droites dans l'air pur. C'est l'heure où tout est silencieux dans la nature, les eaux, les bois, la campagne. On n'entend que le bruit des chars gémissant dans les chemins creux, les pas des travailleurs qui les suivent, leurs chants et ceux des bergers qui reviennent des pâturages ; ces chants qui semblent se répondre des différents points  de la vallée s'épandent en notes sonores dans les airs avec les bonnes odeurs qui s'élèvent des prairies.

       Il faudrait dire maintenant les moissons, la récolte des fruits en automne, les fêtes du Dimanche, les promenades au bois pendant la journée, les danses le soir sous l'auvent des maison. Beautés et harmonie de la nature, simplicité des mœurs, occupations douces de la vie des champs, vous donnez à ceux qui vous goûtent des plaisirs qui embellissent l'existence terrestre et l'oriente vers le Ciel ; vous n'êtes pas comme ces joies fausses et méprisables que procurent la fortune, les mondanités, les honneurs ou le jeu ; ces jouissances malhonnêtes mêlées d'orgueil brouillent le cœurs au lieu que votre pureté lui permettent de s'élever vers le Créateur de toutes choses.







mardi 15 mars 2011

Du devoir des hommes...

DE OFFICIIS VIRORUM*




 
I

NÉCESSITÉ ET PRIX DU DEVOIR

       L'homme ne peut se soustraire à l'idée du devoir; il ne peut méconnaître l'importance de cette idée. Le devoir est inévitablement attaché à notre être; à peine commençons-nous à faire usage de la raison, que déjà la conscience nous avertit du devoir; elle nous en avertit plus vivement encore à mesure que cette raison grandit, et toujours plus fortement selon qu'elle se développe d'avantage. Tout ce qui est hors de nous nous en avertit également, parce que tout est régi par une loi harmonique éternelle. Tout ici-bas, a une destination qui manifeste la sagesse et accomplit la volonté de l'Etre qui est le principe et la fin de tout chose.

       L'homme aussi a sa destination, sa nature. Il faut qu'il soit ce qu'il doit être, s'il ne veut renoncer à l'estime des autres, à sa propre estime, à son bonheur. Sa nature est d'aspirer à la félicité, de comprendre et de prouver qu'il ne peut y atteindre que par la vertu, c'est-à-dire en faisant ce que réclame son intérêt. d'accord avec le système de l'univers, avec les vues de la Providence

       Si, quand la passion nous maîtrise, nous sommes tentés de voir notre bien dans ce qui est contraire au bien des autres et à l'ordre général, toujours est-il que nous ne pouvons nous en convaincre nous-mêmes ; la conscience nous crie : non. Et une fois la passion éteinte, tout ce qui est contraire au bien des autres et à l'ordre ne manque pas de nous faire horreur.

       L'accomplissement du devoir est tellement nécessaire à notre bonheur, que les souffrances et la mort même, qui semblent cependant nous atteindre de la manière la plus directe, se changent en volupté dans le cœur de l'homme magnanime qui souffre et meurt pour être utile à son semblable, ou pour se confirmer aux décrets admirables du Tout-Puissant.

       Dire ce que l'homme doit être, c'est donc définir en même temps le devoir et le bonheur. La religion exprime cette vérité d'une manière sublime en disant qu'il est fait à l'image de Dieu. Son devoir, son bonheur, c'est d'être cette image ; c'est de ne vouloir pas être autre chose ; c'est de vouloir être bon parce que Dieu est bon, parce que Dieu lui a marqué pour but de son existence de s'élever à toutes les vertus et de ne faire qu'un avec Lui.








II

AMOUR DE LA VÉRITÉ

       Le premier de nos devoirs est, sans contredit, l'amour de la Vérité et la Foi dans la Vérité.

       La Vérité, c'est Dieu. Aimer Dieu, aimer la Vérité, c'est une seule et même chose.

       Efforcez-vous, ô mon ami, de vouloir la Vérité, et ne vous laissez pas éblouir par la fausse éloquence de ces sophistes violents et sombres, souvent incrédules, qui travaillent à jeter sur toute chose des doutes perpétuels.  Ces pyrrhoniens cyniques ont recours à la même ruse que celle dont se servit l'antique serpent pour tenter Ève.

       La raison humaine devient folie lorsqu'elle se tourne contre la Vérité pour la combattre, la décréditer, lorsqu'elle s'épuise à soutenir de misérables hypothèses; lorsque, tirant des maux dont la vie est semée des conséquences désespérées, elle nie que la vie soit un bien; lorsque, énumérant quelques désordres apparents de l'univers, elle ne veut pas y reconnaître un ordre général; lorsque, frappée de la nature palpable et mortelle des corps, elle refuse obstinément de croire à l'existence d'un moi immatériel, immortel; lorsqu'elle traite de songe toute distinction entre le vice et la vertu; lorsqu'elle ne veut voir en l'homme qu'une brute, et rien qui lui vienne de Dieu. Cette raison est malade; celui qui professe de telles aberrations est un fou.

       Si l'homme et la nature étaient chose si digne de haine et de mépris, pourquoi perdre le temps à philosopher ? Il faudrait nous tuer; la raison n'aurait pas d'autre conseil à nous donner.

       Poussons le raisonnement : si l'homme n'est pas plus digne que le sol sur lequel il marche, pourquoi condamner le meurtre, l'esclavage, la torture ? Pourquoi s'insurger que le fort opprime le faible : les animaux n'en font-il pas autant ? Si donc l'homme est une espèce mauvaise par nature, qu'avons-nous à châtier ceux qui tuent leurs semblables ? On devrait les en féliciter.

       Inutile de poursuivre dans cette voie, l'absurdité de ces idées ressort déjà d'elle-même.

       Puisque la conscience dit à tous de vivre (car l'exception de quelques esprits malades ne prouve rien); puisque nous vivons pour aspirer au bien; puisque nous sentons que le bien consiste pour l'homme non pas à s'avilir et à se confondre avec les vers, mais à se faire meilleur et à s'élever à Dieu, il est clair que l'emploi légitime de la raison est de donner à l'homme une haute idée de la dignité à laquelle il peut atteindre, et de l'exciter à la conquérir.

       Ceci reconnu, repoussons énergiquement loin de nous le scepticisme,  le nihilisme, le cynisme, l'athéisme, toutes les philosophies qui dégradent l'homme. Imposons-nous à nous-même de croire au Vrai, au Beau, au Bien. Pour croire il faut vouloir croire, il faut aimer la Vérité !

       Cet amour peut seul donner de l'énergie à l'âme; c'est l'énerver que de se complaire à languir dans le doute. Accrochons-nous donc à la Vérité, aimons-la et jurons-lui fidélité; tenons fermement la main de notre Dieu et ne craignons plus les hurlements des loups.

       A la foi dans tous les principes élevés joignez la résolution d'être toujours vous-même l'expression de la vérité dans toutes vos paroles, dans toutes vos actions. Ayez en horreur le mensonge, même le plus léger.

       La conscience de l'homme n'a de repos que dans la vérité. Celui qui ment, son mensonge demeurât-il ignoré, porte son châtiment en lui-même; il sent qu'il trahit un devoir et qu'il se dégrade.

       Pour ne pas prendre la vile habitude de mentir, il n'est qu'un moyen, c'est d'établir que jamais on ne mentira. Faites-vous une exception à cette règle, il n'y aura pas de raison pour ne pas en faire deux, pour ne pas en faire cinquante, pour ne pas en faire cent... Et voilà comment peu à peu tant d'hommes deviennent horriblement enclins à feindre, à exagérer et enfin à calomnier.

       Les époques les plus corrompues sont celles où l'on ment davantage. De là cette défiance de tous envers tous, cette défiance entre le père et le fils; de là ce prodigieux débordement de protestations, de serments et de parjures. De là, dans la diversité des opinions politiques, religieuses, ou même seulement littéraires, ce penchant continuel à supposer des faits et des intentions de nature à flétrir le parti contraire; de là cette conviction que tous moyens sont permis pour décrier ses adversaires, de là la fureur de chercher des témoignages contre ses semblables, et quand on en a trouvé dont on ne peut ignorer ni la frivolité ni la fausseté, cette opiniâtreté à les soutenir, à les amplifier, à paraître les croire concluants. Ceux qui n'ont pas la simplicité du cœur ne voient que duplicité dans le cœur d'autrui. Une personne qui leur déplaît prend-elle la parole, elle ne dira rien qu'à mauvaise intention. Une personne qui leur déplaît prie-t-elle, fait-elle l'aumône, vite ils remercient Dieu de ne pas les avoir faits hypocrites comme elle.

       Quoique né dans une siècle où le mensonge et l'extrême défiance sont choses si communes, demeurez également pur de ces deux vices. Soyez toujours bienveillant pour chacun et ayez une généreuse confiance dans la véracité d'autrui, et si on refuse de croire à la vôtre, ne vous en irritez pas; il doit vous suffire qu'elle brille

Aux regards de Celui qui sonde toute chose.




* Cette série d'articles reprend largement l'œuvre du poète catholique Silvio Pellico : Des devoirs des hommes, traduit de l'italien par Antoine de Latour.

dimanche 6 mars 2011

Mariage chrétien et dignité de la femme au Moyen-Âge.



« Una lex de mulieribus et viris »
                                                                  



     Contrairement aux idées reçues, la femme, méprisée par les sociétés païennes où polygamie et répudiations faisaient partie des habitudes, est restaurée dans sa dignité à l'époque de la Restauration Carolingienne (742-888), grâce au Christianisme qui affirme l'égalité absolue de l'homme et de la femme dans le mariage.

     Les temps carolingiens eurent ce grand mérite d'établir définitivement la doctrine du mariage canonique ; ils en introduisirent l'usage, élaborèrent une spiritualité conjugale, donnant ainsi son fondement à la famille. Le mariage prit alors le sens, la portée qu'il conserve jusqu'à aujourd'hui. Face à une société germanisée qui laissait l'homme libre de ses entreprises sexuelles, les évêques de l'Empire carolingien, fortement soutenus par la papauté et le pouvoir temporel, mirent en forme la doctrine du mariage chrétien. A la polygamie de fait, à la répudiation de la femme au gré du mari, ils opposèrent l'égalité de l'homme et de la femme dans le mariage : « Il n'y a qu'une loi pour la femme et pour l'homme », l'union monogamique et indissoluble. Dans un monde rural et compartimenté où l'on pratiquait le mariage endogamique, ils combattirent l'inceste. A l'union officieuse, par simple consentement mutuel, ou au rapt rituel de l'épouse, ils opposèrent le mariage en forme canonique précédé des bans, de l'enquête de parenté, de l'autorisation des parents, de la bénédiction du prêtre. Par une pratique quotidienne et quelques procès éclatants, comme celui de Lothaire II, Rome et l'épiscopat carolingien éliminèrent toute forme de divorce, sauf en cas d'inceste de l'un des époux ou de l'impuissance attestée du mari. En parallèle, la législation assura la protection et les droits de l'enfant contre les tentatives d'avortement ou les négligences de ses propres parents. Malgré la résistance des mœurs traditionnelles héritées des sociétés idolâtres, la doctrine du mariage indissoluble prévalait, tandis qu'une législation cléricalisante tendait à assurer le monopole du mariage religieux comme seule forme juridiquement valable d'union entre l'homme et la femme.




« Maris, aimez vos femmes, comme le Christ a aimé l'Église; et s'est livré lui-même pour elle. »   
(Eph V, 25)

     Cet effort réel ne se borna pas aux domaines juridique et liturgique du mariage, mais il aborda également le problème fondamental de la vie des laïcs mariés. De là une spiritualité conjugale se mit en place, sous l'influence d'auteurs qui s'intéressèrent de près à ces questions. Très imprégnés de spiritualité monastique, les clercs insistèrent paradoxalement beaucoup sur la chasteté. Jonas d'Orléans, dans le livre II du De institutione laicali, offre aux laïcs du temps un véritable traité du mariage chrétien, à la fois plus complet et plus nuancé que les monitions de ses contemporains, s'inspirant de la Génèse, des Épîtres de Paul et des écrits de Saint Augustin. Rejetant la théorie naturaliste du mariage, il le définissait par sa finalité : la procréation. Dans cette perspective, l'union charnelle ne ne pouvait être anarchique. Au Lévitique et à l'Ecclesiaste, il empruntait les interdictions liées au cycle de la femme et il ajoutait celles du temps liturgique. Il voulait tenter à travers elles une éducation de la sensibilité, une discipline des sens. Assez psychologue pour mesurer l'inanité d'une morale conjugale fondée sur la seule contrainte, il tenta aussi une éducation du cœur. Avec des accents magnifiques, il exalta l'amour réciproque des époux. Le mari devait être doux et bienveillant pour sa femme comme envers un être plus faible, se montrer plein de tendresse à son égard. Il n'avait aucun privilège dans le ménage : « Il n'est pas permis au mari, ce qui est interdit à la femme » (nec viro licet quod mulieri non licet). Jonas le mettait en garde contre le désordre dans sa propre maison, le concubinage ancillaire étant alors très fréquent. Si le mari méprisait ainsi son épouse, l'aboutissement était chez la femme le désir de quitter son mari, d'où l'ultime mise en garde de Jonas : « Ne donnez pas à vos femmes l'occasion de vouloir divorcer » (nec dare hanc occasionem divortii mulieribus), sous-entendu la version positive : Aimez vos femmes, respectez-les et entourez-les de mille délicatesses, de sorte qu'elles n'aient jamais à se plaindre de vous.



« Gardez donc toujours, ô époux, un tendre, constant, et tout affectueux amour, pour votre épouse.»
                                                          Saint François de Sales


     Jonas d'Orléans se rendait compte de la difficulté de sa tâche d'éducateur du foyer, car autour de lui il voyait persister les désordres et surtout la pratique brutale de la répudiation. Pour se marier, les hommes de son temps se laissaient guider par l'origine sociale, la sagesse, la richesse ou la beauté de la future. Mais Jonas constatait que, du jour où la qualité qui avait déterminé le choix disparaissait, les maris se jugeaient libérés de leur engagement et concluaient une autre union après avoir répudié leur femme. La plupart, d'ailleurs, n'invoquaient d'autre loi que leur désir. Jonas refusait absolument cette prérogative masculine et il invitait les maris à entourer leur femme des mêmes soins qu'ils exigeaient d'elle. Dans le mariage chrétien, la fidélité, le dévouement ne pouvaient pas être à sens unique, mais constituaient un constant échange. Pour cimenter le ménage, il donnait une œuvre commune, exaltante, l'éducation des enfants. Sans concession sur la morale ascétique de son temps, Jonas d'Orléans réussissait le tour de force d'offrir aux laïcs une spiritualité conjugale fondée sur le cœur, le respect de la femme, l'égalité des époux dans l'amour, dont certains accents annonçaient déjà l'idéal chevaleresque et plus bien tard la doctrine pleine de douceur d'un Saint François de Sales sur le mariage.



N.B : Cet article est une ébauche et sera probablement complété par la suite.

vendredi 10 décembre 2010

Acte d'abandon


Acte d'abandon
Bienheureux Charles de Foucauld

Mon Père,
je m'abandonne à Vous,
faites de moi ce qu'il vous plaira.

Quoi que vous fassiez de moi,
je vous remercie.
Je suis prêt à tout,
j'accepte tout.

Pourvu que votre volonté se fasse en moi,
en toutes vos créatures,
je ne désire rien d'autre, mon Dieu.

Je remets mon âme entre vos mains.

Je vous la donne, mon Dieu,
avec tout l'amour de mon cœur,
parce que je vous aime,
et que ce m'est un besoin d'amour de me donner,
de me remettre entre vos mains sans mesure,
avec une infinie confiance,
car vous êtes mon Père.

dimanche 28 novembre 2010

Offrande de la journée


Offrande de la journée
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus


Mon Dieu, je Vous offre toutes les actions
que je vais faire aujourd'hui,
dans les intentions
et pour la gloire du Cœur Sacré de Jésus;
je veux sanctifier
les battements de mon cœur,
mes pensées et mes œuvres les plus simples
en les unissant à Ses Mérites Infinis,
et réparer mes fautes en les jetant
dans la fournaise
de Son Amour Miséricordieux.
Ô mon Dieu,
je vous demande pour moi,
et pour ceux qui me sont chers,
la grâce d'accomplir parfaitement
Votre Sainte Volonté,
d'accepter pour Votre Amour les joies
et les peines de cette vie passagère
afin que nous soyons, un jour, réunis
dans les cieux pendant toute l'éternité.