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lundi 18 avril 2011
jeudi 7 avril 2011
Religion
III
RELIGION
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| Saint Augustin et sa mère contemplant les vérités éternelles. |
Une fois établi que l'homme est supérieur à la brute, et qu'il porte en lui quelque chose de divin, nous devons avoir en haute estime tous les sentiments qui contribuent à l'ennoblir; et comme il est évident que ce qui l'ennoblit le plus, c'est d'aspirer, malgré toutes ses misères, à la perfection, à la félicité, à Dieu enfin, force est de reconnaître, sous ce point de vue, l'excellence de la religion, et de la pratiquer.
Ne vous laissez pas décourager ni par le nombre des hypocrites ni par les railleries de ceux qui vous traiteront d'hypocrite parce que vous serez religieux. Sans force d'âme on n'acquiert aucune vertu, on ne remplit aucun devoir d'un ordre élevé : le piété elle-même n'est pas la conquête d'un cœur pusillanime.
Vos études et votre raison vous ont amené à reconnaître qu'il n'est pas de religion plus pure que le Christianisme, plus exempte d'erreurs, plus éclatante de sainteté, plus manifestement empreinte du caractère de Dieu. Il n'en est pas qui ait autant contribué à faire avancer et à répandre la civilisation, à détruite l'esclavage, à faire comprendre à tous les mortels leur fraternité devant Dieu, leur fraternité avec Dieu même.
Appliquez votre esprit à tout ceci et, en particulier, à la solidité des preuves historiques de la religion. Elles sont de nature à résister à tout examen désintéressé.
Et pour ne pas vous laisser prendre aux sophismes que l'on imagine contre la légitimité de ces preuves, joignez à l'examen que vous en ferez le souvenir de cette foule d'hommes supérieurs qui en reconnurent toute la force, à commencer par quelques penseurs qui appartiennent à notre époque, et en remontant jusqu'à Dante, jusqu'à Saint Thomas, jusqu'à Saint Augustin, jusqu'aux premiers Pères de l'Église.
Chaque nation vous offre des noms illustres, qu'aucun incrédule n'ose mépriser.
Le célèbre Bacon, si vanté dans l'école sensualiste, bien loin d'être incrédule comme ses plus chauds panégyristes, fit constamment profession du christianisme. Grotius était chrétien, encore qu'il se soit trompé sur plusieurs points, et il a écrit un traité de la Vérité de la religion. Leibnitz fut un des plus savants apologistes du Christianisme. Newton n'a pas dédaigné de composer un livre sur l'Accord des Évangiles. Locke a traité du Christianisme raisonnable. Volta était un physicien italien de premier ordre, un homme d'un vaste science, et toute sa vie il s'est montré le plus vertueux des catholiques. Ces grandes âmes, et tant d'autres, attestent bien quelque peu que le Christianisme est en harmonie parfaite avec le sens commun, c'est-à-dire avec ce sens qui étend à toutes les questions ses connaissances et ses recherches, qui ne se restreint pas à plaisir, qui ne se borne pas à regarder une seul face des choses, qui ne se laisse pervertir ni par le caprice de la moquerie ni par l'emportement de l'irréligion.
Considérez, après ces personnages qui possédaient une vaste science, la légion des Saints que l'Église a enfanté depuis deux-milles ans et parmi eux ceux qui ne l'embellissaient pas moins par leur simplicité et leur humble condition. Ils n'étaient ni philosophes ni théologiens, et sont pourtant des amis de Dieu très vénérables. Sainte Jeanne d'Arc ne savait pas lire ; Sainte Thérèse de Lisieux n'a jamais fait de théologie : elle est pourtant reconnue docteur de l'Église ; Saint Jean-Marie Vianney n'était pas à l'aise dans les études, il est un exemple pour les curés du monde entier. Méditez donc ce que le Seigneur, à travers la Sainte Religion Catholique, a fait dans l'âme et le corps de ses fils et filles. Essayez de trouver ailleurs quelle institution a de plus sublimes représentants.
Ne croyez donc pas ceux qui vous disent que le christianisme est une religion pour les esprits médiocres et que l'athéisme serait la position des gens éclairés, ou qu'à l'inverse ceux qui accusent le catholicisme d'être pratiqué par des riches par tradition familiale ou bourgeoise. L'histoire infirme toutes ces foutaises.
Joseph de Maistre disait avec raison que « Le christianisme a été prêché par des ignorants et cru par des savants, et c'est en quoi il ne ressemble à rien de connu. »
Ce même philosophe affirme, toujours dans le cadre des preuves historiques de la religion : « Depuis dix-huit siècles, il [ le Christianisme ] règne sur une grande partie du monde et particulièrement sur la portion la plus éclairée du globe. Cette religion ne s'arrête par même à cette époque antique ; arrivée à sont fondateur, elle se noue à un autre ordre de choses, à une religion typique qui l'a précédée. L'une ne peut être vraie sans que l'autre le soit ; l'une se vante de promettre ce que l'autre se vante de tenir ; en sorte que celle-ci, par une enchaînement qui est une fait visible, remonte à l'origine du monde.
Il n'y a pas d'exemple d'une telle durée; et, à s'en tenir même au christianisme, aucune institution dans l'univers, ne peut lui être opposée. C'est pour chicaner qu'on lui compare d'autres religions : plusieurs caractères frappants excluent toute comparaison ; ce n'est pas ici le lieu de les détailler : un mot seulement, et c'est assez. Qu'on nous montre une autre religion fondée sur des faits miraculeux et révélant des dogmes incompréhensibles, crue pendant dix-huit siècles par une grande partie du genre humain, et défendue d'âge en âge par les premier hommes du temps, depuis Origène jusqu'à Pascal, malgré les derniers efforts d'une secte ennemie, qui n'a cessé de rugir depuis Celse jusqu'à Condorcet.
Chose admirable ! lorsqu'on réfléchit sur cette grande institution, l'hypothèse la plus naturelle, celle que toutes les vraisemblances environnent, c'est celle d'un établissement divin. Si l'œuvre est humaine, il n'y a plus moyen d'en expliquer le succès : en excluant le prodige, on le ramène.
Toutes les nations, dit-on, ont pris du cuivre pour de l'or. Fort bien : mais ce cuivre a-t-il été jeté dans le creuset européen, et soumis, pendant dix-huit siècles, à notre chimie observatrice ? ou, s'il a subi cette épreuve, s'en est-il tiré à son honneur ? Newton croyait à l'incarnation ; mais Platon, je pense, croyait peu à la naissance merveilleuse de Bacchus.
De plus, il s'est tiré de toutes les épreuves. On dit que la persécution est un vent qui nourrit ou propage la flamme du fanatisme. Soit : Dioclétien favorisa le christianisme ; mais, dans cette supposition, Constantin devait l'étouffer, et c'est ce qui n'est pas arrivé. Il a résisté à tout, à la paix, à la guerre, aux échafauds, aux triomphes, aux poignards, aux délices, à l'orgueil, à l'humiliation, à la pauvreté, à l'opulence, à la nuit du Moyen-Âge et au grand jour des siècles de Léon X et de Louis XIV. Un empereur tout-puissant et maître de la plus grande partie du monde connu épuisa jadis contre lui toutes les ressources de son génie ; il n'oublia rien pour relever les dogmes anciens ; il les associa habilement aux idées platoniques, qui étaient à la mode. Cachant la rage qui l'animait sous le masque d'une tolérance extérieure, il employa contre le culte ennemi les armes auxquelles nul ouvrage humain n'a résisté : il le livra au ridicule ; il appauvrit le sacerdoce pour le faire mépriser ; il le priva de tous les appuis que l'homme peut donner à ses œuvres ; diffamations, cabales, injustices, oppression, ridicule, force et adresse, tout fut inutile ; le Galiléen l'emporta sur Julien le philosophe. »(1)
(1) Joseph de Maistre in Considérations sur la France, chap. V.
Considérez, après ces personnages qui possédaient une vaste science, la légion des Saints que l'Église a enfanté depuis deux-milles ans et parmi eux ceux qui ne l'embellissaient pas moins par leur simplicité et leur humble condition. Ils n'étaient ni philosophes ni théologiens, et sont pourtant des amis de Dieu très vénérables. Sainte Jeanne d'Arc ne savait pas lire ; Sainte Thérèse de Lisieux n'a jamais fait de théologie : elle est pourtant reconnue docteur de l'Église ; Saint Jean-Marie Vianney n'était pas à l'aise dans les études, il est un exemple pour les curés du monde entier. Méditez donc ce que le Seigneur, à travers la Sainte Religion Catholique, a fait dans l'âme et le corps de ses fils et filles. Essayez de trouver ailleurs quelle institution a de plus sublimes représentants.
Ne croyez donc pas ceux qui vous disent que le christianisme est une religion pour les esprits médiocres et que l'athéisme serait la position des gens éclairés, ou qu'à l'inverse ceux qui accusent le catholicisme d'être pratiqué par des riches par tradition familiale ou bourgeoise. L'histoire infirme toutes ces foutaises.
Joseph de Maistre disait avec raison que « Le christianisme a été prêché par des ignorants et cru par des savants, et c'est en quoi il ne ressemble à rien de connu. »
Ce même philosophe affirme, toujours dans le cadre des preuves historiques de la religion : « Depuis dix-huit siècles, il [ le Christianisme ] règne sur une grande partie du monde et particulièrement sur la portion la plus éclairée du globe. Cette religion ne s'arrête par même à cette époque antique ; arrivée à sont fondateur, elle se noue à un autre ordre de choses, à une religion typique qui l'a précédée. L'une ne peut être vraie sans que l'autre le soit ; l'une se vante de promettre ce que l'autre se vante de tenir ; en sorte que celle-ci, par une enchaînement qui est une fait visible, remonte à l'origine du monde.
ELLE NAQUIT LE JOUR QUE NAQUIRENT LES JOURS.
Il n'y a pas d'exemple d'une telle durée; et, à s'en tenir même au christianisme, aucune institution dans l'univers, ne peut lui être opposée. C'est pour chicaner qu'on lui compare d'autres religions : plusieurs caractères frappants excluent toute comparaison ; ce n'est pas ici le lieu de les détailler : un mot seulement, et c'est assez. Qu'on nous montre une autre religion fondée sur des faits miraculeux et révélant des dogmes incompréhensibles, crue pendant dix-huit siècles par une grande partie du genre humain, et défendue d'âge en âge par les premier hommes du temps, depuis Origène jusqu'à Pascal, malgré les derniers efforts d'une secte ennemie, qui n'a cessé de rugir depuis Celse jusqu'à Condorcet.
Chose admirable ! lorsqu'on réfléchit sur cette grande institution, l'hypothèse la plus naturelle, celle que toutes les vraisemblances environnent, c'est celle d'un établissement divin. Si l'œuvre est humaine, il n'y a plus moyen d'en expliquer le succès : en excluant le prodige, on le ramène.
Toutes les nations, dit-on, ont pris du cuivre pour de l'or. Fort bien : mais ce cuivre a-t-il été jeté dans le creuset européen, et soumis, pendant dix-huit siècles, à notre chimie observatrice ? ou, s'il a subi cette épreuve, s'en est-il tiré à son honneur ? Newton croyait à l'incarnation ; mais Platon, je pense, croyait peu à la naissance merveilleuse de Bacchus.
[...]
De plus, il s'est tiré de toutes les épreuves. On dit que la persécution est un vent qui nourrit ou propage la flamme du fanatisme. Soit : Dioclétien favorisa le christianisme ; mais, dans cette supposition, Constantin devait l'étouffer, et c'est ce qui n'est pas arrivé. Il a résisté à tout, à la paix, à la guerre, aux échafauds, aux triomphes, aux poignards, aux délices, à l'orgueil, à l'humiliation, à la pauvreté, à l'opulence, à la nuit du Moyen-Âge et au grand jour des siècles de Léon X et de Louis XIV. Un empereur tout-puissant et maître de la plus grande partie du monde connu épuisa jadis contre lui toutes les ressources de son génie ; il n'oublia rien pour relever les dogmes anciens ; il les associa habilement aux idées platoniques, qui étaient à la mode. Cachant la rage qui l'animait sous le masque d'une tolérance extérieure, il employa contre le culte ennemi les armes auxquelles nul ouvrage humain n'a résisté : il le livra au ridicule ; il appauvrit le sacerdoce pour le faire mépriser ; il le priva de tous les appuis que l'homme peut donner à ses œuvres ; diffamations, cabales, injustices, oppression, ridicule, force et adresse, tout fut inutile ; le Galiléen l'emporta sur Julien le philosophe. »(1)
(1) Joseph de Maistre in Considérations sur la France, chap. V.
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samedi 19 mars 2011
La Belle Saison
L'habitant des campagnes n'a pas le temps de se créer des objets de plaisirs ; mais comme il a le goût des choses simples, son âme est ouverte au sentiment des biens que la nature met d'elle-même à notre portée et qui n'ont pas l'inconvénient de ceux que notre fantaisie invente ; lesquels ne nous plaisent ordinairement que dans le moment de leur première nouveauté, après quoi on y devient indifférent et l'on en désire d'autres, parce que la fantaisie est inconstante. Le goût des biens naturels, ayant plus de stabilité, convient dans la condition de l'homme qui n'a pas le loisir d'être inconstant. La nature qui les produit, nous les rend toujours nouveaux : à mesure qu'elle les fait renaître, elle renouvelle en nous le plaisir d'en jouir : on ne s'en lasse jamais.
La belle saison appelle le cultivateur aux champs. Il fait doux, le ciel est pur ; les ruisseaux recommencent à couler en murmurant du pied des montagnes ; les premières fleurs sont venues sur le bord des chemins. On entend les oiseaux chanter dans les bois sous les feuilles nouvelles. L'air est rempli du bourdonnement de mille insectes joyeux qui viennent de naître. Cette vive douceur du temps qui dans la jeunesse de l'année redonne la vie à toutes les choses, qui excite la venue des plantes, qui réveille les concerts des oiseaux, qui sèment les campagnes de papillons et d'abeilles, anime aussi les hommes à l'ouvrage, et leur rend le travail agréable.
On prépare les outils pour la moissons prochaine. C'est le travail du père de famille et de ses fils. Les femmes sont occupées au village à faire les jardins. La mère, qui connaît le vrai prix des choses, prend soin des plantes utiles pour le ménage ; la jeune fille aide sa mère, mais elle réserve de la place pour quelques fleurs, pour des violettes le long de la haie, pour des marguerites en bordure des deux côtés des allées, pour des œillets de distance en distance parmi les marguerites. L'été elle viendra les arroser le matin et le soir. Le Dimanche, sa toilette finie, elle y cueillera un bouquet pour l'ajouter à sa simple parure. Sa mère la voyant dans cette occupation se rappellera ses jeunes années, et sera touchée de ce souvenir. La vieillesse des parents refleurit dans la jeunesse de leurs fils et de leurs filles.
Les troupeaux sont ramenés aux pâturages. Les bergers les conduisent dans les clairières des bois, le long des lacs au fond des vallées solitaires. Leur vie passée dans les champs est un continuel entretien avec la nature qui leur apprend ses secrets sans qu'ils aient besoin d'étude. La louange de Celui qui fit la terre et le ciel se forme spontanément sur leurs bouches ; la contemplation de la Création et le contact avec celle-ci est une école sûre de l'oraison. En regardant paître leur troupeau, ils s'instruisent de ses instincts ; ils connaissent bientôt les pâturages préférés, les frais ruisseaux, les endroits abrités qui lui plaisent. Les propriétés des plantes ne leur sont pas cachées : ils distinguent les moments de leur naissance, les lieux favorables pour qu'elles se développent heureusement ; celles qui aiment le bord des eaux, celles qui viennent mieux sur le penchant aride des collines, celles qui croissent plutôt à l'ombre, dans le fond humide des plaines. La forêt n'a pas de mystères pour eux ; ils y connaissent les sentiers perdus, la grotte fraîche pour l'été, la source cachée sous le feuillage, les places où viennent les fraises, celles des framboisiers ; ils savent sur quels arbres les différentes espèces d'oiseaux aiment à suspendre leurs nids. Il n'arrive point de changement dans la température qu'ils ne l'aient pressenti à l'avance. Le cours des astres, la direction des vents, les habitudes des saisons, les signes annonçant le calme ou l'orage leur sont connus ; ils peuvent fixer la durée de la pluie et du beau temps. Ils se servent de ces connaissances pour rassembler leurs bêtes sous un abri ou le laisser épars dans les près. La solitude, le silence des lieux, la méditation des choses de la nature les rend graves et réfléchis. Leurs chants, que l'on entend de loin dans les bois, dans les pâturages désert, remplissent l'âme d'une mélancolie douce et d'un sentiment sérieux.
Cependant les herbes sont déjà hautes dans la prairie. La bonne odeur qu'elles répandent au loin annonce qu'elles sont à leur maturité, et qu'il est temps de les couper. On part dès le point du jour; les hommes avec la faux sur l'épaule, les femmes avec le râteau. L'herbe est coupée et étendue sur le sol pour qu'elle sèche à l'air et au soleil. Lorsqu'il est près de midi, le dîner est apporté de la maison. Les champs sont traversés par un ruisseau qu'ombragent des saules. C'est là que l'on va s'asseoir en cercle. Après la bénédiction du pain par le père de famille, les joyeux propos commencent. La gaieté de tous les convives anime le repas, et donne du goût aux mets simples qui le composent. Le dîner fini, chacun choisit sa place, et va se reposer à l'ombre des arbres, en attendant l'heure de reprendre le travail. Parmi les autres ouvriers, le jeune homme le goûte pas le repose. Le printemps venu, son cœur s'est ouvert à des sentiments nouveaux, il en est tout rempli et ne peut les contenir ; il s'en va seul à l'écart, et chante quelque douce chanson qu'il compose sur un air connu en allant et venant le long de la haie fleurie. La poésie est une une fleur des champs que l'on cultive à la ville, mais qui naît au village. On se remet au travail jusqu'à la nuit. Alors le foin est chargé sur une voiture qui a été amenée du village, et l'on quitte le champ où l'on a passé la journée. Le soleil s'est couché derrière les montagnes ; à l'horizon opposé la lune commence à se montrer dans le ciel bleu ; la vive clarté de ses rayons blanchit le haut des monts, le sommet des arbres, le clocher et le faîte des maison du hameau. Du côté où elle s'est levée le vallon est dans l'ombre, l'autre côté est éclairé de sa lumière. Aucun souffle de vent ne trouble l'espace. On voit la fumée qui monte des cheminées s'élever en colonnes droites dans l'air pur. C'est l'heure où tout est silencieux dans la nature, les eaux, les bois, la campagne. On n'entend que le bruit des chars gémissant dans les chemins creux, les pas des travailleurs qui les suivent, leurs chants et ceux des bergers qui reviennent des pâturages ; ces chants qui semblent se répondre des différents points de la vallée s'épandent en notes sonores dans les airs avec les bonnes odeurs qui s'élèvent des prairies.
Il faudrait dire maintenant les moissons, la récolte des fruits en automne, les fêtes du Dimanche, les promenades au bois pendant la journée, les danses le soir sous l'auvent des maison. Beautés et harmonie de la nature, simplicité des mœurs, occupations douces de la vie des champs, vous donnez à ceux qui vous goûtent des plaisirs qui embellissent l'existence terrestre et l'oriente vers le Ciel ; vous n'êtes pas comme ces joies fausses et méprisables que procurent la fortune, les mondanités, les honneurs ou le jeu ; ces jouissances malhonnêtes mêlées d'orgueil brouillent le cœurs au lieu que votre pureté lui permettent de s'élever vers le Créateur de toutes choses.
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mardi 15 mars 2011
Du devoir des hommes...
DE OFFICIIS VIRORUM*
I
NÉCESSITÉ ET PRIX DU DEVOIR
L'homme ne peut se soustraire à l'idée du devoir; il ne peut méconnaître l'importance de cette idée. Le devoir est inévitablement attaché à notre être; à peine commençons-nous à faire usage de la raison, que déjà la conscience nous avertit du devoir; elle nous en avertit plus vivement encore à mesure que cette raison grandit, et toujours plus fortement selon qu'elle se développe d'avantage. Tout ce qui est hors de nous nous en avertit également, parce que tout est régi par une loi harmonique éternelle. Tout ici-bas, a une destination qui manifeste la sagesse et accomplit la volonté de l'Etre qui est le principe et la fin de tout chose.
L'homme aussi a sa destination, sa nature. Il faut qu'il soit ce qu'il doit être, s'il ne veut renoncer à l'estime des autres, à sa propre estime, à son bonheur. Sa nature est d'aspirer à la félicité, de comprendre et de prouver qu'il ne peut y atteindre que par la vertu, c'est-à-dire en faisant ce que réclame son intérêt. d'accord avec le système de l'univers, avec les vues de la Providence
Si, quand la passion nous maîtrise, nous sommes tentés de voir notre bien dans ce qui est contraire au bien des autres et à l'ordre général, toujours est-il que nous ne pouvons nous en convaincre nous-mêmes ; la conscience nous crie : non. Et une fois la passion éteinte, tout ce qui est contraire au bien des autres et à l'ordre ne manque pas de nous faire horreur.
L'accomplissement du devoir est tellement nécessaire à notre bonheur, que les souffrances et la mort même, qui semblent cependant nous atteindre de la manière la plus directe, se changent en volupté dans le cœur de l'homme magnanime qui souffre et meurt pour être utile à son semblable, ou pour se confirmer aux décrets admirables du Tout-Puissant.
Dire ce que l'homme doit être, c'est donc définir en même temps le devoir et le bonheur. La religion exprime cette vérité d'une manière sublime en disant qu'il est fait à l'image de Dieu. Son devoir, son bonheur, c'est d'être cette image ; c'est de ne vouloir pas être autre chose ; c'est de vouloir être bon parce que Dieu est bon, parce que Dieu lui a marqué pour but de son existence de s'élever à toutes les vertus et de ne faire qu'un avec Lui.
II
AMOUR DE LA VÉRITÉ
Le premier de nos devoirs est, sans contredit, l'amour de la Vérité et la Foi dans la Vérité.
La Vérité, c'est Dieu. Aimer Dieu, aimer la Vérité, c'est une seule et même chose.
Efforcez-vous, ô mon ami, de vouloir la Vérité, et ne vous laissez pas éblouir par la fausse éloquence de ces sophistes violents et sombres, souvent incrédules, qui travaillent à jeter sur toute chose des doutes perpétuels. Ces pyrrhoniens cyniques ont recours à la même ruse que celle dont se servit l'antique serpent pour tenter Ève.
La raison humaine devient folie lorsqu'elle se tourne contre la Vérité pour la combattre, la décréditer, lorsqu'elle s'épuise à soutenir de misérables hypothèses; lorsque, tirant des maux dont la vie est semée des conséquences désespérées, elle nie que la vie soit un bien; lorsque, énumérant quelques désordres apparents de l'univers, elle ne veut pas y reconnaître un ordre général; lorsque, frappée de la nature palpable et mortelle des corps, elle refuse obstinément de croire à l'existence d'un moi immatériel, immortel; lorsqu'elle traite de songe toute distinction entre le vice et la vertu; lorsqu'elle ne veut voir en l'homme qu'une brute, et rien qui lui vienne de Dieu. Cette raison est malade; celui qui professe de telles aberrations est un fou.
Si l'homme et la nature étaient chose si digne de haine et de mépris, pourquoi perdre le temps à philosopher ? Il faudrait nous tuer; la raison n'aurait pas d'autre conseil à nous donner.
Poussons le raisonnement : si l'homme n'est pas plus digne que le sol sur lequel il marche, pourquoi condamner le meurtre, l'esclavage, la torture ? Pourquoi s'insurger que le fort opprime le faible : les animaux n'en font-il pas autant ? Si donc l'homme est une espèce mauvaise par nature, qu'avons-nous à châtier ceux qui tuent leurs semblables ? On devrait les en féliciter.
Inutile de poursuivre dans cette voie, l'absurdité de ces idées ressort déjà d'elle-même.
Puisque la conscience dit à tous de vivre (car l'exception de quelques esprits malades ne prouve rien); puisque nous vivons pour aspirer au bien; puisque nous sentons que le bien consiste pour l'homme non pas à s'avilir et à se confondre avec les vers, mais à se faire meilleur et à s'élever à Dieu, il est clair que l'emploi légitime de la raison est de donner à l'homme une haute idée de la dignité à laquelle il peut atteindre, et de l'exciter à la conquérir.
Ceci reconnu, repoussons énergiquement loin de nous le scepticisme, le nihilisme, le cynisme, l'athéisme, toutes les philosophies qui dégradent l'homme. Imposons-nous à nous-même de croire au Vrai, au Beau, au Bien. Pour croire il faut vouloir croire, il faut aimer la Vérité !
Cet amour peut seul donner de l'énergie à l'âme; c'est l'énerver que de se complaire à languir dans le doute. Accrochons-nous donc à la Vérité, aimons-la et jurons-lui fidélité; tenons fermement la main de notre Dieu et ne craignons plus les hurlements des loups.
A la foi dans tous les principes élevés joignez la résolution d'être toujours vous-même l'expression de la vérité dans toutes vos paroles, dans toutes vos actions. Ayez en horreur le mensonge, même le plus léger.
La conscience de l'homme n'a de repos que dans la vérité. Celui qui ment, son mensonge demeurât-il ignoré, porte son châtiment en lui-même; il sent qu'il trahit un devoir et qu'il se dégrade.
Pour ne pas prendre la vile habitude de mentir, il n'est qu'un moyen, c'est d'établir que jamais on ne mentira. Faites-vous une exception à cette règle, il n'y aura pas de raison pour ne pas en faire deux, pour ne pas en faire cinquante, pour ne pas en faire cent... Et voilà comment peu à peu tant d'hommes deviennent horriblement enclins à feindre, à exagérer et enfin à calomnier.
Les époques les plus corrompues sont celles où l'on ment davantage. De là cette défiance de tous envers tous, cette défiance entre le père et le fils; de là ce prodigieux débordement de protestations, de serments et de parjures. De là, dans la diversité des opinions politiques, religieuses, ou même seulement littéraires, ce penchant continuel à supposer des faits et des intentions de nature à flétrir le parti contraire; de là cette conviction que tous moyens sont permis pour décrier ses adversaires, de là la fureur de chercher des témoignages contre ses semblables, et quand on en a trouvé dont on ne peut ignorer ni la frivolité ni la fausseté, cette opiniâtreté à les soutenir, à les amplifier, à paraître les croire concluants. Ceux qui n'ont pas la simplicité du cœur ne voient que duplicité dans le cœur d'autrui. Une personne qui leur déplaît prend-elle la parole, elle ne dira rien qu'à mauvaise intention. Une personne qui leur déplaît prie-t-elle, fait-elle l'aumône, vite ils remercient Dieu de ne pas les avoir faits hypocrites comme elle.
Quoique né dans une siècle où le mensonge et l'extrême défiance sont choses si communes, demeurez également pur de ces deux vices. Soyez toujours bienveillant pour chacun et ayez une généreuse confiance dans la véracité d'autrui, et si on refuse de croire à la vôtre, ne vous en irritez pas; il doit vous suffire qu'elle brille
Aux regards de Celui qui sonde toute chose.
* Cette série d'articles reprend largement l'œuvre du poète catholique Silvio Pellico : Des devoirs des hommes, traduit de l'italien par Antoine de Latour.
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dimanche 6 mars 2011
Mariage chrétien et dignité de la femme au Moyen-Âge.
« Una lex de mulieribus et viris »
Contrairement aux idées reçues, la femme, méprisée par les sociétés païennes où polygamie et répudiations faisaient partie des habitudes, est restaurée dans sa dignité à l'époque de la Restauration Carolingienne (742-888), grâce au Christianisme qui affirme l'égalité absolue de l'homme et de la femme dans le mariage.
Les temps carolingiens eurent ce grand mérite d'établir définitivement la doctrine du mariage canonique ; ils en introduisirent l'usage, élaborèrent une spiritualité conjugale, donnant ainsi son fondement à la famille. Le mariage prit alors le sens, la portée qu'il conserve jusqu'à aujourd'hui. Face à une société germanisée qui laissait l'homme libre de ses entreprises sexuelles, les évêques de l'Empire carolingien, fortement soutenus par la papauté et le pouvoir temporel, mirent en forme la doctrine du mariage chrétien. A la polygamie de fait, à la répudiation de la femme au gré du mari, ils opposèrent l'égalité de l'homme et de la femme dans le mariage : « Il n'y a qu'une loi pour la femme et pour l'homme », l'union monogamique et indissoluble. Dans un monde rural et compartimenté où l'on pratiquait le mariage endogamique, ils combattirent l'inceste. A l'union officieuse, par simple consentement mutuel, ou au rapt rituel de l'épouse, ils opposèrent le mariage en forme canonique précédé des bans, de l'enquête de parenté, de l'autorisation des parents, de la bénédiction du prêtre. Par une pratique quotidienne et quelques procès éclatants, comme celui de Lothaire II, Rome et l'épiscopat carolingien éliminèrent toute forme de divorce, sauf en cas d'inceste de l'un des époux ou de l'impuissance attestée du mari. En parallèle, la législation assura la protection et les droits de l'enfant contre les tentatives d'avortement ou les négligences de ses propres parents. Malgré la résistance des mœurs traditionnelles héritées des sociétés idolâtres, la doctrine du mariage indissoluble prévalait, tandis qu'une législation cléricalisante tendait à assurer le monopole du mariage religieux comme seule forme juridiquement valable d'union entre l'homme et la femme.
« Maris, aimez vos femmes, comme le Christ a aimé l'Église; et s'est livré lui-même pour elle. »
(Eph V, 25)
Cet effort réel ne se borna pas aux domaines juridique et liturgique du mariage, mais il aborda également le problème fondamental de la vie des laïcs mariés. De là une spiritualité conjugale se mit en place, sous l'influence d'auteurs qui s'intéressèrent de près à ces questions. Très imprégnés de spiritualité monastique, les clercs insistèrent paradoxalement beaucoup sur la chasteté. Jonas d'Orléans, dans le livre II du De institutione laicali, offre aux laïcs du temps un véritable traité du mariage chrétien, à la fois plus complet et plus nuancé que les monitions de ses contemporains, s'inspirant de la Génèse, des Épîtres de Paul et des écrits de Saint Augustin. Rejetant la théorie naturaliste du mariage, il le définissait par sa finalité : la procréation. Dans cette perspective, l'union charnelle ne ne pouvait être anarchique. Au Lévitique et à l'Ecclesiaste, il empruntait les interdictions liées au cycle de la femme et il ajoutait celles du temps liturgique. Il voulait tenter à travers elles une éducation de la sensibilité, une discipline des sens. Assez psychologue pour mesurer l'inanité d'une morale conjugale fondée sur la seule contrainte, il tenta aussi une éducation du cœur. Avec des accents magnifiques, il exalta l'amour réciproque des époux. Le mari devait être doux et bienveillant pour sa femme comme envers un être plus faible, se montrer plein de tendresse à son égard. Il n'avait aucun privilège dans le ménage : « Il n'est pas permis au mari, ce qui est interdit à la femme » (nec viro licet quod mulieri non licet). Jonas le mettait en garde contre le désordre dans sa propre maison, le concubinage ancillaire étant alors très fréquent. Si le mari méprisait ainsi son épouse, l'aboutissement était chez la femme le désir de quitter son mari, d'où l'ultime mise en garde de Jonas : « Ne donnez pas à vos femmes l'occasion de vouloir divorcer » (nec dare hanc occasionem divortii mulieribus), sous-entendu la version positive : Aimez vos femmes, respectez-les et entourez-les de mille délicatesses, de sorte qu'elles n'aient jamais à se plaindre de vous.
« Gardez donc toujours, ô époux, un tendre, constant, et tout affectueux amour, pour votre épouse.»
Saint François de Sales
Jonas d'Orléans se rendait compte de la difficulté de sa tâche d'éducateur du foyer, car autour de lui il voyait persister les désordres et surtout la pratique brutale de la répudiation. Pour se marier, les hommes de son temps se laissaient guider par l'origine sociale, la sagesse, la richesse ou la beauté de la future. Mais Jonas constatait que, du jour où la qualité qui avait déterminé le choix disparaissait, les maris se jugeaient libérés de leur engagement et concluaient une autre union après avoir répudié leur femme. La plupart, d'ailleurs, n'invoquaient d'autre loi que leur désir. Jonas refusait absolument cette prérogative masculine et il invitait les maris à entourer leur femme des mêmes soins qu'ils exigeaient d'elle. Dans le mariage chrétien, la fidélité, le dévouement ne pouvaient pas être à sens unique, mais constituaient un constant échange. Pour cimenter le ménage, il donnait une œuvre commune, exaltante, l'éducation des enfants. Sans concession sur la morale ascétique de son temps, Jonas d'Orléans réussissait le tour de force d'offrir aux laïcs une spiritualité conjugale fondée sur le cœur, le respect de la femme, l'égalité des époux dans l'amour, dont certains accents annonçaient déjà l'idéal chevaleresque et plus bien tard la doctrine pleine de douceur d'un Saint François de Sales sur le mariage.
N.B : Cet article est une ébauche et sera probablement complété par la suite.
vendredi 10 décembre 2010
Acte d'abandon
Acte d'abandon
Bienheureux Charles de Foucauld
Bienheureux Charles de Foucauld
Mon Père,
je m'abandonne à Vous,
faites de moi ce qu'il vous plaira.
Quoi que vous fassiez de moi,
je vous remercie.
Je suis prêt à tout,
j'accepte tout.
Pourvu que votre volonté se fasse en moi,
en toutes vos créatures,
je ne désire rien d'autre, mon Dieu.
Je remets mon âme entre vos mains.
Je vous la donne, mon Dieu,
avec tout l'amour de mon cœur,
parce que je vous aime,
et que ce m'est un besoin d'amour de me donner,
de me remettre entre vos mains sans mesure,
avec une infinie confiance,
car vous êtes mon Père.
je m'abandonne à Vous,
faites de moi ce qu'il vous plaira.
Quoi que vous fassiez de moi,
je vous remercie.
Je suis prêt à tout,
j'accepte tout.
Pourvu que votre volonté se fasse en moi,
en toutes vos créatures,
je ne désire rien d'autre, mon Dieu.
Je remets mon âme entre vos mains.
Je vous la donne, mon Dieu,
avec tout l'amour de mon cœur,
parce que je vous aime,
et que ce m'est un besoin d'amour de me donner,
de me remettre entre vos mains sans mesure,
avec une infinie confiance,
car vous êtes mon Père.
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dimanche 28 novembre 2010
Offrande de la journée
Offrande de la journée
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus
Mon Dieu, je Vous offre toutes les actions
que je vais faire aujourd'hui,
dans les intentions
et pour la gloire du Cœur Sacré de Jésus;
je veux sanctifier
les battements de mon cœur,
mes pensées et mes œuvres les plus simples
en les unissant à Ses Mérites Infinis,
et réparer mes fautes en les jetant
dans la fournaise
de Son Amour Miséricordieux.
Ô mon Dieu,
je vous demande pour moi,
et pour ceux qui me sont chers,
la grâce d'accomplir parfaitement
Votre Sainte Volonté,
d'accepter pour Votre Amour les joies
et les peines de cette vie passagère
afin que nous soyons, un jour, réunis
dans les cieux pendant toute l'éternité.
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jeudi 4 novembre 2010
Un film pas comme les autres...
Sorti en décembre 2006, « Le grand silence » de Philip Gröning n'a pas fait beaucoup de bruit dans le monde. Une (très) rare couverture médiatique, une publicité quasi-inexistante, la projection dans un nombre restreint de salles en France font sans doute partie des raisons pour lesquelles le film est passé relativement inaperçu, y compris auprès des chrétiens. Encore aujourd'hui, malgré une édition DVD, une critique favorable et quelques prix, beaucoup ignorent l'existence de ce chef-d'œuvre. C'est afin de réparer cette injustice que quelques lignes lui sont consacrées sur cette page.
Qu'est-ce que « Le grand silence » ? Peut-être un documentaire, peut-être un film... « Le grand silence » ne peut se laisser définir pleinement par aucun de ces deux termes.
Pas tout à fait un documentaire parce que l'œuvre n'a pas vocation à répondre à toutes nos interrogations et que cette réalisation fait davantage naître de questions qu'elle ne satisfait notre curiosité ; pas tout à fait un film car il n'y a rien de fictif, rien d'imaginé, rien d'ajouté, rien d'artificiel à ce travail de près de trois heures.
A vrai dire, « Le grand silence » s'apparente davantage à un poème en images, à une grande fresque sans mots où l'on peut voir l'autre monde en transparence, comme le filigrane pris dans la trame du papier. C'est une véritable invitation à la l'oraison qui nous fait descendre en nous-même pour y contempler Celui qui est le centre de la vie des Chartreux.
De quoi parle « Le grand silence » ? A proprement parler, le film ne parle pas. Il n'y a aucun commentaire, très peu de dialogues, aucune narration, aucune musique additionnelles ; la vie cartusienne est présentée dans le dépouillement le plus total. Outre le fait que cette âpreté ait été imposée par les moines eux-mêmes comme condition du tournage, la sobriété de la réalisation était aussi la manière jugée la plus appropriée par Philipp Gröning pour approcher le grand mystère de cette vie radicale :
« La Grande Chartreuse ne m'a imposé aucune condition excepté les suivantes : pas de lumière artificielle, pas de musique additionnelle, pas de commentaires, pas d'équipe technique, je devais être seul. Ces conditions correspondaient exactement à mon concept originel et donc, aucune restriction ne me fut imposée . »
C'est donc de cette façon qu'est abordé l'insondable sujet du film : la vie monastique à la Grande Chartreuse.
Dans un écrin de silence, on y voit les moines prier, chanter, travailler ; on voit le monastère, la forêt, la montagne, la neige, le ciel... Les nuages passent, le temps change, la glace fond, la pluie tombe, le soleil embrasse les clochers. Les images sont sobres mais sublimes. Pendant plus de deux heures nous sommes plongé dans l'univers des Chartreux à travers tout ce qu'il a de plus austère et de plus intérieur.
On peut dire que « Le grand silence » constitue une retraite monastique de 2h42. Par une réalisation originale, Philip Gröning a réussi à donner au monastère une dimension convaincante dans son film, c'est un véritable espace qui est dressé tout entier à l'écran et dans lequel nous pénétrons, sans toutefois en faire partie.
Autre point notable : la temporalité. Il n'y a pas, hormis les saisons et la position du soleil, de repères chronologiques précis. Quel jour est-il ? Quelle heure est-il ? En quel mois sommes-nous ? Autant de questions auxquelles on ne trouvera pas de réponses dans « Le grand silence ». Cela a pour effet, dans une certaine mesure, d'abolir le temps et d'introduire le spectateur dans un monde où ce temps n'a pas la même vitesse ni la même importance. La durée de l'œuvre y est aussi sans doute pour quelque chose. Quel contraste avec notre environnement de tous les jours, agité et fébrile, avide de rentabiliser chaque seconde... C'est une expérience singulière que de pénétrer un univers a-temporel comme celui des Chartreux. On touche presque du doigt l'éternité, ce jour qui n'a ni début, ni fin.
Notons que « Le grand silence » ne peut se regarder comme un divertissement, et sans doute ennuiera-t-il ceux qui attendent de lui une distraction ou un exposé renseigné sur l'ordre de saint Bruno. Pour l'apprécier, il faut devenir nous aussi un peu des contemplatifs, à l'écoute de Dieu et attentif à sa présence en toute chose et particulièrement en nos cœurs.
On regrettera néanmoins le fait que la vie liturgique est assez mal rendue et les séquences parfois maladroitement juxtaposées. En effet, l'ordre chronologique n'est pas beaucoup respecté, le fil conducteur étant peut-être les saisons. Aussi, l'usage des cartons (texte séparant deux prises de vue) est franchement sous-exploité. C'est dommage, l'idée de base était bonne mais sa concrétisation est plutôt insuffisante : toujours les mêmes phrases qui reviennent jusqu'à 5-6 fois... Probablement Philip Gröning voulait-il faire par là une analogie avec les prières invariables des moines, dans ce cas on ne le devine pas tout de suite et c'est plutôt maladroit.
De toute manière, ce sont la pureté des images elle-même et le sujet traité, davantage que le travail de montage, qui font la beauté du film. Peut-être le documentaire aurait-il perdu son caractère si particulier si le réalisateur avait plus chercher à « intervenir ».
Le film s'achève comme il avait commencé : sur une citation du premier livre des Rois, chapitre 19, verset 10-12 :
« Et il y eut, devant le Seigneur, un vent fort et violent qui déchirait les montagnes et brisait les rochers : le Seigneur n'était pas dans le vent. Après le vent, il y eu un tremblement de terre : le Seigneur n'était pas dans le tremblement de terre. Et après le tremblement de terre, un feu: le Seigneur n'était pas dans le feu. Et après le feu, un murmure doux et léger. »Quel magnifique passage de la Sainte Écriture, « Le grand silence » s'accorde si bien avec.
Ce murmure « doux et léger », c'est lui que cherchaient saint Bruno et ses compagnons lorsqu'ils arrivèrent dans le massif isolé de Chartreuse pour y mener une vie pauvre et humble, toute consacrée à la prière. C'est lui que les moines entendent toujours souffler dans le célèbre monastère dauphinois, dans ses forêts et sur le Grand Som. C'est lui enfin qui parcoure tout le film de Philip Gröning et qui lui donne son caractère unique. Que nous apprenions à l'écouter, tel est l'objectif du « Grand silence ».
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dimanche 31 octobre 2010
31 octobre 2010, fête du Christ-Roi.
« Le Seigneur ressuscité réunit les siens « sur la montagne » (Mt 18, 16). Et à ce moment-là, il dit effectivement : « Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre » (Mt 18 18). Ici nous trouvons deux aspects nouveaux et différents : le Seigneur a pouvoir au ciel et sur la terre. Et seul celui qui est doté de tout ce pouvoir a le pouvoir authentique, salvifique. Sans le ciel, le pouvoir terrestre reste toujours ambigu et fragile. Seul le pouvoir qui accepte le critère et le jugement du ciel, c'est-à-dire de Dieu, peut devenir un pouvoir orienté vers le bien. Et seul le pouvoir qui se place sous la bénédiction de Dieu peut être fiable. »
Joseph Ratzinger dans « Jésus de Nazareth »
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Une page d'histoire : la Restauration.
La Restauration : vous connaissez ? Sans doute ne verrez-vous pas dans ce vocable une forme du commerce d'alimentation, et vous saurez que dans le vocabulaire politique et historique il a une autre signification. Les Anglais, eux, sauront tout de suite de quoi il s'agit, ayant vécu au XVIIe siècle leur Restauration, avec le retour de Charles II Stuart, remonté sur le trône après la révolution qui avait décapité le roi légitime et après la mort du Protecteur-dictateur Cromwell. De même, en France, après une révolution sanglante et le long règne d'un dictateur, le descendant de l'ancienne dynastie retrouva le trône de ses ancêtres.
Ce descendant était le frère du roi Louis XVI, exécuté par les révolutionnaires en 1793. Connu alors sous le titre de comte de Provence, Monsieur avait pu quitter la France et agir comme régent pour son neveu, le petit Louis XVII, emprisonné au Temple. Lorsque l'enfant captif mourut, en juin 1795, le comte de Provence devint l'héritier légitime du trône de France : Louis XVIII.
Ce roi en exil avait déjà vécu dans plusieurs pays avant de trouver asile en Angleterre. L'inactivité forcée, une infirmité des hanches et un appétit exceptionnel l'avaient considérablement alourdi, et il ne se déplaçait que difficilement. Il passait pour intelligent, cultivé, ouvert aux idées libérales, mais n'entendait pas tenir le trône d'une quelconque délégation nationale. On put le vérifier lors de son retour en France, en mais 1814, après la première abdication de Napoléon, lorsque le Sénat napoléonien prétendit l'obliger à reconnaître un droit de la nation. Par la déclaration de Saint-Ouen, Louis XVIII rassura tous les intérêts et promit une Constitution — comme Charles II, rentrant en Angleterre en 1660, avait du publier la « déclaration de Breda ». Il tint promesse : le 4 juin fut promulguée la Charte constitutionnelle ; mais les intentions des sénateurs étaient déjouées.
Ce régime commençait à fonctionner lorsque, le 1er mars 1815, la brutale réapparition de l'Empereur, échappé de l'île d'Elbe, remit tout en question. Le ralliement des cadres de l'armée découragea les résistances : fuyant devant le vol de l'Aigle, Louis XVIII quitta furtivement le château des Tuileries, dans la nuit du 19 au 20 mars, pour se réfugier à Gand avec quelques fidèles. Les Alliés, alors réunis au congrès de Vienne, résolurent d'éliminer Napoléon. Après avoir vainement tenté de nouer des relations pacifiques, celui-ci prit l'offensive contre les armées britannique et prussienne qui s'assemblaient en Belgique, mais échoua à Waterloo. Contraint à une seconde abdication, il se rendit aux Anglais qui le déportèrent à Saint-Hélène, où il devait mourir en mai 1821.
| Louis XVIII |
Le 8 juillet, après ces « Cent-Jours » d'interrègne, Louis XVIII rentra pacifiquement à Paris. Les élections législatives d'août 1815 ayant envoyé à la chambre une majorité de députés « plus royalistes que le roi » — Louis XVIII appela à la tête du gouvernement le duc Emmanuel de Richelieu. Mais il donna sa confiance au jeune ministre de la police, Elie Decazes, qui, s'étant attiré l'hostilité de la majorité ultraroyaliste, provoqua pour s'en affranchir la dissolution de cette « chambre introuvable », ce qui mit fin du même coup à une esquisse de gouvernement parlementaire. En octobre 1816, de nouvelles élections donnèrent une majorité plus disposée à appuyer la politique de Decazes, qui tentait de rallier les meilleurs éléments des régimes antérieurs.
Pendant ce temps, Richelieu parvenait à résorber, puis à mettre un terme à l'occupation du pays par les troupes étrangères, qui devait garantir l'exacte exécution par la France des clauses du traité de Paris, imposé au lendemain de Waterloo. Le congrès d'Aix-la-Chapelle entérinait cette libération du territoire et réadmettait la France comme partenaire dans le « concert européen » de l'Alliance. Ce résultat acquis, le duc démissionna. Des pourparlers difficiles s'ensuivirent, à l'issue desquels Louis XVIII accepta finalement de nommer à la présidence du Conseil le général Dessolles ; mais Decazes, toujours ministre de l'Intérieur, restait le véritable chef du gouvernement. Sa politique — « royaliser la nation et nationaliser la royauté » — n'allait pas sans risques, en ce qu'elle profitait aux ennemis de la monarchie : quelques libéraux sincères, mais aussi des républicains alliés aux bonapartistes, tout ce monde s'abritant derrière l'étiquette d'« indépendants ». Conscient du danger, le ministre entreprit de négocier avec les éléments les plus modérés de la droite, mais l'assassinat du duc de Berry, neveu du roi, le 13 février 1820, interrompit cette difficile contremarche. Louis XVIII dut se séparer de son favori et Richelieu revint au pouvoir, à contrecœur.
Les mesures qu'il fit passer à la chambre, au cours de débats passionnés, permirent aux ultraroyalistes de reprendre le contrôle des ressorts de l'État. Par prudence autant que par paresse, le roi se résigna à gouverner en monarque constitutionnel, laissant les ministres choisis prendre la responsabilité de leurs actions. L'influence principale était celle de son frère, le comte d'Artois, héritier du trône, qui avait toujours manifesté son attachement à la politique ultraroyaliste.
Après une deuxième démission de Richelieu, arriva au pouvoir le comte de Villèle, qui présida le Conseil de 1822 jusqu'à la mort de Louis XVIII, puis sous Charles X, jusqu'à la fin de 1827. Parmi ses réalisations, l'ordre exemplaire qu'il établit, comme ministre, dans les finances de l'État. Son collègue aux Affaires étrangères, le grand écrivain Chateaubriand, conduisit la France à intervenir contre les libéraux espagnols, qui avaient imposé au roi Ferdinand VII une constitution démocratique. L'expédition, bien menée et couronnée d'un plein succès, établit devant toute l'Europe le redressement militaire et politique du pays, et consolida le régime à l'intérieur en témoignant du loyalisme de l'armée, où servaient encore d'anciens officiers de Napoléon.
Lorsque Louis XVIII s'éteignit en septembre 1824, la France avait retrouvé, avec le calme et l'ordre, une réelle prospérité économique;
Le comte d'Artois lui succéda sans difficulté. Le nouveau roi séduisait d'abord par sa belle prestance, sa bonté spontanée et son désir de bien faire, mais n'avait de son prédécesseur ni l'intelligence, ni le tact politique. La conscience même qu'il mettait à accomplir sa tâche et à conforter ses prérogatives royales devaient contribuer à compromettre la couronne. A la présidence du Conseil, Charles X maintint d'abord Villèle, dont la politique parut, à une partie de l'opinion, en revenir à l'Ancien Régime. Le journalisme libéral trouva là matière à des déclamations qui n'auraient cependant pas suffit à déstabiliser le gouvernement, si ne s'était développée sur la droite une « contre-opposition » dont l'agitation allait grandissant ; elle avait reçu, en juin 1824, un appoint considérable avec l'arrivée dans ses rangs de Chateaubriand. A la suite d'un incident encore mal éclairci, le ministre des Affaire étrangères, qui avait pourtant si bien œuvré, avait été brutalement renvoyé par Louis XVIII. Il en conçut une rancune inexpiable contre Villèle et tourna contre lui tout le prestige de sa plume, ses positions sur la liberté de la presse et l'indépendance en Grèce autorisant en outre une collaboration des oppositions de droite et de gauche. Cette conjonction des forces hostiles devait clairement apparaître lors des débats suscités par les projets que présentait Villèle, qu'il s'agît d'indemniser les émigrés spoliés par les confiscations révolutionnaires, de réprimer les sacrilèges, ou de rétablir une sorte de droit d'aînesse dans les successions.
| Charles X en costume de sacre |
Lorsqu'à la fin de 1827, Villèle, désavoué par une majorité d'électeurs, dut quitter le pouvoir, Charles X se résigna à mettre en place des personnalités plus agréables à l'opposition, dont Martignac, sans prendre la présidence du Conseil, devint le porte-parole. Ce gouvernement un peu terne caressa les sentiments nationalistes par une heureuse intervention dans la guerre d'indépendance de la Grèce et, à l'intérieur, s'en prit aux Jésuites, auxquels il disputa la direction de collèges qu'ils tenaient sous l'appellation discutable de « petits séminaires ».
| Villèle |
En août 1829, Charles X surprit cependant l'opinion en portant au pouvoir une équipe d'hommes fortement marqués comme réactionnaires. Le chef de ce gouvernement, le prince Jules de Polignac, crut pouvoir remédier à son impopularité par une nouvelle entreprise militaire, qui pouvait flatter l'opinion nationale. Une expédition fut montée contre le dey d'Alger, qui avait gravement insulté le consul de France ; la ville elle-même était un nid de pirates, dont les entreprises menaçaient la sécurité du commerce et des personnes sur toutes les côtes méditerranéennes. L'opération, brillamment exécuté, aboutit, le 5 juillet 1830, à la prise d'Alger. Paradoxalement, ce succès allait pourtant contribuer à la chute du trône, en incitant Charles X à se durcis à l'égard de l'opposition au moment où sa victoire le privait de ses meilleures troupes.
Au printemps de 1830, les députés votèrent une adresse qui demandait respectueusement au roi de changer ses ministres et à laquelle Charles X riposta par la dissolution de la chambre. Les élections de juin ayant renvoyé une majorité encore plus hostile à Polignac, le roi décida une sorte de coup d'État en invoquant l'article 14 de la Chartes : les « quatre » ordonnances, publiées le 25 juillet 1830 bouleversaient le système électoral et restreignaient sévèrement la liberté de la presse.
De ce blocage, habilement exploité par l'opposition, sortit la révolution. Aiguillonnée par les journalistes, la population parisienne se souleva et, en trois jours de combats de rue — les «Trois glorieuses » — se redit maîtresse de la capitale. L'émeute allait-elle déboucher sur une nouvelle république ?
Pour écarter cette éventualité, qu'ils redoutaient par-dessus tout, les députés de l'opposition en appelèrent au duc d'Orléans, cousin du roi, qui reçut le titre de lieutenant général du royaume. En vain le roi, réfugié à Rambouillet, tenta-t-il de sauver sa dynastie en abdiquant en faveur de son petit-fils, le duc de Bordeaux, et en demandant lui-même à son cousin d'exercer la régence : les chefs de l'insurrection écartèrent cette solution. Charles X quitta la France sans résister davantage et, le 9 août 1830, le duc d'Orléans fut proclamé roi des Français, sous le nom de Louis-Philippe Ier.
Pour écarter cette éventualité, qu'ils redoutaient par-dessus tout, les députés de l'opposition en appelèrent au duc d'Orléans, cousin du roi, qui reçut le titre de lieutenant général du royaume. En vain le roi, réfugié à Rambouillet, tenta-t-il de sauver sa dynastie en abdiquant en faveur de son petit-fils, le duc de Bordeaux, et en demandant lui-même à son cousin d'exercer la régence : les chefs de l'insurrection écartèrent cette solution. Charles X quitta la France sans résister davantage et, le 9 août 1830, le duc d'Orléans fut proclamé roi des Français, sous le nom de Louis-Philippe Ier.
Guillaume de Bertier de Sauvigny
La Restauration en trois temps.
« Dans la personne de leur roi, ils restauraient l'autorité ; dans leurs assemblées, l'ardeur civique et l'éloquence ; dans l'Église, la gravité spirituelle ; dans leurs jeunes poètes, l'inspiration ». C'est en ces termes que Daniel Halévy évoquait la Restauration. La fin de la France impériale engendrait dans le corps de la nation française une heureuse décrispation des cœurs qui portait les esprits à la joie. Le soulagement qui accompagnait le deuil de l'Empire semblait provenir d'un mécanisme, établi par la durée des guerres et la sanction de la défaite, par lequel de nouvelles perspectives étaient produites. Afin de satisfaire cette joie naissante, il fallait organiser à l'aide d'institutions, le rétablissement de la stabilité publique, condition essentielle de la « concorde nationale ».
Le retour de Louis XVIII permit donc au peuple français la réalisation d'une de leurs plus chères aspirations, que les guerres napoléoniennes n'avaient cessé d'étouffer, la paix. Cet état tant désiré allait rencontrer au sein d'un cadre constitutionnel un grand allié. Certains ont voulu voir dans cette alliance le fruit du hasard, d'autres celui d'un complot ; nous y verrions plutôt le mariage raisonnable entre les crispations du temps et la continuité du principe héréditaire, les dérèglements et l'équilibre issu de la Charte, une société en souffrance et la prudence politique qui émane de la constitution monarchique.
Savoir raison garder, vieil adage que les rois de France avaient toujours espéré pratiquer et transmettre à leurs héritiers, Louis XVIII, à la lumière d'une expérience passée pas toujours bienveillante, tenta de donner à cette raison son fruit raisonnable. Il s'agissait de faire un compromis que le temps des rois garantissait. Le résultat fut une charte à travers laquelle la modernité épousait les formes de la tradition ; l'autorité royale se portant garante des libertés. L'autorité en haut, les libertés en bas, voilà le sens de la Restauration.
Le retour à la paix civile ne s'est pas effectué sans tension ni incident. La vengeance, expression de la loi du talion, forte consommatrice en procès et règlement de compte, n'a pas trouvé auprès du gouvernement, malgré le vœu de quelques « impatients », un écho aussi favorable. Certes, des erreurs ont été commises ; mais elles se manifestaient dans un contexte où la rancune était devenue un lieu commun. Il fallait des exemples ; Ney en fut un. Son sacrifice malheureux fut un acte politique qui concourra à l'apaisement des esprits. Sans d'autres réformes, cet équilibre n'aurait pu être tenu. Les libertés, que reconnaissait la Charte, liberté religieuse dans l'article 5, liberté d'expression légalisée au travers de l'article 8, permirent d'ajouter à la Restauration une dimension plus humaine que méconnaissait la Révolution et l'Empire. L'échange des idées ne serait plus sanctionné comme il l'avait été sous les régimes précédents. Ce véritable souci de promouvoir un débat légal augmenta la capacité de respiration des tissus de la société. Dorénavant, c'est dans ce cadre que les propositions des partisans ou adversaires des projets gouvernementaux s'élaboraient, que la question des lois et de leur interprétation forçait l'indignation ou l'admiration, que les discussions politiques donnaient lieu à des répliques parfois tranchantes ; les têtes ne pensaient plus, les idées ne se défendaient plus sous la menace de l'échafaud. Le débat contradictoire était né, avec la tentation pour le gouvernement de l'influencer, de le contrôler ; tentation à laquelle il succombait à maintes reprises par le biais des lois sur la presse et par la manipulation du corps électoral. En fait, la paix retrouvée, la libération du territoire obtenue et les libertés admises, la joie s'étiola quelque peu ; les tensions nourries par des élans contradictoires de l'humaine nature, attisées par les événements politiques nourrirent les querelles intestines et modifièrent l'équilibre politique. A quelle passion devons-nous le sursaut ?
Éclairée par l'espérance, poussée par la force naturelle, la hardiesse restaura le prestige français à l'aide de la valeur militaire. La chose était, pourtant, loin d'être acquise. Après les déconvenues diplomatiques et militaires de l'Empire, la politique extérieure de la Restauration dut se donner les moyens de son ambition. La lutte qu'elle entreprit pour vaincre sa crainte des défaites n'alla pas, au sein du gouvernement, sans hésitations ni tiraillements. Néanmoins, le succès de l'intervention militaire en Espagne offrit à la Restauration le respect de son peuple et celui des nations alliées. Les conséquence politiques ne se firent pas attendre, Villèle put dissoudre la chambre et les élections suivantes furent une belle victoire.
Cette politique audacieuse fut, pourtant, mise en sommeil. La guerre avait un coût financier et les risques encourus mettaient en péril l'équilibre. De cela, Villèle n'en voulait à aucun prix. Il fallut attendre les velléités d'indépendance des Grecs, un changement de ministère, un courant d'opposition favorable pour qu'un corps expéditionnaire, dirigé par le général Maison, fut envoyé avec succès. La hardiesse, véritable passion de l'âme française, l'emporta sur la pusillanimité qui s'était emparé des cœurs. En cela, elle s'acquitta de sa tâche ; la crainte refoulée, un dessein honorable s'ouvrit pour la France. Est-il paradoxal de penser que cette hardiesse plongea le gouvernement de Charles X dans la difficulté ? L'usage de fit Polignac de cette passion se retourna contre le régime ; non pas en imaginant, par un astucieux débarquement, la prise d'Alger, mais plutôt par la témérité de cette entreprise par rapport à une situation intérieure fébrile. Lors des émeutes de fin juillet 1830, le troupes du général Bourmont manquèrent cruellement à Charles X. Malgré une belle réussite militaire, la hardiesse contribua, à sa manière, à la chute du trône. L'excès de ses mouvements entraîna les affaires publiques à de « funestes errements ». La raison de ces maux tenait-elle à l'utopie ?
Sous l'appellation « d'utopie », nous rangeons toute conception politique, sociale ou économique qui fait prévaloir l'idéologie sur les réalités. La Restauration, dans son ensemble, échappe à ce type de projet idéal. Bien au contraire, elle tenta de faire cohabité les tendances les plus variées. C'est autour d'un compromis qu'elle se fonda et c'est l'interprétation d'un article par le roi Charles X qui conduisit l'opposition à s'en émouvoir et déclencha les hostilités qui lui seront fatales. La Restauration n'a pas organisé l'utopie, elle eut, cependant, sous la pression d'opinions contraires, des appréciations utopiques. Les ultras s'inspirèrent d'un ordre naturel, dont l'Ancienne France était une émanation, qui faisait fi de vingt-cinq années d'histoire. Instruits par de fortes convictions religieuses, ils furent à l'origine de la loi sur les sacrilèges, qui, à l'usage, resta une construction intellectuelle. Les libéraux eurent aussi leurs rêves. Ils oublièrent que la destruction des organes de protection ouvrière accélérerait le processus de la misère et qu'elle serait insupportable pour l'ordre politique. Quant aux phalanstères de Fourier, sans exercer aucune influence sur la vie sociale de la Restauration, ils représentèrent l'une des plus belles utopies du XIXe siècle. Les «cités-jardins » mettraient un terme à toute forme d'autorité. L'harmonie, par le jeu subtil de 810 passions humaines, engendrerait un état acceptable où chacun suffirait, en l'absence de toute contrainte, à chacun. Certains de ses disciples auraient apprécié que l'utopie du maître soit créatrice de réel. Les expériences qui furent tentées par la suite montrèrent que son système était inadapté à la nature humaine et inapplicable à la réalité des choses.
L'utopie, forme de passion-idéal, enflamma les imaginations et alimenta les enthousiasmes de quelques groupes spécifiques. Munis d'un tel instrument idéologique, les faubourgs populaires n'allaient pas tarder à prendre les représentations d'un poudrière sociale.
Chronologie
30-31 mars 1814 : Capitulation de Paris devant les alliés.
2 avril 1814 : Le Sénat prononce la déchéance de Napoléon à l'instigation de Talleyrand.
6 avril 1814 : Abdication sans condition de Napoléon.
29 avril 1814 : Louis XVIII arrive à Compiègne.
2-3 mai 1814 : Déclaration de Saint-Ouen.
4 juin 1814 : Proclamation de la Charte.
30 juin 1814 : Traité de Paris qui ramène la France à ses limites de 1792.
1er novembre 1814 : Ouverture du Congrès de Vienne.
1er mars 1815 : Napoléon débarque à Golfe-Juan.
22 avril 1815 : Acte additionnel aux constitutions de l'Empire.
18 juin 1815 : Défaite de Waterloo.
22 juin 1815 : Abdication de Napoléon en faveur de son fils.
8 juillet 1815 : Louis XVIII est de retour à Paris.
14-22 août 1815 : Élection de la chambre introuvable.
5 septembre 1816 : Dissolution de la chambre introuvable.
30 novembre 1818 : Libération du territoire.
13 février 1820 : Assassinat du duc de Berry.
20 février 1820 : Ministère Richelieu.
29 septembre 1820 : Naissance du duc de Bordeaux.
12 décembre 1821 : Démission de Richelieu.
28 janvier 1823 : Louis XVIII annonce l'imminence de l'intervention en Espagne.
24 mai 1823 : Le duc d'Angoulême arrive à Madrid.
24 décembre 1823 : Dissolution de la chambre des députés.
26-6 février 1824 : Chambre retrouvée.
16 septembre 1824 : Mort de Louis XVIII.
29 mai 1825 : Sacre de Charles X.
20 octobre 1827 : Bataille de Navarin.
6 novembre 1827 : Dissolution de la chambre par Villèle.
17-24 novembre 1827 : Échec de Villèle aux élections.
5 janvier 1828 : Martignac devient porte-parole du nouveau ministère.
Début septembre 1828 : Débarquement en Morée du corps expéditionnaire français.
22 mars 1829 : Autonomie de la Grèce.
8 août 1829 : Début du ministère Polignac.
2 mars 1830 : Discours du Trône.
15 mars 1830 : Adresse des 221.
16 mai 1830 : Dissolution de la chambre des députés.
29 juin 1830 : Victoire de l'opposition aux collèges électoraux d'arrondissement.
5 juillet 1830 : Prise d'Alger par les troupes du général de Bourmont.
25 juillet 1830 : Proclamation des quatre ordonnances.
28, 29, 30 juillet 1830 : Émeutes parisiennes.
7 août 1830 : Louis-Philippe reçoit de la chambre le titre de Roi des Français.
16 août 1830 : Départ de Charles X pour l'Angleterre.
Les deux textes ainsi que la chronologie sont extraits de l'ouvrage « La Restauration en questions » de Guillaume de Bertier de Sauvigny, avec la collaboration de Pierre-Jean Deschodt, éditions Bartillat.
Les deux textes ainsi que la chronologie sont extraits de l'ouvrage « La Restauration en questions » de Guillaume de Bertier de Sauvigny, avec la collaboration de Pierre-Jean Deschodt, éditions Bartillat.
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