samedi 5 mai 2012

Le légitimisme ultramontain

Tentative de définition et histoire du légitimisme au XIXe siècle.
d'après la notice de Hélène BECQUET du Dictionnaire de la contre-révolution paru chez Perrin.

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i le terme « légitimiste » a pu être employé avant 1830 pour parler des ultraroyalistes, il désigne de manière exclusive après cette date les partisans de la branche aînée des Bourbons qui refusent de reconnaître le régime né de la révolution de Juillet.

Le légitimisme est d'abord une fidélité dynastique qui repose sur la croyance en l'indissolubilité des liens entre la France et les rois. Le roi légitime est à la fois incarnation de la France et de son histoire et sauveur du pays, guide providentiel. Héritier d'une longue dynastie de souverains qui ont fait la grandeur de la France, il est le seul, de par son mandat sacré, à pouvoir maintenir le pays dans la prospérité et à y garantir l'ordre social et la place de la religion. Instrument privilégié de la Providence divine, il expie les fautes des Français révoltés contre Dieu en Lui faisait le sacrifice de son existence. Le roi légitime est un nouveau Christ, oint comme lui, dont le retour doit sauver la France de l'ornière révolutionnaire. Les légitimistes vouent par conséquent une fidélité sans faille à la famille royale. A l'époque d'Henri V, de nombreux portraits des princes, surtout ceux du comte de Chambord, circulent et sont gardés comme autant d'images pieuses. L'attachement à la dynastie légitime constitue donc l'essence du légitimisme. A la mort du comte de Chambord, en 1883, c'est la branche des Bourbons d'Espagne qui devient la prétendante légitime au trône de France. Ce qu'on appelle légitimisme après 1883 est logiquement fort différent de ce qui précède. Le terme de légitimité change de sens. Les nouveaux légitimistes sont ceux qui soutiennent la stricte application de la loi de dévolution de la couronne, question qui, jusque-là, n'était pas apparue au premier plan, et se rangent derrière le candidat de la branche des Bourbons d'Espagne.

Une culture politique sentimentale.

      La fidélité dynastique préexiste donc à la politique. Le légitimisme ne repose pas d'abord sur un corps de doctrine. Il n'existe ainsi aucun théoricien du légitimisme, malgré le grand nombre de publicistes, journaliste et écrivains de talent,comme Chateaubriand, que compte la mouvance. Maistre et Bonald demeurent les maîtres à penser du mouvement pendant toute la période. En fait, l'unité du légitimiste se fait davantage autour d'une culture politique intrinsèquement contre-révolutionnaire qu'autour d'un programme politique précis. C'est pour cette raison que les légitimistes ne militent...

      La culture politique légitimiste est d'abord fondée sur le refus de l'individualisme né de la Révolution. Cela se traduit, sur le plan social, par l'importance accordée à la famille et aux formes associatives regardées comme la base d'une société bien ordonnée. Elle est également le refus du rationalisme des Lumières. Le catholicisme y tient ainsi une place essentielle. L'Église doit panser les plaies nées d'une société égoïste, assurer la cohésion sociale en plus de sauver les âmes. L'imbrication des causes légitimiste et catholique s'accroît au fil du XIXe siècle : le développement du culte du Sacré-Cœur en est une des manifestations éclatantes. Le refus du philosophisme glacé du XVIIIe siècle développe aussi chez les légitimistes le goût du sentiment et des larmes. Être légitimiste, c'est être un homme sensible qui peut s'émouvoir du sort des autres, à commencer par celui de la famille royale. Enfin, le légitimisme est tourné vers le passé. Le Moyen-Âge est un âge d'or dont on s'efforce de retrouver les mœurs chevaleresques. Le goût des ruines évocatrices des temps anciens nourrit la nostalgie et la mélancolie des légitimistes qui se regardent souvent comme des exilés dans leur époque. Cette alliance entre antirationalisme, refus du présent et quête perpétuelle d'un idéal sociopolitique fait de la culture politique légitimiste un romantisme.

Forces et faiblesses du légitimisme.

      Les forces du légitimisme sont difficilement mesurables. La mouvance est particulièrement bien implantée dans l'Ouest, des pays de la Loire jusqu'à la Bretagne, dans le Nord, le Massif central, le Languedoc et la Provence. Dans ces régions, le légitimisme n'est pas seulement nobiliaire ou « notabiliaire », mais a de fortes bases populaires, impossibles à chiffrer. Au niveau national, le nombre de députés élus et les tirages de la presse sont les seuls indicateurs dont on dispose. Durant la monarchie de Juillet, les légitimistes tiennent entre 16 et 28 sièges. Pratiquement absents pendant le Second Empire, ils ont près de 200 élus en 1871, avant d'osciller entre 30 et 40 à la fin de la période. La tendance est donc à la stabilité du point de vue de la représentation, le légitimisme ayant été une sorte de « valeur refuge » après la défaite contre la Prusse. On constate un phénomène semblable en ce qui concerne la presse. Bien pourvue en nombre de titres mais connaissant des tirages modestes au début de la monarchie de Juillet (15 000 exemplaires au maximum tous titres confondus à Paris), elle connaît une augmentation après 1850 grâce, entre autres, au ralliement des ultramontains au légitimisme. A Paris, à la fin de l'Empire, elle tire plus que la presse gouvernementale. Le légitimisme est donc une mouvance politique dont le poids est loin d'être négligeable au XIXe siècle.

      Ce n'est en effet pas le moindre des paradoxes du mouvement que d'être, par essence, hostile à la politique des partis tout en ayant créé une structure fort proche, dans son organisation, des partis politiques modernes. En dessous du prince, qui est, au moins en principe, la tête du mouvement, se trouve un comité au nombre de membres variable (5 à 12), au titre changeant mais connu le plus souvent sous le nom de « Comité de Paris ». Il est assisté à partir de 1853 d'un Bureau du roi qui est chargé de la correspondance avec Frohsdorf. Le Comité de Paris contrôle des comités locaux, départementaux le plus souvent, voire d'arrondissement, qui forment l'armature de base du parti, organisent les élections et s'occupent de la propagande. En effet, après l'échec du soulèvement de la duchesse de Berry en 1832, les légitimistes abandonnent l'idée de conquérir le pouvoir par la force et investissent le débat politique. Ils entrent de plain-pied dans le jeu parlementaire, n'hésitant pas, sous la monarchie de Juillet, à passer des alliances avec l'opposition de gauche, y compris les républicains (alliances carlo-républicaines), pour faire élire leurs représentants. L'efficacité de ces structures et la fortune politique du légitimisme ont connu cependant de nombreuses vicissitudes dues notamment aux dissensions au sein du mouvement.

Un ou plusieurs rois ?

      La plus cruciale sans doute, parce qu'elle touche au fondements mêmes du mouvement, est celle qui naît de la querelle autour des abdications de Rambouillet. En effet, le 2 août 1830, Charles X et le Dauphin, le duc d'Angoulême, abdiquent successivement en faveur du duc de Bordeaux qui devient alors Henri V. Acceptées par la grande majorité des légitimistes qui reprochent à Charles X à la fois les ordonnances de 1830 et son incapacité à gérer la crise qui a suivi, les abdications ne sont cependant confirmées que du bout des lèvres, à la fin de l'année 1830, par le vieux roi, qui continue, dans son exil, à agir en tout point comme s'il était le seul souverain légitime.

      Les dissensions, latentes, n'éclatent qu'en 1833. Au mois de septembre de cette année, le duc de Bordeaux fête ses treize ans, âge de la majorité royale. Un certain nombre de légitimistes souhaitent donner un éclat particulier à l'événement ; en premier lieu se manifeste le fort dynamique courant Jeune France, né autour des revues L'Echo de la Jeune France et La Mode et de leurs rédacteurs respectifs, Alfred Nettement et Edouard Walsh. Ceux-ci organisent un voyage à Prague pour rendre hommage à celui qu'ils regardent comme leur souverain. Or, Charles X entend ne rien faire pour cet événement, considérant implicitement que le jeune prince n'est pas roi. Sur la demande de la cour de Prague, un grand nombre de Français sont refoulés à la frontière et ceux qui parviennent à destination entrevoient un jeune prince auquel ils ne peuvent donner aucun qualificatif royal. La rupture est impossible à dissimuler et toutes les démarches faites par le Comité de Paris auprès de Charles X n'y changeront rien. La majorité des légitimistes, dont la frange la plus jeune et la plus active regarde les abdications de Rambouillet comme valables, s'affirme « henriquinquistes », du nom d'« Henri V ». Le reste du mouvement considère que les abdications de Rambouillet sont nulles et que le seul roi légitime demeure Charles X : ce sont les « carlistes », soutenus par la cour de Prague. A la mort de Charles X en 1836, les carlistes reportent leur fidélité sur le fils du défunt, Louis « XIX ». Le fossé entre les deux tendance ne se résorbe qu'à la mort de ce dernier en 1844. Les causes de cette scission sont moins juridiques que politiques. C'est a posteriori que les carlistes rappelle que, en vertu du principe d'indisponibilité de la couronne, le roi de France ne peut abdiquer. En réalité, Charles X a préféré conserver le titre royal, ne voulant à aucun prix que la duchesse de Berry puisse revenir aux affaires sous couvert de la royauté de son fils.

Royauté autoritaire ou parlementaire ?

      Cette scission recouvre, en outre, des divergences de vues plus profondes. Les henriquinquistes sont le plus souvent gallicans, soutiennent la voie parlementaire et veulent un modernisation de l'image monarchique. Les carlistes sont en revanche ultramontains et enclins à un pouvoir autoritaire. La question successorale n'est donc pas la seule à diviser les légitimistes. Ils ne partagent pas non plus la même vision de la politique et de la monarchie. La tendance traditionaliste soutient un régime monarchie absolu, une politique abstentionniste et ne répugne pas à l'insurrection. C'est également dans ses rangs que se recrutent les carlistes. La tendance parlementaire prône un règlement politique de la question de la légitimité. Elle est elle-même partagée entre ceux qui réclament l'union des oppositions contre le gouvernement de Louis-Philippe et ceux qui préfèrent une union avec les conservateurs (tendance « toryste »). Enfin, La Gazette de France, aux forts accents démocratiques, proclame de son côté la souveraineté nationale, prône le suffrage universel et l'appel au peuple.

      La fin de la monarchie de Juillet représente une rupture dans l'histoire du légitimiste. Tout d'abord, depuis 1844, il n'y a plus qu'un seul roi, incontesté, Henri V. Or, ce nouveau roi, contrairement à ses prédécesseurs, prend fermement en main la direction de son parti. En 1850, la circulaire de Wiesbaden réaffirme son intention d'être le seul à diriger les royalistes de France et condamne tous ceux qui avaient pu prendre des initiatives sans l'aval de Frohsdorf. Par ailleurs, la tactique politique légitimiste change. A partir de 1846, l'alliance avec le Parti catholique est privilégiée et, après 1848, la mise en place du Parti de l'Ordre marque la victoire de la tendance toryste. Le légitimisme tend donc à se confondre, pendant la Deuxième République, avec le reste des forces conservatrices, à l'exception du courant de La Gazette de France, qui, soutenu essentiellement par les légitimistes du Sud-Est, forme le courant qui sera appelé la « Montagne blanche » en raison de sa radicalité.

      L'avènement du Second Empire a des effets contrastés sur le mouvement. Une partie des légitimistes se rallient au régime, tandis que le comte de Chambord donne à ses troupes des consignes d'abstention stricte. Nombre de légitimistes trouvent alors un exutoire en s'engageant dans la défense du catholicisme. Les causes légitimiste et ultramontaine deviennent quasi indissociables : c'est le temps de l'« inséparatisme ». Cela se traduit par l'implication des légitimistes dans le catholicisme social ainsi que par leur soutient financier et militaire à la cause pontificale à partir de 1859. Néanmoins, une tendance libérale, parlementaire, souvent fusionniste, autrement dit favorable à un accord entre le comte de Chambord et la branche d'Orléans, subsiste. Cette tendance donne naissance, en 1861, à l'« Union libérale » autour de Thiers et de Berryer, entreprise regardée avec méfiance par Frohsdorf.
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Apogée et effondrement.

      A la suite de la défaite et de la chute de l'Empire, le légitimisme réapparait en force. Les élections de février 1871 sont un immense succès pour le parti, qui envoie à l'Assemblée nationale près de 200 députés sur 720. Cependant, le légitimisme se divise à nouveau, autour, cette fois, de la question du drapeau blanc. Le 5 juillet 1871, un manifeste d'Henri V, signé depuis Chambord, paraît dans le journal L'Union. Le prétendant y affirme clairement son intention de garder le drapeau blanc en cas de restauration. Les légitimistes se scindent alors entre modérés qui cherchent à obtenir des concessions envers les autres royalistes, et ceux qui vont être désignés par le vocable critique de «chevau-légers», soit une soixantaine de députés qui suivent à la lettre les consignes du prince. Cette division et l'inexpérience politique de la plupart de ces hommes, maintenus pendant près de vingt ans à l'écart des Chambres, sont, au moins autant que le refus du comte de Chambord de se séparer du drapeau blanc, responsables de l'échec final du légitimisme.

      Au fil des élections partielles, les forces légitimistes s'érodent. Les Orléans hésitent à jouer franchement la carte du comte de Chambord alors que l'appui de leurs voix est indispensables à sa restauration. Néanmoins, pendant deux ans et malgré l'élection de Mac-Mahon à la présidence de la République, cette restauration apparaît toujours comme imminente. On essaie de faire fléchir le comte de Chambord sur la question du drapeau. Mais, en réponse à une séries de déclarations qui travestissent ses intentions réelles, ce dernier exprime une nouvelle fois sa position, dans une lettre au député Chesnelong datée du 27 octobre 1873. IL y expose son attachement au principe monarchique pur de tout compromis révolutionnaire et au drapeau blanc qui symbolise ce principe. A partir de ce moment-là, les dés sont jetés : la restauration ne se fera pas par la voie légale. Les élections législatives de 1876 sont catastrophiques pour le mouvement : les légitimistes ne sont guère plus d'une trentaine à être élus. Ils reviennent alors à l'idée d'un coup d'État, perpétré éventuellement avec l'aide de Mac-Mahon. Aucun des projets échafaudés jusque dans l'entourage directe du prétendant ne verra le jour. C'est un parti déjà à l'agonie qui reçoit, le 24 août 1883, le coup fatal avec la mort du comte de Chambord à Frohsdorf. La disparition sans postérité d’Henri V fut et demeure une tragédie. En effet, avec lui disparaît non seulement la branche aînée des Bourbon, mais aussi, et surtout, une certaine conception du royalisme : qu’on le veuille ou non, le comte de Chambord aura été le dernier des princes réellement désiré de ses sujets. Le royalisme sera différent après sa mort : plus polémique, plus militant, plus intellectuel, et moins enraciné ; bref, après lui, l’attachement quasi-charnel de presque tout un peuple pour son prince n’existera plus. Ayant dorénavant à choisir entre une branche cadette illégitime et régicide, et une branche aînée légitime mais étrangère, les royalistes seront divisés par des doctrines, et le royalisme se rapprochera plus d’un parti comme les autres au lieu de rester un principe qui les transcende. En conséquence, aujourd’hui, de nombreux royalistes restent désemparés, et ne semblent pas oser imaginer un royalisme moderne comme une réelle force politique, et faute de mieux restent attachés au souvenir de ce prince à la vie aussi exemplaire que semée d’épreuves, aussi héroïque que tragique.

dimanche 29 avril 2012

Portrait du vrai chrétien




'est au vrai chrétien qu'il a été dit : « Regarde et fait suivant le modèle qui t'a été montré sur la montagne ». Ce modèle que le Chrétien doit copier, c'est Jésus-Christ. Ainsi l'on doit trouver dans les actions et la vie d'un chrétien la vie et les actions de Jésus-Christ, puisqu'un vrai chrétien, selon la pensée d'un Saint, c'est un autre Jésus-Christ.

Le vrai chrétien prie, comme Jésus-Christ sur la montagne, avec recueillement, avec humilité, avec confiance.

Il est accessible, comme Jésus-Christ l'était, aux pauvres, aux ignorants, aux petits enfants ; il est sans fierté, sans prétention, sans hauteur. « Il se fait tout à tous, pour les gagner tous ».

Il ne tient rancune à personne, comme Jésus-Christ, qui pardonna ses péchés à la Madeleine repentante ou au bon larron, crucifié avec Lui.

Il prend soin des autres comme de lui-même, comme Jésus-Christ, qui guérissait les malades, enseignait les foules et nourrissait ceux dont Il avait la charge.

Il s'occupe des exclus, comme Jésus-Christ, qui touchait les lépreux, mangeait avec des publicains et qui défendit la pécheresse venue lui offrir du parfum.

Il converse comme Jésus-Christ avec ses disciples ; ses entretiens sont édifiants, charitables, assaisonnés de gravité, de douceur et de simplicité.

Il est humble comme Jésus-Christ, qui, à genoux, lava les pieds des Apôtres et même ceux de Judas dont il connaissait la perfidie ; parmi ses frères, il se regarde comme le moindre et comme le serviteur de tous.

Il obéit comme Jésus-Christ qui fut soumis à Marie et à Joseph, « obéissant jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la croix » : Il obéit à ses parents, à ses maîtres et à tous ses supérieurs, parce qu'il ne regarde en eux que Dieu dont ils tiennent la place.

Il est dans ses repas, comme Jésus-Christ à Cana et à Béthanie, sobre, tempérant, attentif aux besoins des autres, et plus occupé de la nourriture invisible que des viandes grossières dont se nourrit son corps.

Il est avec ses amis comme Jésus-Christ avec Jean et avec Lazare ; il les aimes en Dieu et pour Dieu ; il leur confie cordialement les secrets de son âme ; et s'ils meurent à la grâce, il met tout en œuvre pour les ressusciter.

Il souffre les privations et la pauvreté, comme Jésus-Christ, qui n'avait pas où reposer la tête ; il souffre les contradictions et les calomnies, comme Jésus-Christ a souffert celles des scribes et des pharisiens, laissant à Dieu le soin de la justifier ; il souffre les affronts et les outrages, comme Jésus-Christ, lorsqu'on lui donna un soufflet, qu'on lui cracha au visage, et que, dans le prétoire, on insulta à sa royauté ; il souffre les peines d'esprit, comme Jésus-Christ, triste jusqu'à la mort au jardin des Oliviers, abandonné de tous dans son agonie ; les peines de cœur, comme Jésus-Christ, trahi par un de ses disciples, renié par tous ; les maladies et la mort, comme Jésus-Christ, qui, la tête déchirée par les épines, le corps ensanglanté par les fouets, les pieds et les mains percés par les clous, remit en paix son âme entre les mains de son Père. De sorte que le vrai chrétien peut dire, comme l'Apôtre saint Paul disait de lui-même : « Ce n'est pas moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi ».

HOC FAC ET VIVES

jeudi 19 avril 2012

Cantate Domino canticum novum !



Chantez  maintenant, ô vous, fils et filles de Jérusalem
Car l'empire de satan est fini à jamais
Et la citadelle dolente est jetée à bas.

Chantez et réjouissez-vous, ô vous, peuple de Sion,
Car votre guet n'a pas été vain,
Et la porte noire est brisée ;
Votre Roi l'a franchie,
Et il est vainqueur de la mort.

Chantez et soyez dans la joie, ô vous, enfants d'Israël,
Car votre Roi reviendra,
Et Il réside parmi vous
Tous les jours de votre vie.

Et la Race qui fut desséchée sera renouvelée
Et Il la plantera dans les hauts lieux,
Et la Cité des élus sera éternelle et bienheureuse.

Chantez, ô vous tous, un cantique nouveau au Seigneur,
Car Il a opéré des merveilles !

mardi 17 avril 2012

Le culte extérieur


LE CULTE EXTÉRIEUR

n avocat et un professeur de mathématique bavardent ensemble dans un train lorsque la vue d'une église par la fenêtre fait glisser la conversation sur la religion. « A quoi bon des églises ? demande l'avocat ; le seul temple digne de l'Être suprême, n'est-ce pas l'univers ? et puis que signifie cet appareil extérieur que les catholiques déploient dans leurs cérémonies religieuses ? tout cela n'est propre qu'à matérialiser la religion.

— Jusqu'ici, répond gravement le professeur, je vous avais pris pour un homme ; je vois maintenant que vous êtes un ange.

— S'il y a un ange ici, reprend poliment l'avocat, c'est vous, monsieur le mathématicien. 

— Vous consentez donc, réplique celui-ci, à compter parmi les individus de l'espèce humaine ? dès lors, vous me permettrez de trouver dans vos paroles une extrême légèreté ; car, je le répète, à moins que vous ne soyez un de ces purs esprits qui, n'ayant rien de commun avec la matière, voient la vérité face à face, vous ne sauriez vous dispenser d'admettre les propositions suivantes :

« N'est-il pas vrai qu'il faut prendre l'homme tel qu'il est, composé d'un corps et d'une âme ? »
« N'est-il pas vrai que vos sens sont les organes de vos perceptions ? »
« N'est-il pas vrai que notre âme est tellement dépendante de nos sens qu'elle n'est guère touchée que de ce qui les frappe ? »
« N'est-il pas vrai que l'homme doit à Dieu l'hommage de son être tout entier ? »
« N'est-il pas vrai que tous les jours, au barreau, vous revêtez votre éloquente parole d'images sensibles, que vous l'accompagnez de gestes et d'inflexions variées, c'est-à-dire que vous prenez tous les moyens de parler aux sens de vos auditeurs, afin de les captiver, de les toucher et de faire passer vos convictions dans leur âme ? »
« N'est-il pas vrai qu'au palais vous employez un costume particulier, que vous observez certaines formes solennelles, afin d'imprimer plus de respect pour les juges et les jugements ? »

     Or, dites-moi, qu'est-ce que tout cela, sinon le culte extérieur de la justice humaine, et pourquoi tout cela, sinon parce que vous traitez, non avec des anges, mais avec des hommes, c'est-à-dire avec des créatures soumises à des sens ?
     Si donc, Maître, vous voulez condamner le culte extérieur de l'Église, soyez conséquent avec vous-même et commencez par retrancher de vos discours tout ce qui parle aux sens ; du barreau, tous les rites et tous les costumes consacrés, de l'administration de la justice, toutes les formes extérieures destinées à inspirer le respect des magistrats et des lois; ou plutôt faites que l'homme soit un ange ; mais, tant que l'homme sera une intelligence servie et trop souvent asservie par des organes, vouloir réduire la religion au pur spirituel, c'est attaquer son empire le plus légitime et la désarmer...




ans toutes les langes le mot culte veut dire honneur, respect, vénération. Dans la langue religieuse, nous appelons culte intérieur les sentiments de foi, d'admiration, de respect, de reconnaissance, d'amour et de soumission que nous devons avoir pour Dieu ; nous appelons culte extérieur les signes sensibles par lesquels nous manifestons ces sentiments, comme les génuflexions, les prières, les vœux, les offrandes ; mais lorsque ces témoignages ne sont pas accompagnés des sentiments du cœur, ce n'est plus un culte vrai et sincère, c'est une pure hypocrisie, vice que Jésus-Christ et les prophètes ont souvent reproché aux juifs.

Pour achever la définition du mot culte, nous dirons que nous reconnaissons : le culte suprême, qui se compose des sentiments et des témoignages qui ne sont dus qu'à Dieu ; le culte inférieur et subordonnée, que nous rendons aux anges et aux saints et par lequel nous respectons et honorons en eux les grâces surnaturelles que Dieu leur a faites, la dignité à laquelle il les a élevée, le pouvoir qu'il leur concède. Nous demandons à Dieu de nous accorder ses grâces par lui-même, et nous supplions les anges et les saints de les obtenir pour nous par leur intercession ; cela est très différent.

     Le culte extérieur ne s'exerce pas sans cérémonies. On entend par cérémonies religieuses des actions mystérieuses et extérieures établies pour accompagner le culte divin et le rendre plus auguste et plus expressif. En effet, toutes renferment et expriment un sens caché ; on dirait un voile transparent qui laisse entrevoir des choses purement spirituelles ; toutes ont leur raison d'être, leur but et leur explication ; toutes aussi, pour être agréables à Dieu, doivent s'exercer suivant les prescriptions de Dieu même ou de ses ministres ; de là le rit.
On appelle rit un usage ou une cérémonie selon l'ordre prescrit. Le mot rit vient du mot latin rite ou recte, qui veut dire ce qui est bien fait, ce qui est conforme à l'ordre ; ainsi les rites catholiques sont les cérémonies religieuses comme elles sont prescrites par l'Église catholique. Le rit romain, le rit milanais, le rit parisien, ce sont les cérémonies telles qu'elles sont prescrites à Romes, à Milan, à Paris.

     Le culte extérieur, les cérémonies, les rites se rapportent directement ou indirectement à l'acte par excellence de la religion, l'auguste sacrifice de la messe, parce que dans le christianisme, considéré intérieurement et extérieurement, Jésus-Christ est le terme final auquel tout aboutit ; de là le nom de liturgie donné à l'ensemble des cérémonies et des prières qui composent le culte extérieur de l'Église catholique.
     Liturgie est un mot grec qui signifie œuvre publique, œuvre par excellence ; c'est ce que nous nommons aussi en français le service divin. C'est la messe ou la consécration de l'Eucharistie qu'on nomme proprement liturgie, parce qu'elle est la partie la plus auguste du service divin ; voilà pourquoi les livres qui contiennent la manière de célébrer les saints mystères sont nommés les liturgies.

     Pour résumer, dussions-nous répéter ce que nous avons déjà indiqué, le culte extérieur avec ses cérémonies est nécessaire à l'homme pour manifester ses sentiments, pour soutenir, affermir le culte intérieur. « L'homme étant corps et esprit, dit le saint concile de Trente, il ne peut que très difficilement, sans le secours des sens, s'élever à la méditation des choses divines. L'Église, comme une tendre mère, a établi certains rites, institués des cérémonies, pour porter les fidèles, au moyen de ces signes sensibles, à la contemplation des profonds mystères du christianisme. » S'il n'y a pas de Dieu sans religion, il n'est pas moins vrai qu'il n'y a pas de religion sans culte extérieur.


     Cette nécessité du culte extérieur pour l'homme n'est pas moins clairement fondée sur cette raison qu'étant composé d'une double substance, il doit à Dieu l'hommage de son être tout entier. L'âme honore Dieu par le culte intérieur, et le corps l'honore à sa manière par le culte extérieur.

     Il n'a jamais existé de société qui n'ait eu un culte public ; un peuple, sans ce culte, serait un peuple athée, c'est-à-dire dans des conditions telles de confusion, de désordre, d'anarchie (on en sait quelque chose), qu'il ne pourrait subsister. De la religion régnant par son culte, dérivent toutes les lois morales ; elle est le fondement de toutes les autorités, elle maintient l'ordre et la vie sociale, rappelant qu'il y a un Dieu, maître de la nature, souverain législateur, fondateur de la société civile, arbitre des nations, distributeur des biens et des maux, protecteur des familles, vengeur du crime, rémunérateur de la vertu. Sous l'empire de la loi mosaïque, la plupart des cérémonies étaient autant de monuments des faits merveilleux qui prouvaient la mission de Moïse, et la certitude des promesses que Dieu avait faites à son peuple ; elles tenaient les Juifs en garde contre les autres nations et réprimaient leur penchant à l'idolâtrie.

     Sous le christianisme, alors que tous les peuples sont appelés à ne former qu'une seule famille unie par le double lien de la même foi et de la même charité, les cérémonies ont un objet plus auguste encore et un sens plus sublime ; elle nous mettent continuellement sous les yeux un Dieu sanctificateur des hommes, qui, par Jésus-Christ son Fils, nous a rachetés du péché et de la damnation, qui, par des grâces continuelles, pourvoit à tous les besoins de notre âme ; elles sont comme une prédication non interrompue et une profession solennelle des dogmes les plus essentiels à l'homme et à la société ; c'est une leçon de morale intelligible aux ignorants comme aux sages, qui leur rappelle continuellement leurs devoirs envers Dieu, envers leurs semblables, envers eux-mêmes ; le cérémonial des sacrements est particulièrement un tableau des obligations du chrétien dans tous les âges et dans toutes les circonstances de la vie ; malheur à ceux qui ne prêtent aucune attention à ces leçons et sur qui ce langage figuratif ne produit pas, jusqu'au fond de leurs cœurs, les plus vives et les plus salutaires impressions...

mercredi 4 avril 2012

Le prix de notre salut



ieu s'est anéanti jusqu'à la chair, jusqu'à la mort, jusqu'à la croix : qui appréciera à sa juste valeur ce que fut l'humilité, la douceur, la générosité du Seigneur en revêtant la chair, en étant condamné à mort, en étant soumis à la honte de la croix ? « Mais, dira-t-on, le Créateur n'aurait-il pas pu réparer son œuvre sans que ce soit si difficile ? » Il aurait pu, mais il a préféré le faire à ses dépens, pour que le vice détestable et odieux de l'ingratitude n'en prenne pas occasion pour s'introduire en l'homme. Oui, il a assumé de grands travaux, et par là l'homme lui devrait un grand amour, la difficulté de la rédemption éveillant en lui une action de grâce que la facilité de la création n'avait guère suscité. Que disait, en effet, l'homme ingrat, de sa création ? « J'ai été créé gratuitement, et cela n'a coûté ni travail, ni fatigue, à mon créateur : il lui a suffi d'ouvrir la bouche pour que je sois, comme pour tout ce qui est. » Et l'homme s'en est fait une excuse pour ses péchés.

Mais maintenant, ce que tu as coûté à Dieu est plus clair que le jour, ô homme ! Il n'a pas dédaigné, lui, le Seigneur, de se faire esclave ; lui, le riche, de se faire pauvre ; lui, le Verbe, de se faire chair ; lui, le Fils de Dieu, de se faire fils de l'homme. Rappelle-toi donc que s'il t'a fait de rien, il ne t'a pas racheté pour rien

S. Bernard, sermon 11 sur le Cantique des cantiques.

vendredi 23 mars 2012

Fragment sur la Providence



  


e succès ici-bas n'appartient pas toujours aux justes, et il ne justifie jamais le coupable, voilà la vérité. Après l'avoir constaté, après avoir établi fermement qu'il faut estimer les choses humaines par la morale et non par le profit, il est consolant de pouvoir ajouter, qu'en thèse générale et malgré des exceptions éclatantes, c'est la cause juste qui réussit. La Providence permet parfois le triomphe du mal pour que nous ne puissions douter de la vie à venir (déjà qu'avec toutes ses misères, les hommes ne cessent pas de s'enchaîner au monde, alors sans...), et pour que nous apprenions à nous attacher uniquement à la justice et non pas à ses récompenses (tel est le propos global du Livre de Job), mais gardons-nous de prendre l'exception pour la règle et de fournir une excuse aux âmes faibles en proclamant le divorce éternel du succès et de la vertu. Ne disons pas que le succès a pour condition nécessaire l'injustice, afin de trouver dans cette prétendue nécessité le prétexte d'une nouvelle morale qui ne serait que la négation de la morale, car c'est là non seulement un crime contre la vertu, mais encore une bêtise.

       Le plus grand de tous les vaincus, n'est-ce pas Jésus-Christ crucifié ? Les fidèles, qui pleurent au pied de sa croix, croient-ils que tout soit fini avec sa mort ? ils pleurent, mais cette défaite est le plus grand de tous les triomphes de l'univers. La persécution des chrétiens commence à cette croix et dure quatre siècles dans ces prétoires où les apôtres sont traînés les mains liées, dans ces cachots où ils luttent contre la faim, dans ces arènes où on les expose aux bêtes, dans ces catacombes où ils cachent leurs mystères et leurs espérances ; croient-ils donc que le Christ vaincu parce qu'il mourut ? attendez encore et vous allez voir luire la première aurore de la victoire, qui sera saluée dans le monde par des cris de joie ; ce triomphe n'arrive qu'après plusieurs siècles, il coûte du sang, mais il est magnifique et il établit son règne sur toute la terre. Pareillement pour nous, à titre individuel ou collectif, les tribulations du siècle ne sont qu'un état temporaire, dont on ne saurait se plaindre, car cent ans de peines est un prix fort modeste pour une éternité de gloire. Celui qui sème dans la douleur récoltera dans l'allégresse !

jeudi 8 mars 2012

Tout est grâce !




Tout est grâce !


Quand l'été vient, le pauvre adore !
L'été, c'est la saison du feu
C'est l'air tiède et la fraîche aurore,
L'été, c'est le regard de Dieu.
L'été, la nature éveillée
Partout se répand en tous sens,
Sur l'arbre en épaisse feuillée,
Sur l'homme en bienfaits caressants.


Tout ombrage alors semble dire :
Voyageur, viens te reposer !
Elle met dans l'aube un sourire,
Elle met dans l'onde un baiser.
Elle donne vie et pensée
Aux pauvres de l'hiver sauvés,
Du soleil à pleine rosée,
Et le ciel pur qui dit : vivez.


Alors l'âme du pauvre est pleine :
Humble il bénit ce Dieu lointain,
Dont il sent la céleste haleine
Dans tous les souffles du matin.
L'air le réchauffe et le pénètre,
Il fête le printemps vainqueur,
Car l'oiseau chante à sa fenêtre,
La gaîté chante dans son cœur.


Alors si l'orphelin s'éveille
Sans toit, sans mère en priant Dieu,
Une voix lui dit à l'oreille :
« Eh bien, viens sous mon dôme bleu !
Viens j'ai des fruits d'or, j'ai des roses,
J'en remplirai tes petits bras ;
Je te dirai de douces choses
Et peut-être tu souriras.


Je voudrais te voir sourire,
Pauvre enfant si triste et si beau,
Et puis tout bas j'irai le dire
A ta mère dans son tombeau.
J'ai souvent pensé dans mes rêves
Que la nature du front sacré
Dédiait tout bas ses merveilles
A ceux qui l'hiver ont pleuré.


Pour tous et pour le méchant même
Elle est bonne, Dieu le permet,
Dieu le veut, mais surtout elle aime
Le pauvre que Jésus aimait !
A-t-il faim ? au fruit de la branche
Elle dit : — Tombe, fruit vermeil !
A-t-il soif ? — Que l'onde s'épanche !
A-t-il froid ? — Lève-ton, soleil !


Lorsqu'il est temps que l'été meure
Sous l'hiver sombre et solennel,
Même à travers le ciel qui pleure
On voit un sourire éternel,
Car sur les familles souffrantes
L'hiver, l'été, la nuit, le jour,
Avec des cornes différentes
Dieu verse à grands flots son amour.


Quand la nature paraît morte
De l'hiver sous la dure loi,
Du pauvre un ange ouvre la porte
Et lui dit en entrant : C'est moi !
Je suis la charité, l'amie
Qui se réveille avant le jour
Quand la nature est endormie,
Et que Dieu m'a dit : A ton tour !


Je viens visiter la chaumière
Veuve de l'été si charmant,
Je suis fille de la prière,
J'ai des mains qu'on ouvre aisément,
J'accours, car la saison est dure !
J'accours, car l'indigent a froit !
J'accours, car la tiède verdure
Ne fait plus d'ombre sur le toit.


Je prie, et jamais je n'ordonne.
Chère à tout homme, quel qu'il soit,
Je laisse la joie à qui donne
Et je l'apporte à qui reçoit.
O figure auguste et modeste
Où le Seigneur mêle pour nous
Ce que l'ange a de plus céleste,
Ce que la femme a de plus doux.

Poème anonyme.